La foi-chemin

Crucifix

J’ai longuement hésité à publier cet article. Je ne veux pas passer pour grenouille de bénitier, ce que je suis loin d’être mais comme un nomade sans cesse en mouvement, mais qui erre toujours sur les mêmes pâtures, de façon cyclique… le christianisme, la foi…

En pleine francescolâtrie, J’ai lu l’intégralité de l’interview du pape François aux jésuites, sa compagnie d’origine. J’y ai trouvé de fort belles choses sur la culture du Pontife, et sur sa vision de l’Eglise. Une Eglise qui serait un hôpital de campagne, sur le terrain, aux frontières. Là où il se passe quelque chose. Le Pape insiste beaucoup sur l’expérience de terrain comme élément capital de compréhension d’un fait précis : guerres, trafic de drogues, etc. Mais cette immersion ne doit pas se faire sans discernement. Il permet ainsi d’éviter les errements, les dogmatismes, les idéologies.

Mais cette volonté d’une Église pauvre, humble, fidèle à sa Parole m’a interpellé, et devrait interpeller tous les Chrétiens, Comment passer des paroles aux actes ? Comment puis-je devenir un agent du changement, non pas politique, mais un agent au service des autres ? Ces questions m’assaillent alors même que j’ai opéré ces derniers mois une véritable remise en cause de la ma foi, de la foi. Elle allait de concert avec la dépression que j’ai connu et qui s’étiole. Les propos du Pape m’ont ainsi intéressé, lorsqu’il évoque l’idée d’une « foi-chemin ». Pour le croyant que je reste, ce chemin frôle un précipice. Le sol s’est même dérobé sous mes pas, et je tente désormais de gravir la paroi pour rejoindre les hauteurs. Cette foi vacillante, n’a pu résister aux pensées morbides que j’ai ressassé pendant des semaines. Je suis surtout en manque d’appui, d’affection intime, de concilier mon rationalisme historique à la foi… Certeau y est arrivé lui. Je fus, et suis, je pense, toujours en quête de sens… Ce à quoi l’Église, qui produit des normes est souvent incapable de donner. Le Sens ne vient-il que dans l’Action ? Tourner le croyant et son église vers l’action, est-ce produire du sens ? Dois-je moi aussi devenir acteur du changement pour entrevoir ces signes ?

On a tort d’opposer l’Amour et Dieu, Les deux sont uns. Lucien Jerphagnon définissait Saint Augustin comme un homme qui n’en revenait pas d’être aimé par Dieu, et l’affirmait dans ses Confessions. Comment moi aussi puis-je être aimé alors que j’ai nourri à mon égard un formidable déni de mon Moi profond. Comme puis-je croire, par excès d’un scientisme qui n’est qu’un discours explicatif du Monde (comme la religion d’ailleurs), une telle inquiétude vis-à-vis de Dieu ? J’ai péché par syllogisme, par excès de rationalisme. Mesurer Dieu m’est impossible. En revanche, louer Dieu comme principe ineffable et bienfaisant de toute chose, et le voir partout, comme le fait François, en percevoir les signes tangibles, comme Bossuet nous l’invitait jadis, cela m’est possible.

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Pantheon

Lumière au Panthéon

En regardant la géolocalisation de mes photos disponibles sur Flickr, je me suis aperçu que le monument que j’ai le plus géotaggué est le Pantheon de Rome. Pantheon, et non Panthéon, qui, lui, siège montagne Sainte-Geneviève.

De cet élément de folksonomie, Je confesse une fascination pour ce monument imposant et mystérieux, mais je crois que ce que j’aime le plus est son état de conservation. Bien que restauré, le Pantheon possède encore les marbres d’origine de la construction de l’époque d’Hadrien. Je ne cesse d’admirer les proportions du dôme, les caissons, jadis peint en bleu et possédant chacun une étoile. Chaque niche abritait un dieu et l’ensemble était dédié au panthéon divin romain.

Le Pantheon symbolisait à la fois une cosmologie et une théogonie… Il y a quelque chose de symboliquement puissant à l’œuvre La course du soleil venant de l’oculus devait  frapper les caissons les plus bas et la statue d’une divinité.

