Qu’est ce que le Trip hop ?

C’était en  avril 1997 et j’avais dix-sept ans. Il pleuvait alors que nous traversions Bristol en autocar, je me doutais bien que nous étions au cœur d’un mouvement musical qui est né dans cette ville d’Angleterre. Bristol, ville propre et triste se prêtait fort bien à cette musique. Ce mouvement, c’était le Trip hop et j’écoutais déjà quelques artistes du crû…

Le trip hop n’a jamais été un courant musical, mais une sensibilité. « Trip Hop ». Cette expression vient sans doute d’un journaliste en quête de catégorisation musicale comme on en trouve dans NME ou les Inrocks. Parmi les artistes de proue on peut citer Portishead et Massive Attack, mais on a aussi Alpha, Tricky, Archive plus loin les DJ : DJ Cam, DJ Krush, DJ Shadow…

Ébauchons malgré tout une définition :  le Trip hop est une fusion de musique savante faîte de jazz, d’un peu de funk, de hip hop (du vrai, pas du Rap des banlieues françaises sauf exception), de scratching,  de rock, de musique électro de bossa nova… Le tout sur les paroles désabusées d’une jeunesse déjà perdue. Le Trip hop ne se caractérise donc pas par un son uniforme, mais par un style nourri de nombreux apports…

Les paroles, justement, ressassent les occasions ratées et la saudade qui laboure consciencieusement votre poitrine comme un pelleteuse creuse son sillon, le vide des villes européennes un après-midi pluvieux… et l’espoir d’une éclaircie dans les interminables cieux pluvieux d’Angleterre.

Avec le temps, je pense que le Trip hop correspond le mieux à mon acédie. Une mélancolie indatable, que j’ai au fond de moi depuis l’enfance et qui a surgi tel un monstre dans ma vie en 2013. Ce monstre que j’essaie de dompter et qui parfois mord la main de son propre créateur…  Mais assez parlé, voici une playlist qui reflète assez bien ce qu’est le Trip hop.

Sit down and relax !

La foi-chemin

Crucifix

J’ai longuement hésité à publier cet article. Je ne veux pas passer pour grenouille de bénitier, ce que je suis loin d’être mais comme un nomade sans cesse en mouvement, mais qui erre toujours sur les mêmes pâtures, de façon cyclique… le christianisme, la foi…

En pleine francescolâtrie, J’ai lu l’intégralité de l’interview du pape François aux jésuites, sa compagnie d’origine. J’y ai trouvé de fort belles choses sur la culture du Pontife, et sur sa vision de l’Eglise. Une Eglise qui serait un hôpital de campagne, sur le terrain, aux frontières. Là où il se passe quelque chose. Le Pape insiste beaucoup sur l’expérience de terrain comme élément capital de compréhension d’un fait précis : guerres, trafic de drogues, etc. Mais cette immersion ne doit pas se faire sans discernement. Il permet ainsi d’éviter les errements, les dogmatismes, les idéologies.

Mais cette volonté d’une Église pauvre, humble, fidèle à sa Parole m’a interpellé, et devrait interpeller tous les Chrétiens, Comment passer des paroles aux actes ? Comment puis-je devenir un agent du changement, non pas politique, mais un agent au service des autres ? Ces questions m’assaillent alors même que j’ai opéré ces derniers mois une véritable remise en cause de la ma foi, de la foi. Elle allait de concert avec la dépression que j’ai connu et qui s’étiole. Les propos du Pape m’ont ainsi intéressé, lorsqu’il évoque l’idée d’une « foi-chemin ». Pour le croyant que je reste, ce chemin frôle un précipice. Le sol s’est même dérobé sous mes pas, et je tente désormais de gravir la paroi pour rejoindre les hauteurs. Cette foi vacillante, n’a pu résister aux pensées morbides que j’ai ressassé pendant des semaines. Je suis surtout en manque d’appui, d’affection intime, de concilier mon rationalisme historique à la foi… Certeau y est arrivé lui. Je fus, et suis, je pense, toujours en quête de sens… Ce à quoi l’Église, qui produit des normes est souvent incapable de donner. Le Sens ne vient-il que dans l’Action ? Tourner le croyant et son église vers l’action, est-ce produire du sens ? Dois-je moi aussi devenir acteur du changement pour entrevoir ces signes ?

