Mondes flottants – retour sur la biennale d’art contemporain de Lyon 2017

La 14e biennale d’art contemporain de Lyon s’achève dans quelques jours, en ce mois de janvier. Le thème de cette année fut les mondes flottants.

On le doit à Emma Lavigne, directrice du centre Pompidou de Metz et commissaire de l’exposition. Le site de la biennale explique en introduction les raisons de ce sujet :

«  C’est dans le contexte d’une mondialisation galopante générant une constante mobilité et l’accélération des flux, cette “ liquidité ” du monde et des identités analysée par le sociologue Zygmunt Bauman, que la Biennale explore l’héritage et la portée
du concept de “ moderne ” dans la création actuelle, selon la définition qu’en fit le poète Baudelaire, qui envisage le moderne comme “ le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art dont l’autre moitié est l’éternel et l’immobile ”. La Biennale se déploie comme un paysage mobile et atmosphérique en expansion, qui se recompose sans cesse […] »[1]

Hans Haacke- White Wide Flow - 2017

Flottant, comme le système ingénieux du White wide flow de Hans Haacke exposé à la Sucrière. L’éphémère des formes d’un voile soulevé par des ventilateurs, ondulant comme des vagues. La Biennale invite le visiteur à « percevoir » par le sensoriel la réalité de mondes oscillant entre le réel et l’imaginaire. Les Mondes flottants, c’est un sujet de l’entre eux, entre sédentarité et nomadisme, éternité des matériaux et éphémère des instants, le terrestre et l’aérien…

La Biennale expose plus de 90 artistes venant de tous les coins du monde dans deux lieux lyonnais bien ancrés dans le réel : le Musée d’Art contemporain et la Sucrière.

Biennale d'Art contemporain de Lyon 2017

Cliquez sur ce cliché pour accéder à quelques photos de la Biennale

La sélection des œuvres proposées offre un parcours diversifié, entre installations monumentales ou intimes ; elles incitent à des déambulations sensorielles : le toucher avec la sévérité du béton du labyrinthe de Berger et Berger, la vue avec la fluidité du système hydraulique de Hans Haacke avec Together ou les couleurs douces de Christodoulos Panayiotou ; l’ouïe avec les sonorités choisies du requiem de Kazuo Fukushima par Fernando Ortega dans Stolen time, aux hélices soniques et décoiffantes de Susanna Fitscher.

Fernando Ortega - Stolen time - 2017

C’est aussi la verticalité : l’obscurité chtonienne et inquiétante de la grotte de Philippe Quesne, aux cerfs volants de Shimabuku, en passant par les objets en lévitation de David Tudor.

C’est au visiteur de se laisser porter par le truchement des œuvres vers ces mondes flottants. Chaque expérience individuelle étant unique, les points de vues sont donc infimes.  Quand l’artiste livre le sien, ce sont des histoires qui nous font basculer vers un autre univers ; comme le dispositif de Melik Ohanian Borderland sur le toit d’un immeuble de New York ; Molly Davies et la performance filmée de David Tudor et de ses danseurs sur une musique de John Cage avec David Tudor’s ocean ; ou encore l’histoire « accrochée » d’Oedipus par Jan Mancuska…

Melik Ohanian - Borderland I Walked a Far Piece - 2017Jan Mancuska - Oedipus - 2008 - #3

En jouant sur la spatialité des dispositifs, le visiteur peut aussi faire évoluer son point de vue. L’œuvre prend alors un sens autre, et une forme différente. Les miroirs d’Apparitions de Ceryth Wyn Evans ne sont jamais les mêmes dès lors que l’on se déplace dans la salle. Le regard et la proposition artistique variant sans cesse rendent la visite immersive et passionnante.

Ceryth Wyn Evans - Apparitions - 2008

Par goût personnel, certaines œuvres m’ont laissé perplexe ou complètement indifférent. D’autres, m’ont davantage touché. J’aime les artistes utilisant les possibilités offertes par la vidéo et le numérique.  Melik Ohanian, que j’apprécie, m’a enthousiasmé. Fernando Ortega que j’ai cité, est une découverte. Il teste la musicalité du Requiem de Kazuo Fukushima [2] exigeante et sobre, dans une soufflerie servant à la résistance des matériaux.

 

La 14e Biennale d’Art contemporain de Lyon se termine le 7 janvier, mais sa proposition thématique entre réel et imaginaire, terre et ciel, m’a énormément plu. Elle m’a aussi donné à réfléchir, je rédigerai un petit billet là dessus dans les prochaines semaines.

—————-
[1] « Introduction, page du site web de la biennale de Lyon, consulté le 3 janvier 2018, http://www.biennaledelyon.com/mondes-flottants/introduction.html

[2] Le Requiem de Fukushima date de 1956. La sobriété de cette œuvre pour flûte trouve ses racines dans la musique traditionnelle japonaise et l’emploi de la flûte en bambou Sakuhachi, au son si particulier. Le dépouillement du Requiem trouve un écho dans l’espace, sonore et dénudé, de la soufflerie.

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