Lyon Renaissance. Arts et humanisme : une exposition recommandée

Entre 1450 et 1562, Lyon connut un second âge d’or, celui de la banque, de l’imprimerie et des foires qui avaient lieu quatre fois par an. Lyon, capitale de la République des Lettres et des arts, dont on a peine aujourd’hui à mesurer l’importance. Lyon, capitale officieuse du Royaume où les Valois passaient inévitablement pour mener leurs guerres d’Italie.

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Pierres romaines

Piazza della Repubblica

Piazza della Repubblica

Rome est une ville minérale du sol aux toits. Travertin et marbres polychromes, statues et pavés… La pierre et la brique s’élancent depuis l’Antiquité à l’assaut des cieux. Elles défient la gravité : la coupole du panthéon est mère du dôme du Gesù. Elles défient aussi le temps : les colonnes du temple des Dioscures ou les restes monumentaux de la basilique de Maxence impressionnent encore le visiteur.

La Rome du XIXe siècle n’a pas à rougir, celle des quartiers de Prati par exemple Les immeubles ont des dimensions palatiales et s’étalent en longueur et en hauteur le long des rues qui se coupent à angle droit. A l’époque, Rome voulait en imposer en tant que capitale. Les cages d’escalier de ces immeubles sont larges et gardent la fraicheur lors des jours de chaleur. Et puis il y a le Vittoriano, sa blancheur et ses volées d’escaliers interminables que mon père appelait « calculette » au lieu de « machine à écrire » et que nous avons visité. Un endroit sacré pour la République italienne. Sa masse écrase le Capitole et les ruines alentours. Ici, la Pierre étouffe le visiteur plus qu’elle ne joue avec lui. Je préfère et de loin la subtilité des volumes du baroque entre espaces pleins et espaces vides, et l’artifice du trompe-l’œil au mur aveugle.

Du baroque, parlons-en. La magnificence de la basilique Saint-Pierre a époustouflé mes parents. Ma mère a subi un véritable choc esthétique. Et moi je ne peux m’empêcher à chaque fois que j’y entre d’y être ému pour des tas de raisons combinées. L’agencement de la basilique ne peut que provoquer l’admiration par ses dimensions et sa charge symbolique. Mais si l’esprit s’envole, l’œil, lui, suis les lignes directrices qui mènent vers le baldaquin puis du baldaquin à la chaire de Saint-Pierre. Le tout se trouve encore magnifié par l’ornementation et la lumière. Les ors des voûtes contrastent avec le bronze du baldaquin.

Et puis dans ses musées, Rome donne témoignage de l’artifice de la pierre par la sculpture. Bas ou haut-relief, ronde bosse… Portraits d’hommes, d’animaux et de dieux, les anciens ont voulu figer les manifestations vivantes de la vie pour l’éternité.

La pierre est un témoignage du génie humain, et Rome en donne une remarquable continuité par la superposition des styles architecturaux, des époques et des matériaux utilisés.

Une découverte archéologique majeure à Amphipolis ?

Pendant que la fureur médiatique nous démontre quotidiennement l’indigence de notre personnel politique, les archéologues, eux, fouillent chaque jour le sol pour découvrir, inventorier, interpréter et sauvegarder des témoignages du passé. Ce métier souvent ingrat se heurte au présentisme de notre société, qui semble ne plus rien comprendre que le désir et son assouvissement immédiat. On ne trouve pas tous les jours comme Indiana Jones (mon idole cinématographique) des artefacts ou autres trouvailles majeures ; comme le tombeau de Toutankhamon ou plus récemment le fantastique tumulus d’Amphipolis en Grèce. La ville fut fondée par Athènes au Ve siècle  avant J.-C. et est souvent mentionnée dans la Guerre du Péloponnèse de Thucydide en raison de son importance stratégique. Objet de convoitises pour l’hégémon en Grèce,  elle fut aussi une place commerciale importante et compta dans les échanges entre la Grèce, la Macédoine et la Thrace.

Les archéologues grecs ont entrepris des fouilles dans un tumulus à la sortie de la ville antique. En dégageant la colline artificielle, les archéologues ont découvert un escalier de marbre menant à un tombeau. Le luxe de la décoration et des matériaux utilisés laissent croire que l’on a découvert un monument hors du commun. Nicolas Constans en parle avec beaucoup de détails sur son blog. La dernière découverte concerne l’entrée d’une deuxième salle dont le seuil est gardé par deux cariatides.