Aujourd’hui, On peut y trouver le tombeau-monument de Vittorio-Emmanuele II, l’unificateur de l’Italie en un seul royaume. La tombe de son fils Umberto Ier lui fait face. On y trouve aussi, bien plus discrète, la tombe de Raphaël, que j’ai véritablement découvert hors des livres d’images dans les stanze du Vatican.  Mais tout aussi important, le Pantheon est une église. Les hordes de touristes qui s’y pressent oublient toute discrétion dans le grandiose.

Église et jadis temple, il y a une remarquable continuité du Sacré. Sacralité du lieu, et des divinités honorées. Cette notion de sacré que l’on oublie dans une contemporanéité, où, rien n’est plus sacré. Il s’agit pourtant d’une valeur fondamentale et unificatrice comme l’a montré Alphonse Dupront. Je crois profondément que le sacré est une valeur fondamentalement et ontologiquement humaine. Il y a du sacré dans ce monde, matériel, immatériel, religieux ou non…

Images de Vedène

La famille, c’est Vedène.

La première fois que je suis allé à Vedène, dans le Vaucluse, c’était pour les funérailles d’une arrière grande-tante, morte à l’age vénérable de 102. C’était en juillet 1998 et j’avais 18 ans. Il faisait une température caniculaire. Je me souviens que nous étions allé lever le cercueil à la chambre mortuaire, puis nous nous étions rendu à l’église en voiture. La fraicheur de cette vieille église nous avait apaisé. Après la cérémonie, nous avions effectué à pied derrière la voiture le trajet menant mon arrière-grande tante Lucie à sa dernière demeure, au cimetière communal situé près d’une autoroute. Une de mes grandes tantes avait fait un malaise en raison de la chaleur… Le soleil tapait dur et le chant des cigales ajoutait à la torpeur estivale une mélodie qui nous engourdissait.

J’ai aussi connu Vedène sous l’orage, et quand le tumulte estival se déchaîne dans le Vaucluse, ce n’est pas à moitié. Des torrents de flotte s’écoulaient le long des tuiles canal, et nous regardions le ciel noir obscurcir la colline du vieux village avec son château.

Vedène n’a en soi pas beaucoup d’intérêt si ce n’est le pittoresque du vieux village. La ville est devenue la banlieue d’Avignon. Le maire n’a pas lésiné lorsqu’il a accordé des permis de construire : des lotissements innombrables se sont bâtis, si bien que les champs ont disparu. Partout, des lotissements construits en parpaings, couverts de crépis ocres ou jaunes, quelques fois des piscines, et généralement un gazon qui supporte mal la sécheresse.

Cette vision est proprement cauchemardesque pour celui qui n’apprécie guère ce genre d’urbanisme. La villa de lotissement n’est absolument pas ma tasse de thé. Je suis davantage intéressé par un bel appartement haussmannien au coeur de Paris. Si un jour je gagne au loto, ce serait un bel investissement.

Cela dit j’ai connu pire…

Pourtant le Vaucluse est une belle région, mais les ravages de l’urbanisation ont transformé la région avignonnaise en une banlieue homogénéisée. Les châteaux et les mas ont été engloutis dans le ciment, les ZAC et le gazon entretenu à coup d’engrais.

Je serai de retour à Vedène à la fin du mois pour le mariage d’une cousine. Nous irons à la mairie puis nous irons fêter ça par une réception au bord du Rhône…

Pierres romaines

Piazza della Repubblica

Piazza della Repubblica

Rome est une ville minérale du sol aux toits. Travertin et marbres polychromes, statues et pavés… La pierre et la brique s’élancent depuis l’Antiquité à l’assaut des cieux. Elles défient la gravité : la coupole du panthéon est mère du dôme du Gesù. Elles défient aussi le temps : les colonnes du temple des Dioscures ou les restes monumentaux de la basilique de Maxence impressionnent encore le visiteur.

