Le monde de Fred Deux exposé au Musée des Beaux-arts de Lyon

Alors que la Biennale d’Art contemporain ouvre pour l’automne à Lyon, le musée des Beaux-arts de Lyon propose une rétrospective de l’œuvre de Fred Deux (1924-2015).

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Lyon Renaissance. Arts et humanisme : une exposition recommandée

Entre 1450 et 1562, Lyon connut un second âge d’or, celui de la banque, de l’imprimerie et des foires qui avaient lieu quatre fois par an. Lyon, capitale de la République des Lettres et des arts, dont on a peine aujourd’hui à mesurer l’importance. Lyon, capitale officieuse du Royaume où les Valois passaient inévitablement pour mener leurs guerres d’Italie.

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Louis le Grand

Louis XIV, par Robert de Nanteuil, 1664, British Museum

Louis XIV, par Robert de Nanteuil, 1664, British Museum

Dans mes recherches et mes études, il fut partout présent en filigrane. Il était un temps en France où nous avions des rois très chrétiens. Celui là alla presque jusqu’à nationaliser le catholicisme dans une église gallicane.

Dans les lettres de son temps, que j’ai consultées, sa figure tutélaire inspirait le respect et la révérence. Il incarnait la puissance et la gloire, la justice aussi. Combien furent-ils bernés par ce roi qui sut si bien jouer de son pouvoir ? Roi rusé, oles Normands et leur charte mise aux oubliettes ; roi catholique, les Protestants furent  convertis… Les Nobles surtout furent séduits comme les papillons de nuit par la lumière. Aussi fut-il appelé le Roi-Soleil. Il les domestiqua et leur inculqua des manières. Il leur donna des os à ronger pour éviter les vaines querelles. Roi de guerre Il repoussa les frontières du Royaume en Flandres, en Comté, en Alsace, comme aucun autre auparavant, secondé par de brillants généraux. Il les fortifia aussi. Il fit cependant souffrir le paix par ces conflits. Roi de paix, il développa l’industrie du pays, mais ne put empêcher le pays de souffrir de disettes et des conséquences climatiques du petit age glaciaire…

Et pendant que crevaient à la tache vingt millions de français, il développa les arts comme nul autre. Versailles s’édifia, le Louvre s’embellit, Marly fut son refuge. On le louait en musique, en prose ou en vers, en estampes, en peinture, en inscriptions et en médailles.

Un long règne de soixante-douze ans qui marqua la France mais aussi l’Europe toute entière. Louis XIV était la France, il la gouverna selon ses intérêts mais n’oublia jamais non plus les devoirs qu’il devait à ses sujets… Je reste fasciné par le règne de ce roi qui fut un apogée pour la culture et l’histoire du pays, en dépit des zones d’ombre.

Roi d’ombre et de lumière, Pierre Goubert le cerna si bien dans Louis XIV et Vingt millions de français.

Le 1er septembre 2015 est le tricentenaire de la mort de Louis XIV.

Musées Gadagne

Cela fait sept ou huit ans que les Musées Gadagne ont ouvert, et je n’y avais jamais mis les pieds, à l’exception du jardin au sommet du bâtiment. C’est chose faite désormais puisque j’y suis allé avec un ami, dimanche dernier.

Le bâtiment est à plus d’un titre très intéressant et caractéristique de l’architecture « Renaissance » de la ville, un mélange de gothique flamboyant et d’ornementation antiquisante. Mais quel foutoir pour visiter ce musée !

D’abord, les salles d’exposition temporaire sont au sous-sol, il ne faut donc pas être claustrophobe. En ce moment, ça parle de roses puisque Lyon a accueilli le congrès mondial des sociétés de roses au mois de mai. C’est l’occasion de faire un point sur l’histoire de la rose dans la région. Je n’ai pas tellement aimé la muséographie. Je n’en ai pas perçu la logique. Elle aborde autant à la culture de la rose qu’aux grandes familles cultivant ces fleurs comme les Meillerand. Les commissaires nous donnent à voir les généalogies de ces dynasties dont on se fiche un peu. A l’inverse, la partie historique et médicale de la culture de la rose aurait gagné à s’étoffer de quelques exemples en pots, mais comment le faire dans cet endroit exigu et souterrain ?  Bref, le musée n’était pas le lieu idéal pour accueillir ce genre d’exposition.

Quant au musée d’Histoire de Lyon, j’en ai davantage perçu l’intérêt et de jolies pièces sont exposées. En revanche, la signalétique devrait être repensée car on se perd facilement entre les étages, on doit rebrousser chemin pour sortir, etc.

