La ville et son centre

Qu’adviendrait-il si une ville n’avait pas de centre ? Nos villes occidentales ont toutes un centre où l’on con-centre les pouvoirs économiques, culturels, administratifs, financiers, essentiels au fonctionnement de l’agglomération et assurant même son prestige dans certains cas. Mais supposons que cette ville d’où part un réseau de voies de communication n’existe pas ? Les périphériques ne tourneraient plus, les lignes de métro ne se chevaucheraient plus, les gens ne se presseraient plus sur les patios et dans les rues. Le centre-ville cesserait d’être un spectacle du monde.

Une ville sans centre serait une ville sans pouvoir symbolique, les pouvoirs seraient déconcentrés dans des quartiers indifférents les uns des autres. les centres administratifs et économiques, culturels et éducatifs ne se démarqueraient pas dans le tissu urbain. Cela suppose aussi que la qualité de service soit uniforme dans chaque partie de la ville, un peu comme dans le jeu Sim city où le joueur doit pourvoir aux besoins des habitants de manière équivalente.

simcity

Sim city 2000 : un jeu sur la planification urbaine et ses conséquences.

Cette planification urbanistique est impossible dans les villes anciennes. Au mieux s’applique-t-elle à quelques quartiers en Europe.  Et c’est  pourtant ce qui se construit dans de nombreuses villes à travers le monde. Par exemple, Cidade do Kilamba en Angola.

Source : Wikimedia.

Source : Wikimedia.

La ville est située à 20 km de Luanda, la capitale. Construite pour 500 000 habitants par un consortium chinois, elle n’a pas attiré dans un premier temps beaucoup de monde, et comptait en 2011 à peine 2000 habitants. 40 000 personnes y habitaient en 2013. La proximité de la capitale, l’absence de toute industrie et de services (culturels, administratifs, etc.) contribua vraisemblablement à rebuter les acheteurs.

Pour une ville sans centre, il faudrait se déprendre alors de l’idée architecturale de signifier le pouvoir par la monumentalité. les centres de Los Angeles sont constitués de buildings parce qu’il s’agit de quartiers d’affaires. Ils manifestent de facto la puissance économique et financière de la ville qui s’articule autour de ces quartiers.

Dans l’Empire des signes, rédigé en 1970, Roland Barthes évoque Tokyo, en japonais « la capitale du nord ». Tokyo a un centre le complexe impérial, séparé du reste du monde par des douves et de hauts murs. Ce complexe où se trouve les reste du château d’Edo est la résidence de l’empereur, « symbole vivant de l’Etat » selon la constitution japonaise de 1947, mais bien souvent invisible. La ville tournait et tourne toujours autour d’un centre humain caché, et quasi irréel mais révéré comme un dieu. Mais dans ce centre caché, aucun symbole ne vient signifier cette présence.

On considère cependant aujourd’hui le centre de Tokyo comme un assemblement de 10 arrondissements desservis par une ligne de trains, la Yamanote. Mais il est difficile de lui donner un centre. D’autant plus que à Tokyo, les rues n’ont pas de noms ni de numéros. vous devez donc demander aux passants de vous aider à vous repérer dans le dédale de la plus grande ville du monde. C’est ce qui fit Roland Barthes.

Si le centre-ville n’est pas un coeur, il peut prend la forme d’une tige. En 1960, Sadrach Woods imaginait le « centre linéaire »: un succession de rues intérieures où les espaces seraient  modulables en fonction de l’extension de la cité et des évolutions de la technologies. Le plan central serait indépendant des voies de circulation et s’y superposerait. Le modèle est inspiré du modulor de Corbusier. On peut en trouver un lointain et imparfait écho dans le quartier de la Part-Dieu à Lyon qui se veut toujours le nouveau centre de la ville.

Le centre-ville dépend peut-être plus de la signification que l’habitant accorde à une zone urbaine définie par sa géographie, son ancienneté, sa puissance économique. Versailles a bien été le centre du royaume de France pendant plus de un siècle parce que le roi de France y séjournait. Là où le souverain, bien visible celui là, habitait, figurait le centre d’une société hiérarchisée. C’est sans doute cette manie toute humaine de classifier,  ranger, hiérarchiser l’information qui fait que nous définissons toujours un centre et une périphérie, séparons l’important du superflu, le plus du moins, le vrai du faux…

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