La Rome du XIXe siècle n’a pas à rougir, celle des quartiers de Prati par exemple Les immeubles ont des dimensions palatiales et s’étalent en longueur et en hauteur le long des rues qui se coupent à angle droit. A l’époque, Rome voulait en imposer en tant que capitale. Les cages d’escalier de ces immeubles sont larges et gardent la fraicheur lors des jours de chaleur. Et puis il y a le Vittoriano, sa blancheur et ses volées d’escaliers interminables que mon père appelait « calculette » au lieu de « machine à écrire » et que nous avons visité. Un endroit sacré pour la République italienne. Sa masse écrase le Capitole et les ruines alentours. Ici, la Pierre étouffe le visiteur plus qu’elle ne joue avec lui. Je préfère et de loin la subtilité des volumes du baroque entre espaces pleins et espaces vides, et l’artifice du trompe-l’œil au mur aveugle.

Du baroque, parlons-en. La magnificence de la basilique Saint-Pierre a époustouflé mes parents. Ma mère a subi un véritable choc esthétique. Et moi je ne peux m’empêcher à chaque fois que j’y entre d’y être ému pour des tas de raisons combinées. L’agencement de la basilique ne peut que provoquer l’admiration par ses dimensions et sa charge symbolique. Mais si l’esprit s’envole, l’œil, lui, suis les lignes directrices qui mènent vers le baldaquin puis du baldaquin à la chaire de Saint-Pierre. Le tout se trouve encore magnifié par l’ornementation et la lumière. Les ors des voûtes contrastent avec le bronze du baldaquin.

Et puis dans ses musées, Rome donne témoignage de l’artifice de la pierre par la sculpture. Bas ou haut-relief, ronde bosse… Portraits d’hommes, d’animaux et de dieux, les anciens ont voulu figer les manifestations vivantes de la vie pour l’éternité.

La pierre est un témoignage du génie humain, et Rome en donne une remarquable continuité par la superposition des styles architecturaux, des époques et des matériaux utilisés.

Eaux romaines

L’un des premiers sujets d’étonnement de mes parents à Rome fut l’eau.

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De manière générale, les fontaines d’eau potable ont tendance à disparaître à Lyon. A Rome elles sont présentes de partout, et sous les fortes chaleurs de ce mois de mai, nous en avons apprécié la fraîcheur.

Nous avons bu en quantité une eau qui m’étonnera toujours par sa douceur et sa fraîcheur. Que l’on soit sur la place Saint Pierre, où les fontaines jumelles rafraichissent par la vue une écrin minéral baigné de soleil, à la petite fontaine de la via della Scrofa à deux pas du Mausolée d’Auguste, ou même au sommet de la basilique Saint-Pierre au pied du dôme, ou bien au coeur des Musei vaticani, l’eau se signale par son discret écoulement.

L’eau claire des nymphées, à Trevi, ou près de Santa Maria della Vittoria, vaut bien plus que le flot incertain du Tibre qui coule, verdâtre, au fond de son sillon de pierre entre les monuments antiques et baroques. Pourtant, ce fleuve si peu rassurant a ému mon père qui se rappelait là ses « livres d’école ». Jadis, ce fut la limite entre l’Étrurie et les villes du Latium. Son importance pour les échanges commerciaux entre le Janicule et les Sept collines de l’Urbs a été oublié. le pont Sublicius a longtemps été le seul point de passage entre les deux rives. Mais peu importe, ce qui compte c’est sa présence symbolique hic et nunc. Ce fleuve si peu honoré des Romains d’aujourd’hui ! Il n’y a qu’une piste cyclable et piétonne sur la rive gauche, alors qu’il pourrait devenir une coulée verte, un peu à la manière des berges du Rhône à Lyon. Il gêne davantage la circulation automobile, infernale, qu’il ne la facilite. Les voies sur les quais sont des autoroutes urbaines, les ponts sont congestionnés aux heures de pointe.

Et pour autant, Rome reste une ville d’eau, abondante, claire et fraîche. J’ai peine à imaginer que l’eau des fontaines à Rome soit celle que buvaient les Romains de l’Antiquité. Pourtant, l’eau de l’Aqua Marcia coule encore au sommet de la colline du Capitole sur la ruelle reliant la prison Mamertine à la place du Capitole. Boire l’eau de Rome est un acte sacré, à la fois purificateur et mémoriel. Un acte revendicatif aussi : c’est remonter à la source de la civilisation occidentale, c’est absoudre notre péché de contemporanéité, sans cesse mouvante pour retourner à l’inaltérable fixité d’un passé encore présent, à la fois matériel par ses vestiges et immatériel par son legs intellectuel. C’est rappeler là un jalon essentiel de notre identité latine.