Mon ami parle de « musée Carnavalet du pauvre » en évoquant le musée. Ce n’est pas mon sentiment. D’abord, parce que le passé de la ville, provinciale, rappelons le, n’est pas aussi riche que celui de la capitale qui a le privilège d’abriter les organes de l’État français depuis le Haut Moyen-Age.

Le musée est complémentaire d’autres institutions lyonnaises : le musée Gallo-romain de Fourvière pour la partie antique, le musée de l’imprimerie pour tout ce qui touche au livre depuis le XVe siècle, et la maison des canuts pour la Fabrique de la soie.

Le musée donne à voir cependant quelques pièces superbes dans ses salles XVIIe-XIXe siècles : les portraits des Villeroy notamment, mais aussi un beau portrait de Coustou attribué à Legros, une lettre manuscrite de Louis XIII ordonnant l’emprisonnement de Thou à la forteresse de Pierre Scize en 1642 ; des plans gravés ou peints de la ville encore enserrée entre Fourvière et le Rhône…

Je note cependant de grosses lacunes : une misérable inscription romaine et quelques plans de fouilles archéologiques du XIXe siècle servent à illustrer le passé antique de la ville, les salles Moyen-Age montrent quelques pierres issues pour la plupart de l’abbaye de l’île-Barbe. Si certaines sont assez jolies, on attend plus à voir de cette période de l’histoire de Lyon, connue pour voir s’affronter les bourgeois de la ville, l’archevêque, les chanoines comtes, le duc de Savoie et le roi de France pour le contrôle de la ville…

Bref, la visite est conseillée, libre à chacun de se faire son idée sur les collections du Musée, le cadre vaut le détour…

Pierres romaines

Piazza della Repubblica

Piazza della Repubblica

Rome est une ville minérale du sol aux toits. Travertin et marbres polychromes, statues et pavés… La pierre et la brique s’élancent depuis l’Antiquité à l’assaut des cieux. Elles défient la gravité : la coupole du panthéon est mère du dôme du Gesù. Elles défient aussi le temps : les colonnes du temple des Dioscures ou les restes monumentaux de la basilique de Maxence impressionnent encore le visiteur.

La Rome du XIXe siècle n’a pas à rougir, celle des quartiers de Prati par exemple Les immeubles ont des dimensions palatiales et s’étalent en longueur et en hauteur le long des rues qui se coupent à angle droit. A l’époque, Rome voulait en imposer en tant que capitale. Les cages d’escalier de ces immeubles sont larges et gardent la fraicheur lors des jours de chaleur. Et puis il y a le Vittoriano, sa blancheur et ses volées d’escaliers interminables que mon père appelait « calculette » au lieu de « machine à écrire » et que nous avons visité. Un endroit sacré pour la République italienne. Sa masse écrase le Capitole et les ruines alentours. Ici, la Pierre étouffe le visiteur plus qu’elle ne joue avec lui. Je préfère et de loin la subtilité des volumes du baroque entre espaces pleins et espaces vides, et l’artifice du trompe-l’œil au mur aveugle.

Du baroque, parlons-en. La magnificence de la basilique Saint-Pierre a époustouflé mes parents. Ma mère a subi un véritable choc esthétique. Et moi je ne peux m’empêcher à chaque fois que j’y entre d’y être ému pour des tas de raisons combinées. L’agencement de la basilique ne peut que provoquer l’admiration par ses dimensions et sa charge symbolique. Mais si l’esprit s’envole, l’œil, lui, suis les lignes directrices qui mènent vers le baldaquin puis du baldaquin à la chaire de Saint-Pierre. Le tout se trouve encore magnifié par l’ornementation et la lumière. Les ors des voûtes contrastent avec le bronze du baldaquin.

Et puis dans ses musées, Rome donne témoignage de l’artifice de la pierre par la sculpture. Bas ou haut-relief, ronde bosse… Portraits d’hommes, d’animaux et de dieux, les anciens ont voulu figer les manifestations vivantes de la vie pour l’éternité.

La pierre est un témoignage du génie humain, et Rome en donne une remarquable continuité par la superposition des styles architecturaux, des époques et des matériaux utilisés.

Un débat contradictoire au XVIIe siècle : l’évêque de Condom, Bossuet, contre Jean Claude, pasteur de Charenton

De nos jours, j’ai l’impression qu’on ne peut plus débatte ni polémiquer publiquement sans qu’il n’y ait une surenchère verbale (et physique) menant à des dérapages malheureux. Cette hystérie et cette excitation, souvent orchestrées à dessein par les médias, ne sert en vérité ni les uns ni les autres à faire avancer leur cause.

