Regard sur la scène artistique lyonnaise du XXe siècle : accrochage temporaire au Musée des Beaux-Arts

Le musée des Beaux-Arts est décidément à l’heure lyonnaise puisque en plus d’une formidable exposition sur l’art et l’humanisme lyonnais au XVIe siècle, l’institution propose un accrochage temporaire sur la scène artistique lyonnaise du XXe siècle ; la collection d’art moderne et contemporain du XXe siècle du Musée étant pour partie au Mexique jusqu’à l’été prochain.

L’accrochage présente des œuvres courant sur tout le siècle, de Pierre Combet-Descombes à Stéphane Braconnier (mort en 2015) , conservées au Musée et dans d’autres institutions et galeries de la région lyonnaise (musée Paul Dini, Institut d’Art contemporain, galerie Descours, etc.).

Pour tout amateur de peinture, la variété des styles, des parcours et le foisonnement de la création lyonnaise régalera les yeux. On parcourt ainsi différents courants de l’histoire des arts en général dans leur ancrage local. Et il est intéressant de voir les modes d’appropriation des grands courants artistiques par les peintres et dessinateurs lyonnais.

Des toiles de Adrien Bas, Philippe Pourchet, Émilie Charmy, Jean Couty, Pierre Jacquemon, Max Shoendorff, Maurice Adilon, André Cottavoz Stéphane Braconnier, Jacques Truphémus, Christian Lhopital, Patrice Giorda, Marc Desgrandchamps témoignent de cette vitalité artistique locale, et de son originalité.

J’ai eu un faible pour les paysages post-impressonnistes d’Adrien Bas desquels se dégage une forme de simplicité et de sérénité toute relative bien entendu…

L’exposition est accrochée jusqu’au 10 juillet 2016 dans les salles d’art moderne et contemporain, au 2e étage du musée.

Publicités

Lyon Renaissance. Arts et humanisme : une exposition recommandée

Entre 1450 et 1562, Lyon connut son second âge d’or, celui de la banque, de l’imprimerie et des foires qui avaient lieu quatre fois par an. Lyon, capitale de la République des Lettres et des arts, dont on a peine aujourd’hui à mesurer l’importance. Lyon, capitale officieuse du Royaume où les Valois passaient inévitablement pour mener leurs guerres d’Italie.

De l’humanisme, Lyon en est assurément une capitale. Les oeuvres des poètes lyonnais ont fait école : Maurice Scève, Louise Labbé, Pernette du Guillet. Rabelais exerça la médecine à l’Hôtel Dieu. Dolet imprima les ouvrages du médecin, mais aussi celles de Marot, Sébastien Gryphe un peu avant imprima Erasme, ou Budé…

Du point de vue des arts, Lyon fut aussi un centre important. C’est ce que montre l’exposition qui se tient actuellement au Musée des Beaux Arts…

L’exposition est dense : tableaux, vitraux, orfèvrerie, estampes, livres, mobilier imprimés se succèdent dans les différentes salles et montrent que la ville abritait en ce siècle, non seulement des hommes et des femmes de lettres talentueux, mais aussi des artistes dont on commence seulement à mesurer le travail accompli.

La première salle est d’importance : elle marque ce qui annonce le déclin de la ville, la présence protestante et le sac de la ville par les troupes du terrible baron des Adrets. Le tableau du temple de paradis est d’un grand intérêt pour les historiens du protestantisme, puisqu’il montre l’intérieur d’un temple au début de la Réforme. Sa forme circulaire est une des innovations des temples de ce temps. On peut y voir des détails amusants : les vitraux aux armes de la ville, un chien écoutant le prêche du pasteur, la présence d’enfants…

L’exposition est aussi l’occasion de montrer une belle série de portraits de Corneille de Lyon, dont le musée vient d’acquérir un portrait à l’aide du crowdfunding.

Un peu plus loin la table claudienne marque une salle où l’on montre que Lyon se souvient de son premier age d’or. Le XVIe siècle est en effet une période où les élites de la ville se réapproprient le glorieux passé romain de Lugdunum. Un peu partout, on cherche, on fouille… et on trouve. Cette table de bronze, reprenant un discours de l’empereur Claude au Sénat sur l’entrée de notables gaulois en son sein, est déterrée en 1528 sur les pentes de la colline de la Croix-Rousse. On publie aussi : Guillaume du Choul, Symphorien Champier impriment des livres sur l’histoire romaine de Lyon. Ces livres inspirent encore leurs successeurs au XVIIe siècle avec l’antiquaire Jacob Spon qui publie une Recherche des antiquités et curiosités de la ville de Lyon en 1673.

