Eaux romaines

L’un des premiers sujets d’étonnement de mes parents à Rome fut l’eau.

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De manière générale, les fontaines d’eau potable ont tendance à disparaître à Lyon. A Rome elles sont présentes de partout, et sous les fortes chaleurs de ce mois de mai, nous en avons apprécié la fraîcheur.

Nous avons bu en quantité une eau qui m’étonnera toujours par sa douceur et sa fraîcheur. Que l’on soit sur la place Saint Pierre, où les fontaines jumelles rafraichissent par la vue une écrin minéral baigné de soleil, à la petite fontaine de la via della Scrofa à deux pas du Mausolée d’Auguste, ou même au sommet de la basilique Saint-Pierre au pied du dôme, ou bien au coeur des Musei vaticani, l’eau se signale par son discret écoulement.

L’eau claire des nymphées, à Trevi, ou près de Santa Maria della Vittoria, vaut bien plus que le flot incertain du Tibre qui coule, verdâtre, au fond de son sillon de pierre entre les monuments antiques et baroques. Pourtant, ce fleuve si peu rassurant a ému mon père qui se rappelait là ses « livres d’école ». Jadis, ce fut la limite entre l’Étrurie et les villes du Latium. Son importance pour les échanges commerciaux entre le Janicule et les Sept collines de l’Urbs a été oublié. le pont Sublicius a longtemps été le seul point de passage entre les deux rives. Mais peu importe, ce qui compte c’est sa présence symbolique hic et nunc. Ce fleuve si peu honoré des Romains d’aujourd’hui ! Il n’y a qu’une piste cyclable et piétonne sur la rive gauche, alors qu’il pourrait devenir une coulée verte, un peu à la manière des berges du Rhône à Lyon. Il gêne davantage la circulation automobile, infernale, qu’il ne la facilite. Les voies sur les quais sont des autoroutes urbaines, les ponts sont congestionnés aux heures de pointe.

Et pour autant, Rome reste une ville d’eau, abondante, claire et fraîche. J’ai peine à imaginer que l’eau des fontaines à Rome soit celle que buvaient les Romains de l’Antiquité. Pourtant, l’eau de l’Aqua Marcia coule encore au sommet de la colline du Capitole sur la ruelle reliant la prison Mamertine à la place du Capitole. Boire l’eau de Rome est un acte sacré, à la fois purificateur et mémoriel. Un acte revendicatif aussi : c’est remonter à la source de la civilisation occidentale, c’est absoudre notre péché de contemporanéité, sans cesse mouvante pour retourner à l’inaltérable fixité d’un passé encore présent, à la fois matériel par ses vestiges et immatériel par son legs intellectuel. C’est rappeler là un jalon essentiel de notre identité latine.

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Une réflexion sur “Eaux romaines

  1. Moi aussi, j’ai vu beaucoup d’eau lors de mon dernier voyage en mars, ….. mais elle tombait du ciel. Mais Rome est belle, même sous la pluie.

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