De controverse, il ne fut de plus religieuse que celle qui agita la France des Bourbons du XVIIe siècle entre catholiques et protestants. L’un des points d’orgue de cette lutte de tranchée entre partisans de la Tradition catholiques et bretteurs de la Réforme fut l’une des dernières conférence théologique entre catholiques et protestants, mettant face à face Bossuet, précepteur du Dauphin, évêque de Condom ,et Jean Claude, pasteur de Charenton le 1er mars 1678 autour de Mademoiselle de Duras.

Marie de Durfort, est née à Duras en 1648 dans une famille acquise à la Réforme depuis la XVIe siècle. Cette dame d’honneur de la duchesse d’Orléans, de la famille des Ducs de Durfort-Duras était la nièce de Turenne par sa mère. Mademoiselle de Duras avait été impressionnée par l’Exposition de la foi catholique de Bossuet. Elle souhaitait des éclaircissements sur plusieurs chapitres, et ne manqua pas d’en appeler à l’auteur pour avoir des explications. Deux entretiens eurent lieu avec Bossuet pour fixer les modalités d’une conférence, où son antagoniste serait le ministre Claude, l’un des chefs de file du Petit troupeau protestant qui fut plus long que Bossuet à accepter l’invitation de Mademoiselle de Duras à débattre. Il prétexta de l’état de la Religion réformée en France, et particulièrement à Paris qui demandait de nombreuses précautions1. D’autant plus que Claude savait la disposition de Mademoiselle de Duras a vouloir passer au catholicisme sous la direction de l’évêque de Condom…

Claude savait que cette conférence n’avait que l’illusion d’un débat contradictoire et que les jeux étaient faits. Il accepta cependant de débattre.

Bossuet avait l’habitude des joutes avec les protestants. Quelques années auparavant, en 1666-1667 il débattait avec le pasteur Paul Ferry à Metz sur l’union des Églises dans un style plus conciliant que celui qu’il adoptera pour converser avec Claude.

Un entretien préparatoire eut lieu entre Mademoiselle de Duras et Bossuet qui parla longuement de l’Église. Cette Instruction est exposée en tête de la Conférence avec M. Claude2.

La conférence elle même eut lieu le 1er mars 1678 dans l’après-midi chez la sœur de Mademoiselle de Duras, la comtesse de Roye, à Paris, et dura cinq heures. Le contenu de la discussion est connu par les relations des deux protagonistes.

L’Église fut le point abordé par Claude puis par Bossuet. Le pasteur exposa un à un les principaux points de doctrine de l’Église réformée, comme il fit jadis dans son ouvrage de la Défense de la Réformation3. Bossuet, de son coté, mit en lumière les contradictions de la doctrine. Le débat se poursuivit sur l’ecclésiologie : vérité et fausseté de l’Église, transmission de l’Écriture par l’Église (la tradition par l’entremise des Pères)… Le débat fut suivit « paisiblement », sans animosité selon Bossuet, chacun exposant ses arguments. L’évêque écrit :

« On parloit de part et d’autre assez serré et M. Claude alloit au fait et se présentoit à la difficulté sans reculer. Il est vray qu’il tendoit plûtost à m’envelopper dans les inconveniens où je l’engageois, qu’à montrer comme il en pouvoit sortir lui-même »4

Mais le débat n’est pas sans danger. Bossuet craignait l’astuce de Claude. L’évêque de Meaux poursuit :

« Pour moy je n’avais garde d’en sortir, puis que c’estoit celuy sur lequel Mademoiselle de Duras demandoit éclaricissement. Elle ma parut touchée : je me retiray toutefois en tremblant & craignant toûjours que ma foiblesse n’eust mis son âme en peril, & la verité en doute. »5

Les suites de la conférence sont connues : Marie de Duras revit Bossuet dès le lendemain pour le rassurer sur sa volonté d’abjurer le protestantisme, ce qu’elle fit le 22 mars 1678.

Chacun des antagonistes rédigea son compte-rendu qui fut diffusé d’abord par voie manuscrite. Le premier à publier fut Bossuet qui imprima assez tardivement sa Relation, de la conférence avec M. Claude, Ministre de Charenton, sur la matière de l’Eglise6. L’évêque détaille l’organisation de la conférence, et les thèmes abordés : les contradictions des Réformés, la question conciliaire, l’autorité des Ecritures et de l’Église, la séparation entre catholiques et protestants… Jean Claude suivit et publia en 1683 Réponse au livre de M. l’evesque de Meaux intitulé Conférence avec M. Claude7.

La conférence fit énormément de bruit chez les catholiques et les protestants. Les ouvrages de Claude et Bossuet furent imprimés plusieurs fois en français mais aussi en anglais. Claude fut ainsi plusieurs fois sollicité pour renouveler cet exercice de conférence théologique mais refusa toutes les offres.

Références :

Emile KAPPEL, Les conférences théologiques entre catholiques et protestants en France au XVIIe siècle, Paris, Honoré Champion, 2011.

