Hommage à Jacques Truphémus au Musée des Beaux-Arts de Lyon

Le 8 septembre 2017, Jacques Truphémus, qui fut l’un des peintres les plus importants du dernier quart du XXe siècle à Lyon, s’éteignait à l’âge de 95 ans. Il avait reçu ces dernières années l’honneur de plusieurs expositions et accrochage dans notre ville : au Rectangle place Bellecour en 2000, au siège de la région Rhône Alpes à Confluence en 2012, et en 2013 au Musée des Beaux-Arts un accrochage mit en avant ses paysages.

Tout dernièrement, une grande rétrospective au musée Hébert à Grenoble, sa ville natale, donnait à voir toute la diversité de son œuvre.

Cette éminente figure que certains qualifient de « classique » pour son style a été pourtant célébré par Balthus, qui le considérait dans les années 1980 comme un des meilleurs peintres français. Yves Bonnefoy lui consacra un livre en 2011, et des poèmes en 2015…

Truphémus est reconnu pour être un peintre de la lumière, et le musée des Beaux-Arts de Lyon en donne encore une illustration avec cet accrochage hommage avec une série sur les cafés.

Lire la suite

Publicités

Regard sur la scène artistique lyonnaise du XXe siècle : accrochage temporaire au Musée des Beaux-Arts

Le musée des Beaux-Arts est décidément à l’heure lyonnaise puisque en plus d’une formidable exposition sur l’art et l’humanisme lyonnais au XVIe siècle, l’institution propose un accrochage temporaire sur la scène artistique lyonnaise du XXe siècle ; la collection d’art moderne et contemporain du XXe siècle du Musée étant pour partie au Mexique jusqu’à l’été prochain.

Lire la suite

Lyon Renaissance. Arts et humanisme : une exposition recommandée

Entre 1450 et 1562, Lyon connut un second âge d’or, celui de la banque, de l’imprimerie et des foires qui avaient lieu quatre fois par an. Lyon, capitale de la République des Lettres et des arts, dont on a peine aujourd’hui à mesurer l’importance. Lyon, capitale officieuse du Royaume où les Valois passaient inévitablement pour mener leurs guerres d’Italie.

Lire la suite

Musées Gadagne

Cela fait sept ou huit ans que les Musées Gadagne ont ouvert, et je n’y avais jamais mis les pieds, à l’exception du jardin au sommet du bâtiment. C’est chose faite désormais puisque j’y suis allé avec un ami, dimanche dernier.

Le bâtiment est à plus d’un titre très intéressant et caractéristique de l’architecture « Renaissance » de la ville, un mélange de gothique flamboyant et d’ornementation antiquisante. Mais quel foutoir pour visiter ce musée !

D’abord, les salles d’exposition temporaire sont au sous-sol, il ne faut donc pas être claustrophobe. En ce moment, ça parle de roses puisque Lyon a accueilli le congrès mondial des sociétés de roses au mois de mai. C’est l’occasion de faire un point sur l’histoire de la rose dans la région. Je n’ai pas tellement aimé la muséographie. Je n’en ai pas perçu la logique. Elle aborde autant à la culture de la rose qu’aux grandes familles cultivant ces fleurs comme les Meillerand. Les commissaires nous donnent à voir les généalogies de ces dynasties dont on se fiche un peu. A l’inverse, la partie historique et médicale de la culture de la rose aurait gagné à s’étoffer de quelques exemples en pots, mais comment le faire dans cet endroit exigu et souterrain ?  Bref, le musée n’était pas le lieu idéal pour accueillir ce genre d’exposition.

Quant au musée d’Histoire de Lyon, j’en ai davantage perçu l’intérêt et de jolies pièces sont exposées. En revanche, la signalétique devrait être repensée car on se perd facilement entre les étages, on doit rebrousser chemin pour sortir, etc.

Mon ami parle de « musée Carnavalet du pauvre » en évoquant le musée. Ce n’est pas mon sentiment. D’abord, parce que le passé de la ville, provinciale, rappelons le, n’est pas aussi riche que celui de la capitale qui a le privilège d’abriter les organes de l’État français depuis le Haut Moyen-Age.

Le musée est complémentaire d’autres institutions lyonnaises : le musée Gallo-romain de Fourvière pour la partie antique, le musée de l’imprimerie pour tout ce qui touche au livre depuis le XVe siècle, et la maison des canuts pour la Fabrique de la soie.