Quatrième séjour à Rome

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Mon quatrième voyage dans la Ville éternelle s’est achevé mercredi, et j’en suis comme toujours très satisfait. Quelques nuages ne sont même pas venu assombrir le voyage. Le premier d’entre eux est ma mère qui a perdu sa carte d’identité et qui nous a forcé à nous rendre chez les Carabinieri près du Palais Farnèse. Je n’aurai jamais cru qu’un jour je traduirais à ma mère les propos d’un officier carabinier mélangeant l’italien et l’argot romain ! Quelle situation improbable ! L’autre nuage, c’est la compagnie aérienne low cost qui a très mal géré l’incendie du terminal 3 de Rome Fiumicino la semaine dernière. Pour le retour, nous nous sommes présentés à Fiumicino mais le vol a été déplacé à Ciampino ce qui nous a contraint à prendre le taxi entre les deux aéroports. Heureusement le chauffeur était sympa et rapide, mais pas mal de monde a semble-t-il loupé le vol puisque l’avion n’était plein qu’aux deux tiers.

Je reviendrai donc par quelques billets sur ce séjour, ce qui m’a particulièrement marqué fut la visite des Musées Vatican, qui fut un véritable choc et une belle surprise. Pour le reste, je me suis attendri à voir mes parents découvrir la grandeur de cette ville et de son passé par la visite de ses monuments.

J’exposerai ces points dans des billets sur ce carnet prochainement.

« Sur l’idée d’une communauté de solitaires » de Pascal Quignard

Quignard couverture

Lorsque je dois me rendre à Paris, j’essaie toujours de passer par quelques églises que j’aime. L’église Saint-Gervais Saint-Protais compte parmi celles-là.

Pas de bancs mais de petits tabourets de bois sombre posés sur un immense tapis. L’église est desservie par la fraternités monastiques de Jérusalem. Nous sommes dans une église où la foi se vit. Dans le silence. J’ai vu ces frères et soeurs prier au bout d’une nef baignée par la lumière du mois d’avril. Communauté dans le monde et hors du monde, les religieux de la Fraternité sont salariés, vivent de leur travail et ne s’isolent pas de la ville par le cloître. Cette congrégation invite les laïcs  à vivre une spiritualité monastique au coeur des métropoles sans trop de contraintes. J’ai été frappé par le recueillement de ces religieux, seuls dans leur méditation et pourtant en communauté.

Pascal Quignard vient de publier un petit livre que je lis et relis Sur l’idée d’une communauté de solitaires, publié à Paris, aux éditions Arlea. Les Fraternités sont loin des solitaires de Port-Royal, qui, eux, sont passés du Monde à un érémitisme tempéré au Grand Siècle.

Comment est-il possible de constituer une contradictoire « communauté de solitaires » ? c’est la question que se pose Pascal Quignard.  Avec les Solitaires de Port-Royal, on était loin cependant des contraintes de la règle, alors que les Fraternités de Jérusalem aujourd’hui sont d’inspiration bénédictine.

Les « solitaires », écrit Quignard, désignaient des hommes de la société civile, aristocrates ou riches bourgeois, qui optaient pour les mœurs des couvents (ses abstinences, ses silences, ses austérités, ses veilles, ses tâches, ses lectures) mais qui refusaient de s’y lier par des vœux. […] Ils quittaient la cour pour franchir vingt kilomètres et se retrouver dans un bois.
Ils ne se guidaient sur aucune règle extérieure, n’obéissaient à personne, jaloux seulement de leur retrait du monde. […] Ils étudiaient. Ils ne tutoyaient personne. » p. 28-29.

Aristocrates mutiques et studieux, ils contribuèrent au rayonnement intellectuel de Port-Royal. A partir de cette communauté, Quignard esquisse des parallèles et des connexions entre la solitude, la lecture et l’écriture. Ecrire, ou lire est une activité généralement solitaire, qui nécessite un retirement du monde.

