Fin de précarité

Voilà, j’ai réussi mon concours de catégorie A et j’intègrerai au mois de novembre la fonction publique en tant qu’ingénieur dans l’enseignement supérieur en tant que titulaire ! A priori, aucun changement pour moi puisqu’il s’agit des mêmes missions que j’accomplis, au même endroit…  Dans les faits, c’est autre chose, c’est la fin d’une précarité et d’une incertitude qui n’a fait que croitre ces dernières années en raison de ma santé.

Je n’aurai donc plus à m’inquiéter pour l’année suivante : mon contrat sera-t-il reconduit ? Suis-je assez légitime dans mon travail ? Le concours a balayé ces questions. D’une part, il m’a permis de prendre réellement conscience de mes compétences sur mon poste et de reprendre confiance en moi, d’autre part, je peux enfin faire des projets de véritable installation à Lyon auprès de ma famille et de mes amis.

Oui, c’est la fin de la précarité… En plus de cela, je viens de recevoir un état de mes trimestres à effectuer avant de prétendre à une retraite. Fin 2014, je devais encore cotiser 29,5 ans d’après mes calculs. Je partirai à la retraite à 64,5 ans donc. Si je ne m’étais pas arrêté de bosser un an, j’aurai pu partir plus tôt. Mais cela a-t-il encore un sens pour ma génération ?

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La foi-chemin

Crucifix

J’ai longuement hésité à publier cet article. Je ne veux pas passer pour grenouille de bénitier, ce que je suis loin d’être mais comme un nomade sans cesse en mouvement, mais qui erre toujours sur les mêmes pâtures, de façon cyclique… le christianisme, la foi…

En pleine francescolâtrie, J’ai lu l’intégralité de l’interview du pape François aux jésuites, sa compagnie d’origine. J’y ai trouvé de fort belles choses sur la culture du Pontife, et sur sa vision de l’Eglise. Une Eglise qui serait un hôpital de campagne, sur le terrain, aux frontières. Là où il se passe quelque chose. Le Pape insiste beaucoup sur l’expérience de terrain comme élément capital de compréhension d’un fait précis : guerres, trafic de drogues, etc. Mais cette immersion ne doit pas se faire sans discernement. Il permet ainsi d’éviter les errements, les dogmatismes, les idéologies.

Mais cette volonté d’une Église pauvre, humble, fidèle à sa Parole m’a interpellé, et devrait interpeller tous les Chrétiens, Comment passer des paroles aux actes ? Comment puis-je devenir un agent du changement, non pas politique, mais un agent au service des autres ? Ces questions m’assaillent alors même que j’ai opéré ces derniers mois une véritable remise en cause de la ma foi, de la foi. Elle allait de concert avec la dépression que j’ai connu et qui s’étiole. Les propos du Pape m’ont ainsi intéressé, lorsqu’il évoque l’idée d’une « foi-chemin ». Pour le croyant que je reste, ce chemin frôle un précipice. Le sol s’est même dérobé sous mes pas, et je tente désormais de gravir la paroi pour rejoindre les hauteurs. Cette foi vacillante, n’a pu résister aux pensées morbides que j’ai ressassé pendant des semaines. Je suis surtout en manque d’appui, d’affection intime, de concilier mon rationalisme historique à la foi… Certeau y est arrivé lui. Je fus, et suis, je pense, toujours en quête de sens… Ce à quoi l’Église, qui produit des normes est souvent incapable de donner. Le Sens ne vient-il que dans l’Action ? Tourner le croyant et son église vers l’action, est-ce produire du sens ? Dois-je moi aussi devenir acteur du changement pour entrevoir ces signes ?

On a tort d’opposer l’Amour et Dieu, Les deux sont uns. Lucien Jerphagnon définissait Saint Augustin comme un homme qui n’en revenait pas d’être aimé par Dieu, et l’affirmait dans ses Confessions. Comment moi aussi puis-je être aimé alors que j’ai nourri à mon égard un formidable déni de mon Moi profond. Comme puis-je croire, par excès d’un scientisme qui n’est qu’un discours explicatif du Monde (comme la religion d’ailleurs), une telle inquiétude vis-à-vis de Dieu ? J’ai péché par syllogisme, par excès de rationalisme. Mesurer Dieu m’est impossible. En revanche, louer Dieu comme principe ineffable et bienfaisant de toute chose, et le voir partout, comme le fait François, en percevoir les signes tangibles, comme Bossuet nous l’invitait jadis, cela m’est possible.

Images de Vedène

La famille, c’est Vedène.