Photo : Ministère de la culture de la République hellénique

Photo : Ministère de la culture de la République hellénique

Le tombeau est daté du dernier quart IVe siècle avant-Jésus-Christ, soit après la mort d’Alexandre le Grand à l’époque où les diadoques se taillaient des empires. D’après les médailles découvertes, la date retenue est 410 avant Jésus-Christ.

Les archéologues vont bientôt entrer dans la dernière salle du tombeau, cachée derrière un mur. On ne sait pas vraiment qui y était inhumé : Néarque, Olympias, Roxane et/ou son fils, Antipater…. ou personne (aurait-il été destiné à Alexandre ?). Quoiqu’il en soit il s’agirait d’un ou d’une dignitaire de l’entourage d’Alexandre. On ne peut parler qu’au conditionnel, mais rien qu’énumérer ces noms suscite en moi l’enthousiasme.  Quand on a lu comme moi Diodore de Sicile [1] ou Plutarque sur la vie d’Alexandre le Grand [2], la découverte du tombeau d’Amphipolis devient subitement le medium immédiat du lecteur que je suis avec ces personnages,  au-delà des siècles et des civilisations qui passent. Une concrétisation soudaine de l’Histoire. Ce sont les hommes et les femmes qui la font, mais ce sont les conquérants et les illustres qui ont droit à l’encre des écrivains.

Et ce qui est fantastique, c’est de savoir qu’il existe encore des trésors à découvrir, des endroits à fouiller. Les archéologues ont encore de quoi me faire rêver. On pourrait un jour découvrir à Alexandrie l’emplacement du tombeau du conquérant, dont les auteurs anciens nous disent qu’il était fait de pierre translucide.

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[1] – Je fais référence au livre XVII de la Bibliothèque historique.

[2] Vies parallèles – Alexandre-César. On peut aussi lire Quinte-Curce, Historiarum Alexandri Magni Libri,  l’Histoire d’Alexandre le Grand.

Les boucles d’oreilles d’Aphrodite

Voilà donc une nouvelle publication du Musée des Beaux-Arts de Lyon qui va changer le regard du grand public sur les collections du Musée, riches de trésors insoupçonnés, comme ce chef-d’oeuvre de Zurbaran en couverture…

Dans cette publication, on apprend sur un tout petit bout de page, page 34, une nouvelle qui détonne. On aurait retrouvé les boucles d’oreille de la Venus de Milo ! Et c’est le conservateur du médaillier qui l’écrit !

Ce monument de la statuaire grecque, sculptée à la fin de la période hellénistique suscite davantage les passions des chercheurs pour ses bras (jamais retrouvés) que pour ses bijoux. Car en digne déesse, celle que l’on pensait être en 1820 Venus Victrix portait les attributs dorées dignes de son rang de déesse. Je passe sur les qualités esthétiques de cette statue : précision du chignon, rendu du drapé, contrapposto prononcé…

Retrouvé car les boucles reposaient dans les fonds du Médaillier depuis plus de 170 ans. Elles ne furent jamais montrées au public. Elles ont pourtant été recensées par Marie-Ambroise de Comarmond, dans la Description des antiquités et objets contenus dans les salles du Palais-des Arts de la Ville de Lyon, Lyon, Imprimerie de F. Dumoulin, 1855-1857, chapitre dédiée à l’Or – Argent – Pierres Précieuses, p. 483-484.

Il est vrai que le grand public n’est pas informé que la plupart des statues grecques de l’Antiquité se montraient fardées, maquillées et vêtues à celles et ceux qui venaient l’adorer.  Ces statues étaient animées d’un souffle (pneuma), d’une vie. Paul Veyne nous apprend que les rapports entre les hommes et les dieux n’étaient pas des relations pacifiques, bien au contraire. Si les hommes craignaient les dieux, ils attendaient aussi que leurs prières soient exaucées. Il y avait donc une valeur « performative » à rendre culte et sacrifice à une divinité, qui dans l’économie du vivant chez les Grecs occupait le haut de la hiérarchie des êtres vivants, immortels et raisonnables. En vérité, nous dit Veyne, la mythologie grecque montre que les dieux se préoccupaient avant tout d’eux-mêmes…

Mais comment ces boucles d’oreilles sont-elles arrivées à Lyon ?