__________

1 Jean Claude, Response au livre de M. l’evesque de Meaux intitulé Conference avec M. Claude, se vend à Charenton, par la Veuve d’Olivier de Varennes, 1683, p. 392.

2 Jacques Bénigne Bossuet, Conférence avec M. Claude Ministre de Charenton sur la matière de l’Église, Paris, chez Sébastien Mabre-Cramoisy, 1682, 504 p.

3 Jean Claude, La défense de la réformation contre le livre intitulé « Préjugez légitimes contre les calvinistes », Quevilly, Jean Lucas, 1673.

4 Bossuet, op. cit., p. 203.

5 Idem.

6 Op. cit.

7 Op. cit., note 1.

L’empire des signes par Roland Barthes

Voilà un petit livre agréable et stimulant écrit au retour d’un voyage au Japon en 1970 par Roland Barthes : L’empire des signes.

Car le Japon est un pays d’écriture(s) pour le sémiologue. C’est celui des Signes de toute sorte où l’étranger, l’occidental, se trouve décalé et parfois désemparé. Si le japon des années 70 s’est fortement occidentalisé, il conserve les gestes et coutumes des siècles passés. La société nippone avait atteint un haut niveau de raffinement dans tous les domaines. Roland Barthes n’en explore que quelques uns. Ce n’est pourtant pas un livre sur le Japon,  c’est un livre sur l’altérité, ce qui sépare Orient et Occident dans sa « réserve de traits »,  et leurs « systèmes symboliques ».

La cuisine par exemple tient une place de choix dans ce livre. La nourriture japonaise, de sa préparation à sa dégustation et pour ainsi dire décortiqué par le sémiologue. Cette nourriture arrachée, découpée, désossée, transformée en Occident est au Japon à peine préparée dans la plupart des cas, les seuls opérations qu’elle subit sont le découpage et la cuisson. Le mangeur, lui, n’a pas de rapports brutaux avec ses baguettes (p. 28). La nourriture se fait légère sous l’ustensile, elle est triturée et amenée à la bouche depuis le plat, ou le bol.

Autre descriptions étonnante, la ville. Toute ville tourne autour d’un centre (p. 47 et alii). Un noyau dirait-on pour nos vieilles villes de bois et de pierre. Mais Tokyo a pour centre la résidence de l’empereur, « symbole vivant de l’État » que bien peu de personnes pouvait approcher en 1970. L’empereur Showa préférait peut-être s’adonner à ses crevettes. Empereur caché. Centre caché. Tokyo tourne autour d’un espace vide, déshumanisé parce que caché derrière de hauts murs et des douves imposantes. Le vrai Tokyo, celui des japonais graviterait davantage autour de ses gares (p. 56), véritables petits centres urbains où le voyageur trouve de tout. Les lignes de trains et de métros forment un gigantesque chapelet de centres. Mais si vous cherchez un ami dans le dédale des rues tokyoïtes, armez vous d’une carte et de patience. Les rues n’ont ni nom ni numéros. Le voyageur doit alors composer avec l’amabilité des riverains et se renseigner. La carte s’anime de croquis, de flèches, de noms et donc de signes reconnaissables au périégète. La carte disait Deleuze fait sens même déchirée. Ici elle fait sens parce qu’elle est signe.

Le théâtre par exemple fascine les voyageurs étrangers. Le théâtre par exemple, avait fasciné Guimet, notamment le Kobuki et mais aussi le théâtre de marionnettes, le Bunraku. Barthes lui y voit plus que des récits dramatiques ou comiques. si les acteurs masculins se travestissent en femmes comme les onnagata, l’essentiel n’est pas d’incarner la féminité, mais de la signifier (p. 127).

La féminité se voit sur les visages, traits japonais qui fascinent le sémiologue car là aussi, le visage est « citation ». L’acteur se farde pour mieux souligner les traits du visage. Des traits purs et relevés de noir, comme l’encre du calligraphe exécutant le signe.

Tout concourt au Japon a l’absence de superflu. L’essence du Japon se loge dans l’épure. Épure du logement, épure de la cuisine, épure de la ville dans sa fonctionnalité et sa « pratique », épure des haïkus qui, précise Barthes, n’ont pas de sens caché mais désignent  par une brièveté si saisissante un événement de la vie quotidienne.

L’extrême codification de la société japonaise est le régal du sémiologue. De la plume de Barthes, la moindre observation devient un texte que le lecteur dévore littéralement. Le Japon dépayse l’occidental et l’invite a réfléchir sur le moindre sens de ses actions, à être attentif au moindre détail. En cela, L’empire des signes est un ouvrage qui éveille autant qu’il invite à voyager.