L’empire des signes par Roland Barthes

Voilà un petit livre agréable et stimulant écrit au retour d’un voyage au Japon en 1970 par Roland Barthes : L’empire des signes.

Car le Japon est un pays d’écriture(s) pour le sémiologue. C’est celui des Signes de toute sorte où l’étranger, l’occidental, se trouve décalé et parfois désemparé. Si le japon des années 70 s’est fortement occidentalisé, il conserve les gestes et coutumes des siècles passés. La société nippone avait atteint un haut niveau de raffinement dans tous les domaines. Roland Barthes n’en explore que quelques uns. Ce n’est pourtant pas un livre sur le Japon,  c’est un livre sur l’altérité, ce qui sépare Orient et Occident dans sa « réserve de traits »,  et leurs « systèmes symboliques ».

La cuisine par exemple tient une place de choix dans ce livre. La nourriture japonaise, de sa préparation à sa dégustation et pour ainsi dire décortiqué par le sémiologue. Cette nourriture arrachée, découpée, désossée, transformée en Occident est au Japon à peine préparée dans la plupart des cas, les seuls opérations qu’elle subit sont le découpage et la cuisson. Le mangeur, lui, n’a pas de rapports brutaux avec ses baguettes (p. 28). La nourriture se fait légère sous l’ustensile, elle est triturée et amenée à la bouche depuis le plat, ou le bol.

Autre descriptions étonnante, la ville. Toute ville tourne autour d’un centre (p. 47 et alii). Un noyau dirait-on pour nos vieilles villes de bois et de pierre. Mais Tokyo a pour centre la résidence de l’empereur, « symbole vivant de l’État » que bien peu de personnes pouvait approcher en 1970. L’empereur Showa préférait peut-être s’adonner à ses crevettes. Empereur caché. Centre caché. Tokyo tourne autour d’un espace vide, déshumanisé parce que caché derrière de hauts murs et des douves imposantes. Le vrai Tokyo, celui des japonais graviterait davantage autour de ses gares (p. 56), véritables petits centres urbains où le voyageur trouve de tout. Les lignes de trains et de métros forment un gigantesque chapelet de centres. Mais si vous cherchez un ami dans le dédale des rues tokyoïtes, armez vous d’une carte et de patience. Les rues n’ont ni nom ni numéros. Le voyageur doit alors composer avec l’amabilité des riverains et se renseigner. La carte s’anime de croquis, de flèches, de noms et donc de signes reconnaissables au périégète. La carte disait Deleuze fait sens même déchirée. Ici elle fait sens parce qu’elle est signe.

Le théâtre par exemple fascine les voyageurs étrangers. Le théâtre par exemple, avait fasciné Guimet, notamment le Kobuki et mais aussi le théâtre de marionnettes, le Bunraku. Barthes lui y voit plus que des récits dramatiques ou comiques. si les acteurs masculins se travestissent en femmes comme les onnagata, l’essentiel n’est pas d’incarner la féminité, mais de la signifier (p. 127).

La féminité se voit sur les visages, traits japonais qui fascinent le sémiologue car là aussi, le visage est « citation ». L’acteur se farde pour mieux souligner les traits du visage. Des traits purs et relevés de noir, comme l’encre du calligraphe exécutant le signe.

Tout concourt au Japon a l’absence de superflu. L’essence du Japon se loge dans l’épure. Épure du logement, épure de la cuisine, épure de la ville dans sa fonctionnalité et sa « pratique », épure des haïkus qui, précise Barthes, n’ont pas de sens caché mais désignent  par une brièveté si saisissante un événement de la vie quotidienne.

L’extrême codification de la société japonaise est le régal du sémiologue. De la plume de Barthes, la moindre observation devient un texte que le lecteur dévore littéralement. Le Japon dépayse l’occidental et l’invite a réfléchir sur le moindre sens de ses actions, à être attentif au moindre détail. En cela, L’empire des signes est un ouvrage qui éveille autant qu’il invite à voyager.

2 réflexions sur “L’empire des signes par Roland Barthes

  1. J’ai essayé une fois dans mes jeunes années de lire un de ses ouvrages. Ils ne sont pas très faciles d’accès. Toutefois Rolland Barthes qui parle du Japon, je pense que je vais mettre de côté ma première expérience mitigée.

  2. je conseille Mythologies ,qui est un petit recueil de textes d’humeur sur des éléments de la vie quotidienne tirés de « Paris Match ». RB considérait ce magazine comme un véritable trésor mythologique. Du steak frite à la Citroën DS, en passant par le mythe de l’enfant prodige (Minou Drouet) et le pittoresque dans le paysage. Mon passage préféré; analyse comparative de deux véhicules de la littérature, le Nautilus (J Vernes) et le Bateau Ivre (A Rimbeau).

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