 A l’étage, l’exposition donne à voir des traditions artistiques moins connues : le mobilier et la céramique notamment, mais aussi plus ou moins connues comme l’architecture. Alors que Philibert Delorme s’essaie à fusionner les principes vitruviens et l’art gothique flamboyant, Sebastiano Serlio théorise l’architecture dans un traité de sept tomes qui influencera cet art jusqu’au XXe siècle.

Il serait quelque peu ennuyeux de poursuivre cet inventaire descriptif décousu. Je ne peux qu’inviter les lecteurs, et tous les amoureux de l’histoire de Lyon à visiter cette exposition riche en surprise et très étoffée, mais aucunement exhaustive. On peut compléter la visite par l’exploration d’autres musées lyonnais, en particulier le musée de l’Imprimerie et le musée Gadagne. Lyon recèle encore bien des trésors artistiques que le temps nous donne à découvrir.

Pantheon

Lumière au Panthéon

En regardant la géolocalisation de mes photos disponibles sur Flickr, je me suis aperçu que le monument que j’ai le plus géotaggué est le Pantheon de Rome. Pantheon, et non Panthéon, qui, lui, siège montagne Sainte-Geneviève.

De cet élément de folksonomie, Je confesse une fascination pour ce monument imposant et mystérieux, mais je crois que ce que j’aime le plus est son état de conservation. Bien que restauré, le Pantheon possède encore les marbres d’origine de la construction de l’époque d’Hadrien. Je ne cesse d’admirer les proportions du dôme, les caissons, jadis peint en bleu et possédant chacun une étoile. Chaque niche abritait un dieu et l’ensemble était dédié au panthéon divin romain.

Le Pantheon symbolisait à la fois une cosmologie et une théogonie… Il y a quelque chose de symboliquement puissant à l’œuvre La course du soleil venant de l’oculus devait  frapper les caissons les plus bas et la statue d’une divinité.

Aujourd’hui, On peut y trouver le tombeau-monument de Vittorio-Emmanuele II, l’unificateur de l’Italie en un seul royaume. La tombe de son fils Umberto Ier lui fait face. On y trouve aussi, bien plus discrète, la tombe de Raphaël, que j’ai véritablement découvert hors des livres d’images dans les stanze du Vatican.  Mais tout aussi important, le Pantheon est une église. Les hordes de touristes qui s’y pressent oublient toute discrétion dans le grandiose.

Église et jadis temple, il y a une remarquable continuité du Sacré. Sacralité du lieu, et des divinités honorées. Cette notion de sacré que l’on oublie dans une contemporanéité, où, rien n’est plus sacré. Il s’agit pourtant d’une valeur fondamentale et unificatrice comme l’a montré Alphonse Dupront. Je crois profondément que le sacré est une valeur fondamentalement et ontologiquement humaine. Il y a du sacré dans ce monde, matériel, immatériel, religieux ou non…

Pierres romaines

Piazza della Repubblica

Piazza della Repubblica

Rome est une ville minérale du sol aux toits. Travertin et marbres polychromes, statues et pavés… La pierre et la brique s’élancent depuis l’Antiquité à l’assaut des cieux. Elles défient la gravité : la coupole du panthéon est mère du dôme du Gesù. Elles défient aussi le temps : les colonnes du temple des Dioscures ou les restes monumentaux de la basilique de Maxence impressionnent encore le visiteur.

La Rome du XIXe siècle n’a pas à rougir, celle des quartiers de Prati par exemple Les immeubles ont des dimensions palatiales et s’étalent en longueur et en hauteur le long des rues qui se coupent à angle droit. A l’époque, Rome voulait en imposer en tant que capitale. Les cages d’escalier de ces immeubles sont larges et gardent la fraicheur lors des jours de chaleur. Et puis il y a le Vittoriano, sa blancheur et ses volées d’escaliers interminables que mon père appelait « calculette » au lieu de « machine à écrire » et que nous avons visité. Un endroit sacré pour la République italienne. Sa masse écrase le Capitole et les ruines alentours. Ici, la Pierre étouffe le visiteur plus qu’elle ne joue avec lui. Je préfère et de loin la subtilité des volumes du baroque entre espaces pleins et espaces vides, et l’artifice du trompe-l’œil au mur aveugle.