On a tort d’opposer l’Amour et Dieu, Les deux sont uns. Lucien Jerphagnon définissait Saint Augustin comme un homme qui n’en revenait pas d’être aimé par Dieu, et l’affirmait dans ses Confessions. Comment moi aussi puis-je être aimé alors que j’ai nourri à mon égard un formidable déni de mon Moi profond. Comme puis-je croire, par excès d’un scientisme qui n’est qu’un discours explicatif du Monde (comme la religion d’ailleurs), une telle inquiétude vis-à-vis de Dieu ? J’ai péché par syllogisme, par excès de rationalisme. Mesurer Dieu m’est impossible. En revanche, louer Dieu comme principe ineffable et bienfaisant de toute chose, et le voir partout, comme le fait François, en percevoir les signes tangibles, comme Bossuet nous l’invitait jadis, cela m’est possible.

Pantheon

Lumière au Panthéon

En regardant la géolocalisation de mes photos disponibles sur Flickr, je me suis aperçu que le monument que j’ai le plus géotaggué est le Pantheon de Rome. Pantheon, et non Panthéon, qui, lui, siège montagne Sainte-Geneviève.

De cet élément de folksonomie, Je confesse une fascination pour ce monument imposant et mystérieux, mais je crois que ce que j’aime le plus est son état de conservation. Bien que restauré, le Pantheon possède encore les marbres d’origine de la construction de l’époque d’Hadrien. Je ne cesse d’admirer les proportions du dôme, les caissons, jadis peint en bleu et possédant chacun une étoile. Chaque niche abritait un dieu et l’ensemble était dédié au panthéon divin romain.

Le Pantheon symbolisait à la fois une cosmologie et une théogonie… Il y a quelque chose de symboliquement puissant à l’œuvre La course du soleil venant de l’oculus devait  frapper les caissons les plus bas et la statue d’une divinité.

Aujourd’hui, On peut y trouver le tombeau-monument de Vittorio-Emmanuele II, l’unificateur de l’Italie en un seul royaume. La tombe de son fils Umberto Ier lui fait face. On y trouve aussi, bien plus discrète, la tombe de Raphaël, que j’ai véritablement découvert hors des livres d’images dans les stanze du Vatican.  Mais tout aussi important, le Pantheon est une église. Les hordes de touristes qui s’y pressent oublient toute discrétion dans le grandiose.

Église et jadis temple, il y a une remarquable continuité du Sacré. Sacralité du lieu, et des divinités honorées. Cette notion de sacré que l’on oublie dans une contemporanéité, où, rien n’est plus sacré. Il s’agit pourtant d’une valeur fondamentale et unificatrice comme l’a montré Alphonse Dupront. Je crois profondément que le sacré est une valeur fondamentalement et ontologiquement humaine. Il y a du sacré dans ce monde, matériel, immatériel, religieux ou non…

Images de Vedène

La famille, c’est Vedène.

La première fois que je suis allé à Vedène, dans le Vaucluse, c’était pour les funérailles d’une arrière grande-tante, morte à l’age vénérable de 102. C’était en juillet 1998 et j’avais 18 ans. Il faisait une température caniculaire. Je me souviens que nous étions allé lever le cercueil à la chambre mortuaire, puis nous nous étions rendu à l’église en voiture. La fraicheur de cette vieille église nous avait apaisé. Après la cérémonie, nous avions effectué à pied derrière la voiture le trajet menant mon arrière-grande tante Lucie à sa dernière demeure, au cimetière communal situé près d’une autoroute. Une de mes grandes tantes avait fait un malaise en raison de la chaleur… Le soleil tapait dur et le chant des cigales ajoutait à la torpeur estivale une mélodie qui nous engourdissait.