La première fois que je suis allé à Vedène, dans le Vaucluse, c’était pour les funérailles d’une arrière grande-tante, morte à l’age vénérable de 102. C’était en juillet 1998 et j’avais 18 ans. Il faisait une température caniculaire. Je me souviens que nous étions allé lever le cercueil à la chambre mortuaire, puis nous nous étions rendu à l’église en voiture. La fraicheur de cette vieille église nous avait apaisé. Après la cérémonie, nous avions effectué à pied derrière la voiture le trajet menant mon arrière-grande tante Lucie à sa dernière demeure, au cimetière communal situé près d’une autoroute. Une de mes grandes tantes avait fait un malaise en raison de la chaleur… Le soleil tapait dur et le chant des cigales ajoutait à la torpeur estivale une mélodie qui nous engourdissait.

J’ai aussi connu Vedène sous l’orage, et quand le tumulte estival se déchaîne dans le Vaucluse, ce n’est pas à moitié. Des torrents de flotte s’écoulaient le long des tuiles canal, et nous regardions le ciel noir obscurcir la colline du vieux village avec son château.

Vedène n’a en soi pas beaucoup d’intérêt si ce n’est le pittoresque du vieux village. La ville est devenue la banlieue d’Avignon. Le maire n’a pas lésiné lorsqu’il a accordé des permis de construire : des lotissements innombrables se sont bâtis, si bien que les champs ont disparu. Partout, des lotissements construits en parpaings, couverts de crépis ocres ou jaunes, quelques fois des piscines, et généralement un gazon qui supporte mal la sécheresse.

Cette vision est proprement cauchemardesque pour celui qui n’apprécie guère ce genre d’urbanisme. La villa de lotissement n’est absolument pas ma tasse de thé. Je suis davantage intéressé par un bel appartement haussmannien au coeur de Paris. Si un jour je gagne au loto, ce serait un bel investissement.

Cela dit j’ai connu pire…

Pourtant le Vaucluse est une belle région, mais les ravages de l’urbanisation ont transformé la région avignonnaise en une banlieue homogénéisée. Les châteaux et les mas ont été engloutis dans le ciment, les ZAC et le gazon entretenu à coup d’engrais.

Je serai de retour à Vedène à la fin du mois pour le mariage d’une cousine. Nous irons à la mairie puis nous irons fêter ça par une réception au bord du Rhône…

Promesses romaines

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Ca y est, tout est réservé. Les billets, l’hôtel, et bientôt les musées. Nous serons à Rome au mois de mai pour six jours. En fait quatre puisque les horaires des vols nous enlèvent deux jours au tourbillon romain.

Une ligne de fuite. Encore une. Je n’attends que cela pour échapper au tropisme lyonnais.

Ce ne sera pas un voyage d’exploration mais plutôt une visite guidée et à la fois un pélerinage à l’intention de mes parents. Je serai donc en terrain connu mais eux arpenteront les rues et les marbres vierges de toute impression. Pour les surprises on repassera. Je ne suis pas déçu par ce retour dans la ville que j’aime le plus au monde.

J’attends ce moment avec impatience cet étourdissement artistique et spirituel. Je compte les jours. Je sais déjà que j’aurai un carnet à la main et noterai tout : des gestes de la Romaine aux gestes statuaires.  En matière de beauté, entre l’art et la femme, l’écart ne réside que dans le souffle de vie.

 

2015, nouvelle année

Voilà, l’année 2014 s’est achevée dans la sérénité après de nombreux remous personnels et professionnels. Je suis assez optimiste pour 2015, mais je me garde bien de prédire quoi que ce soit. Vivons au jour le jour !

Cela ne m’empêche pas de te souhaiter lecteur, lectrice, une bonne année 2015 et le meilleur pour toi.

Et pour terminer, une petite carte de Voeu. (Un seul, cela suffira 🙂 )

La tête pesante comme une valise

Je n’ai pas l’habitude de m’épancher sur ce blog de mes états d’âme. Dans des vies et blogs antérieurs je le faisais. Je trouvais dans l’écriture des vertus cathartiques ; et je ne veux pas en ces temps agités accabler le lecteur de ces mots gris qui traversent mon esprit quoique certains aiment toujours mettre des sentiments et de la couleur humaine derrière des mots. Je préfère ici parler d’Art ou d’Histoire, qui sont mes passions. Alors je me contiens par pudeur, par politesse. Mais pas ce soir. Je me livre. Tant pis pour ceux qui jugeront cela ridicule ou risible. C’est mon blog après tout !

Mon état mental n’est plus le même depuis ce jour du 1er février 2013 où dans un froide bibliothèque, lorsque j’ai mis le point final à ma thèse, j’ai immédiatement décompensé. S’en est suivie une dépression de six mois, des arrêts de travail où j’ai eu peur de perdre mon emploi…  Depuis cet épisode, je suis une psychothérapie. Et cela va mieux, cela va sans dire, sans être celui que j’étais avant cette date. Je suis moins endurci et moins endurant, plus expressif… Mais cet état dépressif, cette présence lancinante, qui me charpille la tête et comprime la poitrine, revient épisodiquement, et en ce moment depuis la mi-septembre. Malgré cet état, avec ses J’apprends en tout cas à me connaître, pour paraphraser Socrate. Il me manque encore un peu de relief ce qui fait que je tombe de Charybde en Scilla.