Du baroque, parlons-en. La magnificence de la basilique Saint-Pierre a époustouflé mes parents. Ma mère a subi un véritable choc esthétique. Et moi je ne peux m’empêcher à chaque fois que j’y entre d’y être ému pour des tas de raisons combinées. L’agencement de la basilique ne peut que provoquer l’admiration par ses dimensions et sa charge symbolique. Mais si l’esprit s’envole, l’œil, lui, suis les lignes directrices qui mènent vers le baldaquin puis du baldaquin à la chaire de Saint-Pierre. Le tout se trouve encore magnifié par l’ornementation et la lumière. Les ors des voûtes contrastent avec le bronze du baldaquin.

Et puis dans ses musées, Rome donne témoignage de l’artifice de la pierre par la sculpture. Bas ou haut-relief, ronde bosse… Portraits d’hommes, d’animaux et de dieux, les anciens ont voulu figer les manifestations vivantes de la vie pour l’éternité.

La pierre est un témoignage du génie humain, et Rome en donne une remarquable continuité par la superposition des styles architecturaux, des époques et des matériaux utilisés.

Quatrième séjour à Rome

IMG_5259

Mon quatrième voyage dans la Ville éternelle s’est achevé mercredi, et j’en suis comme toujours très satisfait. Quelques nuages ne sont même pas venu assombrir le voyage. Le premier d’entre eux est ma mère qui a perdu sa carte d’identité et qui nous a forcé à nous rendre chez les Carabinieri près du Palais Farnèse. Je n’aurai jamais cru qu’un jour je traduirais à ma mère les propos d’un officier carabinier mélangeant l’italien et l’argot romain ! Quelle situation improbable ! L’autre nuage, c’est la compagnie aérienne low cost qui a très mal géré l’incendie du terminal 3 de Rome Fiumicino la semaine dernière. Pour le retour, nous nous sommes présentés à Fiumicino mais le vol a été déplacé à Ciampino ce qui nous a contraint à prendre le taxi entre les deux aéroports. Heureusement le chauffeur était sympa et rapide, mais pas mal de monde a semble-t-il loupé le vol puisque l’avion n’était plein qu’aux deux tiers.

Je reviendrai donc par quelques billets sur ce séjour, ce qui m’a particulièrement marqué fut la visite des Musées Vatican, qui fut un véritable choc et une belle surprise. Pour le reste, je me suis attendri à voir mes parents découvrir la grandeur de cette ville et de son passé par la visite de ses monuments.

J’exposerai ces points dans des billets sur ce carnet prochainement.

Les « promenades japonaises » d’Émile Guimet et Félix Regamey

 

Mishima, 11e station du Tōkaidō, par Hiroshige

Mishima, 11e station du Tōkaidō, par Hiroshige

En visitant l’exposition consacrée aux collections d’Émile Guimet au Musée des Beaux-Arts de Lyon en 2012, je n’avais pas pris toute la mesure de l’importance de l’industriel lyonnais pour l’orientalisme français, et plus important encore, pour la compréhension du Japon féodal de l’ère Edo.

Je reviens à lui par les voies détournées de l’Histoire et de l’ethnographie. Emile Guimet s’est rendu au Japon en 1876 avec le peintre Félix Regamey pour y étudier les religions de l’archipel, en particulier le Shinto et le Bouddha zen. Mais son étude dépasse largement le cadre spirituel et s’intéresse au Japon Meiji, en pleine mutation. Ce qui intéresse les voyageurs n’est pas le Japon qui s’industrialise à grands pas depuis l’ouverture du pays une dizaine d’années auparavant, mais aux permanences et aux traditions du Japon du Bakufu. L’intérêt des voyageurs se porte sur tout ce qui est à leur portée dans un pays qui leur paraît d’une beauté singulière. L’épure et la simplicité du mode de vie nippon conjugué à la beauté des paysages constituent un véritable « choc culturel ».