La fut mis au jour le 8 avril 1820 sur l’ile de Milo, en plein mer Egée par un paysan qui cherchait des pierres pour clore son champ. Un jeune officier de marine français, se trouve fortuitement sur les lieux. Ce curieux d’archéologie, Olivier Voutier, alerte alors le vice-consul de France à Milo. L’île est alors une possession ottomane. Voutier désire plus que tout que la France achète la statue. L’ambassadeur de France à Constantinople, le marquis de Rivière dépêche alors un secrétaire à Milo pour acheter cette statue. Elle est offerte au roi de France, Louis XVIII par le marquis, de retour en France, le 1er mars 1821. Le Roi décide de la donner au musée du Louvre…

La pose de la statue, laisse penser que la Venus portait un diadème, un bracelet au bras droit et des boucles d’oreille. Les boucles furent découvertes avec la statue.  Mais rien n’est dit de la destinée de ces bijoux.

C’est Comarmond qui nous donne la réponse dans sa description des boucles : le marquis de Rivière en fit dont au premier conservateur du musée des Beaux-Arts de 1806 à 1830, jadis le Palais des Arts, François Artaud. Peut-être les donna-t-il lorsqu’il rallia Paris depuis le Sud de la France au début de l’année 1821.

Voici la description des Boucles par Comarmond dans l’ouvrage cité précédemment.

N 36

Boucle d’oreille formant, avec celle qui porte le numero suivant, la paire parfaitement complète ; elle est d’une belle conservation ; le travail en est fin et des plus soignés ; Artaud faisait le plus grand cas de cette parure et la portait à un prix très-elevé. Ce bijou représente un anneau ovale élastique non soudé ; la grosse extrémité offre une tête de chimère à mufle de lyon ; deux cornes flexueuses partant du milieu du front et se dirigent en arrière, en formant l’S. Cette tête porte un collie à dents de loup, d’où sort une queue, formée de traits en spirale qui font ressort et se terminent par une pointe lisse et aiguë ; celle-i arrive dans la gueule du lion, dont les yeux sont figurés en pierre ou mastic noir décomposé, et non point en diamant, comme le dit Artaud, à moins qu’il n’ait employé le mot diamant comme expression générique d’une pierre fine. Voici, mot à mot, ce que dit ce dernier, à l’égard de ce bijou : « Deux boucles d’oreille torses en or, à tête de chimère ayant des yeux de diamant ; ces pendants grecs de fort bon goût et d’un travail très-soigné, ont été trouvés avec la Vénus de Milo ; c’est feu M. le duc de Rivière qui me les a donnés ». Cette note est intéressante en ce qu’elle indique leur origine. Par la construction de cette boucle, le peu de jeu de son ressort, on juge qu’elle était destinée à être suspendus à un autre anneau qui passait dans l’oreille. La conservation, le style et l’élégante délicatesse de ce bijou, peuvent encore exciter l’envie d’une femme et plus d’une beauté s’en parerait avec plaisir. (cabinet Artaud).Diamètre 1 cent. 5 mill. Poids. 2 gram.

N 37

Boucle d’oreille conforme à la précédente sous tous les rapports (Cabinet Artaud)

Diamètre : 1 cent. 5Mil. Poids : 2 gram.

Je n’ai jamais vu la Vénus de Milo. Je n’ai jamais mis un pied au Louvre. La file des touristes, le peu de ressources et le gigantisme des lieux m’a découragé à chaque fois. Mais en s’intéressant aux photos, on peut s’interroger sur les écrits de Comarmond.

Si ces boucles sont celles de la Venus de Milo, une photo détaillée des divines oreilles laissent supposer que les bijoux ont été arrachés sinon endommagés par un évènement qui nous est inconnu : renversement et enterrement de la statue à la suite d’un épisode violent ? Pourquoi les bras de la statue n’ont jamais été retrouvées alors que ses boucles le furent aux cotés du buste ?

Ces boucles avivent les questionnements autour de la Venus de Milo. Une étude pour éclaircir les conditions de cette découverte à Milo serait la bienvenue.