Le musée donne à voir cependant quelques pièces superbes dans ses salles XVIIe-XIXe siècles : les portraits des Villeroy notamment, mais aussi un beau portrait de Coustou attribué à Legros, une lettre manuscrite de Louis XIII ordonnant l’emprisonnement de Thou à la forteresse de Pierre Scize en 1642 ; des plans gravés ou peints de la ville encore enserrée entre Fourvière et le Rhône…

Je note cependant de grosses lacunes : une misérable inscription romaine et quelques plans de fouilles archéologiques du XIXe siècle servent à illustrer le passé antique de la ville, les salles Moyen-Age montrent quelques pierres issues pour la plupart de l’abbaye de l’île-Barbe. Si certaines sont assez jolies, on attend plus à voir de cette période de l’histoire de Lyon, connue pour voir s’affronter les bourgeois de la ville, l’archevêque, les chanoines comtes, le duc de Savoie et le roi de France pour le contrôle de la ville…

Bref, la visite est conseillée, libre à chacun de se faire son idée sur les collections du Musée, le cadre vaut le détour…

Samuel Chappuzeau (1625-1701), polygraphe, homme de lettres

Samuel Chappuzeau est né le 16 juin 1625 à Paris dans une famille protestante originaire du Poitou issue de la noblesse de robe mais néanmoins pauvre. Son père était avocat au conseil privé du Roi. Il fit ses humanités à Chatillon-sur-Loing dans le Gâtinais, alors place forte des Coligny, et des études de philosophie au Collège de Genève. Revenu en France, il abjura le protestantisme mais y revint à l’age de 19 ans  et poursuivit alors des études de théologie à l’Académie de Montauban. Il obtint le titre d’avocat du Parlement de Paris. et se mit alors à voyager. Il se rendit en Angleterre, passa en Ecosse puis en Allemagne où il enseigna à Cassel. Il arrive finalement à Lyon où il s’installe quelques années comme correcteur d’imprimerie vers 1651. Il prend une épouse, protestante et genevoise. Après six ans, il passa en Hollande où il se mit au service de la maison d’Orange. Il fut le précepteur du futur roi d’Angleterre Guillaume III. Ses pérégrinations le mènent ensuite dans le Palatinat, à Berlin, à Paris en 1662, puis en Italie. Il s’installe ensuite à Genève en 1666 où il obtint droit de bourgeoisie. Après un autre voyage  qui le mena du Sud de la France en Angleterre puis à nouveau en Allemagne et en Suisse, il s’installe à Paris mais est se retrouve à nouveau sur les routes en raison de la Révocation de l’édit de Nantes. Il est accueilli par le duc de Brunswick-Lunebourg à Celle en Basse-Saxe où il exerce la fonction de gouverneur des pages jusqu’à sa mort qui survient au mois d’août 1701.

Homme de lettres, il mit sa plume au service de plusieurs auteurs et produisit une œuvre théâtral assez prolifique. Il écrit et publie à Lyon une pièce, le Cercle des femmes, ou les secrets du lit nuptial. Il  rencontra plusieurs fois Molière à Lyon entre 1654 et 1655. Son œuvre théâtrale se poursuit alors qu’il sillonne les routes d’Europe. En 1657, il publie à Amsterdam Pythias et Damon ou le Triomphe de l’amitié,  et en 1658 Armetzar ou les Amis ennemis, à Leyde, deux tragi-comédies. En 1661, il fit jouer sa pièce le Riche impertinent par la troupe de Molière au Palais-Royal. Elle est jouée l’année suivante par la troupe de l’Hôtel de Bourgogne mais change le titre de la pièce pour la circonstance. D’autres pièces jouées par cette troupe suivront.

L’œuvre de Chappuzeau ne se limita pas au Théâtre. Des ouvrages d’histoire, des récits de voyage, ou sur l’état des maisons princières sont rédigées. Les Lyonnais le connaissent pour la publication en 1656 de Lyon dans son lustre, qui est une glorification de la ville et du pouvoir des échevins d’ailleurs stipendié par les autorités. En 1662, il donne une traduction des Entretiens d’Érasme. En 1667 et 1668 il publie à Genève l’Europe vivante, reprenant ses notes de voyages et des portraits des souverains européens. Le troisième tome est consacré en 1671 aux États allemands et paraît sous le titre de L’Allemagne protestante. Suit en 1673 une relation sur la Maison de Bavière et un Théâtre françois, un ouvrage historiographique sur le théâtre sous le règne de Louis XIV. Il se chargea de l’édition des deux premiers tomes des Voyages de Jean-Baptiste Tavernier en 1675 mais se brouilla avec l’auteur. Un projet de traduction du Lexicon universale de Johann Jakob Hoffman paru à Bâle en 1670, et un autre d’un grand dictionnaire historique et géographique avortent en 1681 du fait de l’opposition des libraires lyonnais Girin et Rivière, qui voyaient dans ce projet une concurrence au Grand dictionnaire historique de Louis Moréri dont ils avaient privilège. Finalement, l’impression de la traduction d’Hoffman a lieu en 1682, et le projet de dictionnaire se concrétise en 1694. Entre temps, Girin et Rivière avaient fait faillite à Lyon et Chappuzeau s’était exilé en Allemagne.