La visite des temples shinto de Nikko laisse Guimet en admiration devant le délicat mélange de l’architecture japonaise et d’une nature patiemment travaillées par l’homme. Sa description se conclut par ces mots :

« A travers cet entassement de merveilles, le visiteur éprouve une sorte de vertige, il y a un moment où l’on se demande quand va finir la série des étonnements, quand va finir la série des ascensions ; il semble que c’est au ciel que tout cela va aboutir et les pèlerins impressionnés peuvent de bonne foi se croire en route pour le paradis. »<1>

L’œil occidental est rapidement séduit par l’esthétique artistique et artisanale japonaise, mélange de simplicité et de sophistication. Le génie japonais relève sans doute de ce que les Grecs auraient appelés la metis, l’intelligence pratique. Toute action humaine semble liée au cadre qui l’entoure. La culture japonaise est l’harmonie de l’ensemble. L’épure du geste est comme la nature environnante chargée d’une signification. Le Japon est un pays d’artistes, celui du signe allié au mythos. Guimet écrit :

« Une chose à remarquer, c’est que les Japonais qui enregistrent avec grand soin les faits historiques n’oublient jamais de prendre note de l’aspect du décor où se passe l’action. Amoureux comme ils le sont des beautés de la nature,  ils ne peuvent séparer le fait du paysage ; de même qu’ils se souviennent des costumes que portaient les héros de leurs chroniques, ainsi que la décoration des appartements où les évenements ont eu lieu. Ce peuple artiste a mis son histoire en tableaux.

Il y a certaines vues de pruniers en fleurs, de brouillards sur les montagnes, de feuillages roussis par l’automne qui sont fatalement destinés à encadrer des faits historiques devenus populaires autant par la beauté de la mise en scène que par l’intérêt des situations. » <2>

Durant les neuf semaines de voyage entre Yokohama et Kyoto par le Tokaido (le chemin vers la capitale du Sud), Émile Guimet note scrupuleusement ses impressions et ses entretiens sur des carnets, tandis que Félix Regamey dessine leurs rencontres et croque les scènes de vie de la société japonaise des campagnes qui n’est pas encore trop gagnée à l’occidentalisation.

Regamey dessiné par Kawanabe Kyosai

 

Guimet en profite pour acheter de nombreux manuscrits religieux, mais aussi des porcelaines, des estampes, tissus et kakemono, masques du théâtre Nô, et des statues du panthéon Bouddhique mises au rebut par l’instauration d’un shintoïsme d’État voulue par le gouvernement.

Le retour des Français au pays est triomphal, et leur voyage contribue à renforcer le japonisme. Émile Guimet expose ses collections accumulées lors de ses voyages dans son musée à Lyon construit en 1878, et les transfère à Paris dix ans plus tard où elles connaissent un succès phénoménal.

Entre temps, les Promenades japonaises paraissent à Paris en 1880 chez Charpentier. Elles constituent un témoignage de première main pour comprendre la société la culture et les religions du Japon Edo. Si une réédition a été faite en 1962, il n’existe aucune  édition contemporaine de ces écrits, ce qui est fort dommage. Félix Regamey fait paraitre de son coté en 1905 Le Japon en images avec 244 illustrations tirées de ses dessins.

_______

<1> Emile Guimet, Promenades japonaises, Paris, Charpentier, 1880, p. 235-236.

<2> Ibid., p. 20.

Exposition « Jacqueline Delubac : le choix de la modernité »

Pour les Lyonnais familiers du musée des Beaux-Arts, il n’est pas besoin de souligner la richesse du legs Jacqueline Delubac, qui, faut-il le rappeler, naquit dans notre ville . Ceux ne l’étant pas (re)découvriront que sa donation fut d’une grande importance pour les collections du musée. Pour celles et ceux venant d’horizons plus lointains, ils découvriront ce petit trésor artistique par l’exposition qui lui est consacrée jusqu’au 16 février 2015.

Heureux celui qui perce les motivations secrètes du collectionneur ! Heureux celui qui réussit à trouver en un coup d’œil ce qui rend (ou peut rendre) cohérent une collection ! Dans le cas de la collection Jacqueline Delubac, on peut ainsi observer que derrière l’apparent éclectisme des œuvres, se cache une certaine continuité de la figure féminine, qu’elle soit sculptée par Rodin, peinte par Léger et Picasso et Manet…

Auguste Rodin - Iris, messagère des dieux (1890)

Auguste Rodin – Iris, messagère des dieux (1890)

La femme, figure aux multiples facettes : fatale chez Buffet et son modèle Jacqueline Delubac, ingénue et innocente comme la jeune fille nouant son chignon debout dans le Déjeuner sur l’herbe de Monet ou sage comme une ballerine de Degas attendant de passer son audition.