Retirement qui est aussi un engagement. Le religieux s’engage à célébrer Dieu en communauté ou dans la solitude, par l’étude et la prière. C’est bien ce que montre l’auteur en évoquant la soeur aînée de Blaise Pascal, Jacqueline Pascal quittant le Monde un jour de janvier 1652 pour l’abbaye Port-Royal-des-Champs sans un adieu à ses proches. L’engagement religieux est renoncement au monde. Jacqueline renonce vraisemblablement à un mariage sans doute profitable pour célébrer par la prière et le silence la gloire divine.

L’engagement du lecteur est une solitude. Elle consiste en une activité quasi solitaire qui nécessite un retirement en soi même, mais il se noue un dialogue avec le texte et son auteur.

« Seul on lit, seul à seul avec un autre qui n’est pas là.

Cet autre qui n’est pas là ne répond pas, et cependant il répond.

Il ne prend pas la parole, et cependant une voix silencieuse particulière, si singulière, s »élève entre les lignes qui couvrent les pages des libres qu’elle sonne.

Tous ceux qui lisent sont seuls dans le monde avec leur unique exemplaire. Ils forment la communauté mystérieuse des lecteurs.

C’est une compagnie de solitaire comme on le dit des sangliers dans l’ombre touffue des arbres » p. 70.

Quant à l’écriture, elle aussi nécessite le silence et la solitude. Pour Pascal Quignard, ce fut une « urgence » lorsqu’il passa près de la mort en 1996 en raison de problèmes cardiaques, une urgence de finir une œuvre, le Dernier royaume, avant que tout s’éteigne.

La solitude obsède Pascal Quignard qu’il définit comme le « singulier désir d’être singulier, d’être seul. » (p. 75). C’est ce qu’on appelle en psychiatrie la différenciation. Se différencier dans et hors la communauté humaine, où la solitude devient un asile sûr face au poids de cette communauté, un « singulier désir de partir » loin des regards et de l’étiquette, et donc libre, comme les Solitaires, de mener une vie sobre faite de prière et d’étude.

Comme Pascal Quignard, enfant, j’aimais la solitude. Non pas la solitude pour elle même, mais la protection qu’elle offrait contre les autres. J’avais et j’ai toujours une difficulté à nouer des relations avec mes contemporains. Mais au fil du temps et le passage à l’age adulte aidant, j’ai désormais plus de mal à vivre cet état quoique j’y trouve quelques avantages comme une grande liberté d’agir et d’être.

Ce que j’aime chez Pascal Quignard, tant dans son style que dans ses romans, c’est l’invitation à la sobriété, mais aussi à l’absence, au détachement du monde pour se découvrir ; mais aussi par découvrir que la beauté est toujours et forcément simple quand elle se dévoile : le son de la viole, le chiaroscuro de Georges de la Tour… C’est ce que j’ai pu retenir de Tous les matins du monde. D’où ce rapprochement si évident de son œuvre avec les écrits jansénistes. Il traduit une certaine angoisse non pas d’un Dieu qui se serait retiré du monde, mais de la mort et de son corollaire, son salut. On est toujours seul face à la mort. Dès lors on se questionne : ai-je donné du sens à ma vie ? A-je vécu, dans le cas des jansénistes, chrétiennement ?  Face à la lassitude du Siècle, il est souvent bon de partir comme le désir du vieux sanglier :

« Dédaigné, lassé des siens, évincé, devenu farouche, il erre, solitaire, de plus en plus sauvage, de plus en plus dense, de plus en plus agressif, de plus en plus violent, de plus en plus indétectable. » p. 77

Angoisse mortifère d’une nature dépeinte par l’écrivain telle quelle est, à la manière d’un Marc Aurèle.

Mais il n’empêche, le doute subsiste d’un après qui effacerait toutes les souffrances et dont on perçoit les signes. Monsieur de Sainte-Colombe voit apparaître sa femme dans sa cabane, Pascal a connu sa nuit de feu. Et Quignard ? En dépit de sa solitude, attend-il encore quelque chose de ce monde ?