J’ai aussi connu Vedène sous l’orage, et quand le tumulte estival se déchaîne dans le Vaucluse, ce n’est pas à moitié. Des torrents de flotte s’écoulaient le long des tuiles canal, et nous regardions le ciel noir obscurcir la colline du vieux village avec son château.

Vedène n’a en soi pas beaucoup d’intérêt si ce n’est le pittoresque du vieux village. La ville est devenue la banlieue d’Avignon. Le maire n’a pas lésiné lorsqu’il a accordé des permis de construire : des lotissements innombrables se sont bâtis, si bien que les champs ont disparu. Partout, des lotissements construits en parpaings, couverts de crépis ocres ou jaunes, quelques fois des piscines, et généralement un gazon qui supporte mal la sécheresse.

Cette vision est proprement cauchemardesque pour celui qui n’apprécie guère ce genre d’urbanisme. La villa de lotissement n’est absolument pas ma tasse de thé. Je suis davantage intéressé par un bel appartement haussmannien au coeur de Paris. Si un jour je gagne au loto, ce serait un bel investissement.

Cela dit j’ai connu pire…

Pourtant le Vaucluse est une belle région, mais les ravages de l’urbanisation ont transformé la région avignonnaise en une banlieue homogénéisée. Les châteaux et les mas ont été engloutis dans le ciment, les ZAC et le gazon entretenu à coup d’engrais.

Je serai de retour à Vedène à la fin du mois pour le mariage d’une cousine. Nous irons à la mairie puis nous irons fêter ça par une réception au bord du Rhône…

Pierres romaines

Piazza della Repubblica

Piazza della Repubblica

Rome est une ville minérale du sol aux toits. Travertin et marbres polychromes, statues et pavés… La pierre et la brique s’élancent depuis l’Antiquité à l’assaut des cieux. Elles défient la gravité : la coupole du panthéon est mère du dôme du Gesù. Elles défient aussi le temps : les colonnes du temple des Dioscures ou les restes monumentaux de la basilique de Maxence impressionnent encore le visiteur.

La Rome du XIXe siècle n’a pas à rougir, celle des quartiers de Prati par exemple Les immeubles ont des dimensions palatiales et s’étalent en longueur et en hauteur le long des rues qui se coupent à angle droit. A l’époque, Rome voulait en imposer en tant que capitale. Les cages d’escalier de ces immeubles sont larges et gardent la fraicheur lors des jours de chaleur. Et puis il y a le Vittoriano, sa blancheur et ses volées d’escaliers interminables que mon père appelait « calculette » au lieu de « machine à écrire » et que nous avons visité. Un endroit sacré pour la République italienne. Sa masse écrase le Capitole et les ruines alentours. Ici, la Pierre étouffe le visiteur plus qu’elle ne joue avec lui. Je préfère et de loin la subtilité des volumes du baroque entre espaces pleins et espaces vides, et l’artifice du trompe-l’œil au mur aveugle.

Du baroque, parlons-en. La magnificence de la basilique Saint-Pierre a époustouflé mes parents. Ma mère a subi un véritable choc esthétique. Et moi je ne peux m’empêcher à chaque fois que j’y entre d’y être ému pour des tas de raisons combinées. L’agencement de la basilique ne peut que provoquer l’admiration par ses dimensions et sa charge symbolique. Mais si l’esprit s’envole, l’œil, lui, suis les lignes directrices qui mènent vers le baldaquin puis du baldaquin à la chaire de Saint-Pierre. Le tout se trouve encore magnifié par l’ornementation et la lumière. Les ors des voûtes contrastent avec le bronze du baldaquin.

Et puis dans ses musées, Rome donne témoignage de l’artifice de la pierre par la sculpture. Bas ou haut-relief, ronde bosse… Portraits d’hommes, d’animaux et de dieux, les anciens ont voulu figer les manifestations vivantes de la vie pour l’éternité.

La pierre est un témoignage du génie humain, et Rome en donne une remarquable continuité par la superposition des styles architecturaux, des époques et des matériaux utilisés.

Eaux romaines

L’un des premiers sujets d’étonnement de mes parents à Rome fut l’eau.