Comment ne pas être impressionné devant la collection – majeure et éclectique – qui échut au musée des Beaux-arts de Lyon en 1997 ? Les grands maîtres côtoient des noms moins connus, les impressionnistes se mêlent aux expressionnistes, les figuratifs aux abstraits…  Sa collection fut sans doute un temps d’avant garde, innovante et moderne, ce qui justifie le titre de l’exposition « le choix de la modernité ». Et le musée ajoute aux œuvres exposées venant de ses salles ou de celles de musées de France, une abondante quantité de photographies, de lettres, d’affiches illustrant la carrière d’actrice  et d’épouse de Sacha Guitry de notre héroïne. qu’on nous montre au gré des rôles tantôt femme-garçon, tantôt bourgeoise élégante… Jacqueline Delubac fut et incarne toujours un modèle d’élégance et de distinction à la française. Quelques robes viennent d’ailleurs souligner à la fin de l’exposition ses liens particuliers pour la haute couture. Sa collection démontre que ses talents ne se limitèrent pas au jeu de la comédienne. Sa fréquentation de la haute société parisienne des années 20 aux  années 50 mêlant artistes et écrivains bohème, sa fréquentation des galeristes de la Rive gauche et sa longue vie aux cotés d’un autre amateur d’art, son compagnon Miran Eknayan qui lui a légué sa collection, ont vraisemblablement beaucoup compté dans sa curiosité et ses acquisitions.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Mais l’un des aspects les plus intéressantes de la collection réside sans doute moins dans l’accumulation des pièces exposées au public que dans la façon de les montrer : c’est un essai de reconstitution – réussie – de leur place et de leur disposition dans l’appartement de Jacqueline Delubac, quai d’Orsay. Car une collection n’est pas qu’une accumulation d’objets d’art, elle manifeste le goût de son propriétaire, ses préférences stylistiques aussi. C’est un choix qui répond toujours à des motivations venant du cœur ou de la raison… En retour, le prestige d’une collection rejaillit sur son propriétaire qui gagne ainsi les galons d’un amateur éclairé, réputé et courtisé au goût sûr. L’accès à la collection devient ainsi un privilège qu’on accorde ou pas aux solliciteurs. D’où l’importance d’une scénographie réfléchie dans l’exposition des œuvres. Le dernier appartement de Madame Delubac fut ainsi en quelque sorte un lieu que beaucoup d’amateurs auraient aimé visiter.  La muséographie a donc le mérite de replacer de manière sommaire mais assez explicite la place des œuvres exposées quai d’Orsay : le corridor, la chambre à coucher…

Francis Bacon : Carcasse de viande et oiseau de proie (1980) Ruth Franken : Paire de sièges sculptures homme (1970)

Francis Bacon : Carcasse de viande et oiseau de proie (1980)
Ruth Franken : Paire de sièges sculptures homme (1970)

On passe ainsi de la salle à manger au salon vert en se faisant une idée de la mise en scène des toiles et des sculptures dans les pièces de l’appartement parisien. La femme assise sur la plage de Picasso figurait au-dessus du sofa, et Francis Bacon dominait la table de la salle à manger…

Pour revenir à des considérations moins intellectuelles, j’ai été agréablement surpris de l’excellent éclairage des peintures que l’on peut trouver habituellement dans les salle du musée. J’ai redécouvert les couleurs deux toiles de Francis Bacon, en particulier de son Étude pour corrida n° 2 et la belle polychromie de la Jeune fille au ruban bleu d’Auguste Renoir. On ne dira jamais assez combien un bon éclairage est indispensable à la juste appréciation d’un tableau ou d’une sculpture. Et puis il y a Le déjeuner sur l’herbe de Monet, qui appartint à Miran Eknayan, qui me subjugua : j’ai peu de goût pour l’impressionnisme, mais les dimensions du tableau la composition m’ont sidéré ; et quand on sait que la rivalité avec Manet se cache derrière l’exécution du tableau, on a de quoi être admiratif.

L’exposition consacrée à Jacqueline Delubac est d’importance. Elle mérite vraiment une visite par la richesse des œuvres montrées au public et retrace, pièces à l’appui, le parcours atypique d’une actrice qui devint une collectionneuse avisée et au soir d’une vie bien remplie, une généreuse donatrice du musée des Beaux-Arts de Lyon.

________

Des photographies de l’exposition sont disponibles sur mon compte Flickr, accessible par le menu de droite.