Références :

> J. Caullery, «Notes sur Samuel Chappuzeau», Bulletin de la Société d’Histoire du Protestantisme Français, 58 (1909).

> Georges Monval, préface de la réédition du Théâtre français, Paris, Bonnassies, 1876, 18 p.

Le Tartuffe au Théâtre du Point-du-Jour

Comme l’an dernier la troupe de jeunes comédiens réunie autour de Gwenaël Morin propose tous les soirs de semaine en octobre une pièce de Molière. Les œuvres proposées sont Tartuffe, Le Misanthrope, Dom Juan, et l’Ecole des femmes. Des classiques que le défunt et influent metteur en scène Antoine Vitez avait monté simultanément à la fin des années 70, et que Gwenaël Morin a voulu reproduire au Théâtre du Point-du-Jour, situé rue des Aqueducs dans le 5e arrondissement de Lyon, pas très loin de chez moi.

J’aime la sobriété du lieu : on se concentre uniquement sur le texte. Et la mise en scène.

Hier, je suis donc allé voir le Tartuffe de Molière et j’y ai passé un bon moment en dépit de quelques failles dans le jeu d’acteur assez dérangeants. D’abord, c’est la rapidité avec laquelle a été menée le premier acte. 20 minutes sous amphétamines, menées tambour battant, alors que cet acte pose la situation, les personnages et les rapports entre eux, c’est assez déconcertant. Et quand à cela s’ajoutent une diction pas toujours très claire alors que le texte en lui même est si limpide par son style, eh bien quand on est dans le public, ça a de quoi dérouter. L’acte suivant, aussi rapide, révèlent cependant un peu plus de profondeur au jeu des comédiens, mais il y a des excès dans la mise en scène des colères de Cléante ou d’Orgon… avec jet de bâton et de chaise en plastique. On aurait pu s’épargner cette vaine excitation pour plus de subtilité.

Dès l’apparition du Tartuffe à l’acte III, ou plutôt de la Tartuffe puisque le rôle est joué par une comédienne, le jeu prend plus d’ampleur et moins d’excitation, le masque du dévot tombe par la volonté d’Elmire, et on arrive à un final bien mené avec la tirade sur les vertus du Prince et le châtiment des fripons…

Oui je me suis amusé, et cela m’a fait du bien de voir une pièce de théâtre avec des comédiens qui y croient, et qui ont du potentiel. De toute façon j’y retournerai dans les prochains jours, pour voir Dom Juan. J’invite d’ailleurs le lecteur lyonnais à venir voir ce qui se fait au théâtre du Point-du-Jour. Ça vaut le coup pour la somme de venir soutenir des jeunes comédiens hyper motivés et une expérience théâtrale ( le théâtre permanent), je crois, intéressante.

Exposition « L’invention du passé Histoire de coeur et d’épée (1802-1850) » au Musée des Beaux-Arts de Lyon

Le musée des Beaux-arts de Lyon propose au public une des meilleurs expositions du moment sur L’invention du passé Histoire de coeur et d’épée (1802-1850). L’exposition est consacrée à la représentation d’épisodes historiques du Moyen-Age, de la Renaissance ou du Grand Siècle, anecdotiques, avérés, ou totalement imaginaires ; vus par les peintres du XIXe siècle.

Le musée des Beaux-Arts de Lyon s’est associé au monastère de Brou près de Bourg-en-Bresse pour proposer cette exposition en deux parties. Brou présente une exposition sur le thème du Gothique.

L’essentiel des 200 toiles présentées est l’œuvre de peintres français connus ou moins connus du grand public mais qui furent célèbres en leur temps : Dominique Ingres, Paul Delaroche, Fleury Richard, Pierre Révoil, Jean-Léon Gérôme…

Les artistes et toiles exposées sont caractéristiques de ce qu’on appelle le Style troubadour. Après 250 ans d’idéalisation de l’antiquité dans les arts, la première moitié du XIXe siècle correspond à une redécouverte de l’héritage médiéval tant artistique que religieux.