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De manière générale, les fontaines d’eau potable ont tendance à disparaître à Lyon. A Rome elles sont présentes de partout, et sous les fortes chaleurs de ce mois de mai, nous en avons apprécié la fraîcheur.

Nous avons bu en quantité une eau qui m’étonnera toujours par sa douceur et sa fraîcheur. Que l’on soit sur la place Saint Pierre, où les fontaines jumelles rafraichissent par la vue une écrin minéral baigné de soleil, à la petite fontaine de la via della Scrofa à deux pas du Mausolée d’Auguste, ou même au sommet de la basilique Saint-Pierre au pied du dôme, ou bien au coeur des Musei vaticani, l’eau se signale par son discret écoulement.

L’eau claire des nymphées, à Trevi, ou près de Santa Maria della Vittoria, vaut bien plus que le flot incertain du Tibre qui coule, verdâtre, au fond de son sillon de pierre entre les monuments antiques et baroques. Pourtant, ce fleuve si peu rassurant a ému mon père qui se rappelait là ses « livres d’école ». Jadis, ce fut la limite entre l’Étrurie et les villes du Latium. Son importance pour les échanges commerciaux entre le Janicule et les Sept collines de l’Urbs a été oublié. le pont Sublicius a longtemps été le seul point de passage entre les deux rives. Mais peu importe, ce qui compte c’est sa présence symbolique hic et nunc. Ce fleuve si peu honoré des Romains d’aujourd’hui ! Il n’y a qu’une piste cyclable et piétonne sur la rive gauche, alors qu’il pourrait devenir une coulée verte, un peu à la manière des berges du Rhône à Lyon. Il gêne davantage la circulation automobile, infernale, qu’il ne la facilite. Les voies sur les quais sont des autoroutes urbaines, les ponts sont congestionnés aux heures de pointe.

Et pour autant, Rome reste une ville d’eau, abondante, claire et fraîche. J’ai peine à imaginer que l’eau des fontaines à Rome soit celle que buvaient les Romains de l’Antiquité. Pourtant, l’eau de l’Aqua Marcia coule encore au sommet de la colline du Capitole sur la ruelle reliant la prison Mamertine à la place du Capitole. Boire l’eau de Rome est un acte sacré, à la fois purificateur et mémoriel. Un acte revendicatif aussi : c’est remonter à la source de la civilisation occidentale, c’est absoudre notre péché de contemporanéité, sans cesse mouvante pour retourner à l’inaltérable fixité d’un passé encore présent, à la fois matériel par ses vestiges et immatériel par son legs intellectuel. C’est rappeler là un jalon essentiel de notre identité latine.

Quatrième séjour à Rome

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Mon quatrième voyage dans la Ville éternelle s’est achevé mercredi, et j’en suis comme toujours très satisfait. Quelques nuages ne sont même pas venu assombrir le voyage. Le premier d’entre eux est ma mère qui a perdu sa carte d’identité et qui nous a forcé à nous rendre chez les Carabinieri près du Palais Farnèse. Je n’aurai jamais cru qu’un jour je traduirais à ma mère les propos d’un officier carabinier mélangeant l’italien et l’argot romain ! Quelle situation improbable ! L’autre nuage, c’est la compagnie aérienne low cost qui a très mal géré l’incendie du terminal 3 de Rome Fiumicino la semaine dernière. Pour le retour, nous nous sommes présentés à Fiumicino mais le vol a été déplacé à Ciampino ce qui nous a contraint à prendre le taxi entre les deux aéroports. Heureusement le chauffeur était sympa et rapide, mais pas mal de monde a semble-t-il loupé le vol puisque l’avion n’était plein qu’aux deux tiers.

Je reviendrai donc par quelques billets sur ce séjour, ce qui m’a particulièrement marqué fut la visite des Musées Vatican, qui fut un véritable choc et une belle surprise. Pour le reste, je me suis attendri à voir mes parents découvrir la grandeur de cette ville et de son passé par la visite de ses monuments.

J’exposerai ces points dans des billets sur ce carnet prochainement.