Montedidio, de Erri de Luca

Je poursuis ma lecture des livres d’Erri de Luca, et j’ai avalé Montedidio, roman qui se passe à Naples dans le quartier populaire de Monte di Dio à Naples vers le début des années 60. Ce n’est pas le roman le plus limpide de l’auteur mais il se laisse lire avec plaisir.

Le fil rouge de l’intrigue se manifeste autour d’un boomerang, offert  au jeune narrateur par son père. Pendant tout le roman, l’objet sera l’objet d’une curieuse sollicitude. Instrument à la fois étrange, secret et quasiment surnaturel que le narrateur va apprivoiser tout au long du roman.

Le narrateur est un jeune apprenti-menuisier d’environ treize ans qui livre sur un rouleau de papier son histoire, d’amour d’abord avec la jeune Maria, sa voisine jadis prostituée par sa mère pour que le propriétaire de l’immeuble fasse à sa famille une ristourne sur le loyer. Une histoire d’amitié ensuite, entre un vieux cordonnier juif et bossu, semble-t-il rescapé des camps Rafaniello qui s’est installé à l’entrée de l’atelier de Mast’Ericco, le menuisier chez qui le jeune narrateur est en apprentissage. Enfin, une histoire de famille. Tandis que sa mère disparaît, le narrateur décrit une relation avec son père de plus en plus proche, et ce d’autant plus qu’il pourvoit au maintien du foyer familial.

Le passage symbolique de l’enfance à l’âge adulte se fait autour de cette disparition. Il n’y a pas de place pour l’adolescence. Dans le Naples du début des années 60, comme avant et comme après, on doit être adulte très vide et se débrouiller pour vivre. Et tandis que la mère disparaît, Maria prend sa place dans l’appartement du père et du fils.

Et puis il y a Naples, souvent décrite dans la vie quotidienne de ses habitants. Cette ville est un véritable personnage et Erri de Luca nous la livre à travers sa langue et quelques scènes de rue, de piété populaire, de superstition et de traditions. Naples est une ville où bat le cœur d’un peuple misérable certes, dur peut-être, mais surtout vivant. Un coeur irrigué de sang.

« Cette ville est tout un secret […] Oui, on est obsédé par le sang, les gens le mettent dans leurs blasphèmes, dans leurs insultes, ils le mangent même cuit et puis vont le vénérer dans les églises. Les femmes surtout prononcent frénétiquement ce mot, le sang ». p. 100

Le roman est aussi celui du toucher et de sa sensualité : le bois des meubles de l’atelier de Mast’Errico, le bois du boomerang, la douceur des seins de Maria, la bosse de Rafaniello…

Curieux roman que celui d’Erri de Luca, la narration elle même est une succession de petites saynètes où l’intrigue de développe dans un style sans ornements, imitant l’oralité et le langage simple du guaglione napolitain. On est un peu dérouté au début, puis on se laisse entraîner par le récit d’Erri de Luca…

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