Ce que je vais écrire paraît bien futile par rapport à la détresse des autres, j’en suis bien conscient. Je me considère presque comme chanceux.

Mais je suis mois aussi en détresse, à mon niveau, en situation de fragilité, et j’essaie de me reconstruire. Ce n’est pas un manque de courage ni d’endurance, j’en ai. Mais parfois, en dépit tout ce travail d’introspection, de prise sur soi, tous mes dérivatifs habituels dans le tourbillon baroque, toutes mes lectures philosophiques, d’Epictète à Jankélévitch ne peuvent rien face au cri intérieur qui ne demande qu’à sortir.

Sur le bureau de ma psychiâtre, il y a une sculpture en terra cotta figurant un homme nu accroupi ployant sous le poids d’une valise qu’il porte derrière sa tête, sur sa nuque. Ce fut exactement mon étant  lorsque je me suis littéralement prostré, en larmes, sur mon siège. Trop de souffrance et de rancœur accumulée, trop de choses à vouloir dire qui je ne dirais jamais à ceux qui m’ont agressé « symboliquement », pas physiquement fort heureusement. Et toujours ce sentiment de décalage par rapport au monde où je vis, ce perpétuel grand écart entre deux chaises sociales, professionnelles, décalage associé à une hypersensibilité qui désormais s’exprime parfois avec effusion.

En fin de compte, le fait que je sois sous-payé par rapport à mon grade de docteur et à mes compétences compte peu. Je n’ai jamais touché plus de 1500 euro par mois dans ma vie et je m’en porte bien. Ce qui me mine je crois, c’est ce manque de reconnaissance qui vient de collègues de travail, alors que l’activité de ce service repose sur mes épaules, surtout en cette rentrée 2014. Depuis plus de un mois, en dépit du sous-effectif, en dépit de la surabondance des sollicitations. Je suis incontournable et je fais du mieux que je peux pour faire tourner la boutique alors que j’aspire à un peu plus de tranquillité et de recul réflexif. J’assure la pile du courant mais avec le sentiment d’expédier trop vite les affaires. Je n’ai pas le choix.

Et pourtant, on me fait des reproches. Alors que tout était acté, on vient m’engueuler pour un déplacement professionnel en Suisse que j’ai volontairement écourté par scrupule professionnel, parce qu’il y avait des pépins techniques dont je n’étais pas responsable. Une collègue vient en plus de cela arracher les affiches de promotion d’une formation de perfectionnement en français utile aux étudiants dont on sait tous que le niveau baisse année après année. Sans consulter qui que ce soit, sans jugeote, et vient même reprocher d’apposer ces affiches… Or promouvoir l’enseignement et la pédagogie fait partie de nos missions. J’ai vécu des deux épisodes comme une injustice et une agression.

En arrivant il y a cinq ans de cela dans ce service numérique d’une université lyonnaise, j’avais pensé trouver un cadre agréable avec des gens réfléchis. Depuis six mois, je m’aperçois que je bosse avec des gens qui n’ont aucun recul réflexif sur ce qu’ils font.  J’aime toujours mon travail mais je me sens de plus en plus déphasé, par manque de communication, de politique managériale insignifiante (on est dans le secteur Public) de la part de mon responsable que j’estime toujours par ailleurs, et en raison d’une collègue qui pense qu’un enseignant-chercheur ne sait pas être autonome devant un ordinateur. C’est préjuger de leurs facultés mentales…

A ces problèmes professionnels s’ajoutent les problèmes familiaux qui ont gâché mon week-end, mais cela est en passe d’être résolu de ma propre initiative. Ma famille reste toutefois le point nodal de mon mal être.

Voilà pourquoi ce soir, comme toute la journée j’ai eu la tête lourde comme une valise de trente kilos ; à traîner cette pesanteur partout assortie d’une migraine de basse intensité qui dure depuis presque une semaine.

Dans le fond rien n’est insurmontable dans ma situation, mais cette impression de piétinement, et je le répète ce manque de considération me pèse énormément.

Le 5 septembre 2014, il y a cent ans

C’était aux alentours de Meaux, le 5 septembre 1914. Un lieutenant de la 19e compagnie du 276e régiment d’artillerie mourait d’une balle dans le front, alors que ses hommes allaient charger les troupes allemandes à la baïonnette. Il avait 41 ans. Ce lieutenant c’était Charles Péguy. Son petit-fils, le docteur Michel Péguy (une personne admirable) me mit au monde, moi et mon frère, à l’hôpital Saint-Joseph de Lyon 66 ans plus tard…

La guerre n’épargne pas les poètes.