Le premier tableau « troubadour » ( exposé dans la première salle) fut ainsi une œuvre du peintre lyonnais Fleury-Richard, Valentine de Milan pleurant la mort de son époux, exposé au Salon de 1802 et présent dans l’exposition du Musée des Beaux-arts.

01_01_Richard-Fleury-Francois_Valentine-de-Milan_900

Le tableau connut beaucoup de succès et suscita des émules. Revoil, Fragonard, Ingres, s’essayèrent alors à dépeindre sur le modèle de Fleury-Richard des épisodes du passé médiéval européen.

Deux catégories sont ainsi représentées : les Puissants : dynasties royales et princières, et les artistes ou les Lettrés ( Vinci, Titien, Le Tasse…). L’histoire, comme « miroir des princes » constitue ainsi le vivier inépuisable semble-t-il, de l’inspiration des peintres du XIXe siècle. Elle est en cela fidèle chère à la hiérarchie des genres de peinture mise en place au XVIIe siècle, où la peinture historique, mettant en scène héros et épisodes antiques, scènes de batailles contemporaines constitue son sommet.  On ne trouvera cependant pas dans l’exposition de scènes de batailles ou d’épopée, mais des épisodes plus anecdotiques relevant souvent de la sphère intime des princes et princesses du Moyen Age et de la Renaissance : les histoires tragiques, amoureuses ou cocasses des rois et reines des Temps anciens : régicides en préparation, visites de monarques aux artistes, tournois et méditation sur la vanité du monde.

Il est ainsi fascinant pour l’historien que je suis de voir ici représenté avec deux ou trois siècles de distance certains épisodes historiques vus par des artistes. Il se manifeste chez de nombreux peintres, Delaroche ou du lyonnais Revoil par exemple, un souci du détail montrant une bonne connaissance des mœurs vestimentaires et des styles architecturaux médiévaux.  Il semble même que ces tableaux soit prétexte pour l’artiste à déployer toute l’étendue de son savoir et son pouvoir « réaliste » de reconstitution. A moins que  ce savoir-faire minutieux ne se mette au service du sujet et de la composition, s’inspirant souvent de la peinture hollandaise du Grand siècle.

J’ai ainsi été frappé par la puissance dramatique, politique et méditative de la toile de Paul Delaroche représentant Cromwell contemplant le corps de Charles Ier d’Angleterre dans son cercueil, ou bien encore Les Enfants d’Edouard IV, autre toile maintes fois recopiée décrivant les derniers instants des jeunes princes de la maison York, qu’un sort funeste attend.

DelarocheKingEdward

La peinture troubadour connut son heure de gloire dans la première moitié du XIXe siècle, mais elle essaima en Europe et fit souche. Comment ne pas penser à l’œuvre foisonnante du peintre polonais Jan Majetko sur le passé de son pays ? Elle influença aussi les illustrations des manuels scolaires d’histoire jusqu’aux années 60-70. Je pense à cet épisode maintes fois reproduit d’Henri IV jouant avec ses enfants.

La deuxième moitié du XIXe siècle vit le lent déclin de cette peinture historique, mais un déclin parsemé de quelques œuvres marquantes. Je pense à la toile de Gérôme exposée dans la dernière salle, La réception du Grand Condé à Versailles par  Louis XIV, 1674, datant  1878. Si l’épisode n’a jamais eu lieu tel qu’il fut imaginé par Gérôme, la toile symbolise plus que toute autre le triomphe de l’absolutisme louis quatorzien. Toute la composition fait converger le regard vers le Roi, au centre du tableau.

Réception_du_Grand_Condé_à_Versailles_(Jean-Léon_Gérôme,_1878)

L’invitation à se plonger  par la peinture par cette exposition est donc particulièrement intéressante, elle invite à reconsidérer le leg, la richesse et l’intérêt du « style historique » au XIXe siècle. Beaucoup d’historiens de l’art tendent à mépriser, en tout cas à amoindrir par rapport aux siècles précédents où à d’autres styles de peinture, romantique notamment, de l’époque. Elle donne pourtant à réfléchir sur la réception et l’appropriation de l’Histoire par la société en général, et l’Art en particulier.

 L’exposition sera ouverte au public jusqu’au 21 juillet 2014.