La tête pesante comme une valise

Je n’ai pas l’habitude de m’épancher sur ce blog de mes états d’âme. Dans des vies et blogs antérieurs je le faisais. Je trouvais dans l’écriture des vertus cathartiques ; et je ne veux pas en ces temps agités accabler le lecteur de ces mots gris qui traversent mon esprit quoique certains aiment toujours mettre des sentiments et de la couleur humaine derrière des mots. Je préfère ici parler d’Art ou d’Histoire, qui sont mes passions. Alors je me contiens par pudeur, par politesse. Mais pas ce soir. Je me livre. Tant pis pour ceux qui jugeront cela ridicule ou risible. C’est mon blog après tout !

Mon état mental n’est plus le même depuis ce jour du 1er février 2013 où dans un froide bibliothèque, lorsque j’ai mis le point final à ma thèse, j’ai immédiatement décompensé. S’en est suivie une dépression de six mois, des arrêts de travail où j’ai eu peur de perdre mon emploi…  Depuis cet épisode, je suis une psychothérapie. Et cela va mieux, cela va sans dire, sans être celui que j’étais avant cette date. Je suis moins endurci et moins endurant, plus expressif… Mais cet état dépressif, cette présence lancinante, qui me charpille la tête et comprime la poitrine, revient épisodiquement, et en ce moment depuis la mi-septembre. Malgré cet état, avec ses J’apprends en tout cas à me connaître, pour paraphraser Socrate. Il me manque encore un peu de relief ce qui fait que je tombe de Charybde en Scilla.

Ce que je vais écrire paraît bien futile par rapport à la détresse des autres, j’en suis bien conscient. Je me considère presque comme chanceux.

Mais je suis mois aussi en détresse, à mon niveau, en situation de fragilité, et j’essaie de me reconstruire. Ce n’est pas un manque de courage ni d’endurance, j’en ai. Mais parfois, en dépit tout ce travail d’introspection, de prise sur soi, tous mes dérivatifs habituels dans le tourbillon baroque, toutes mes lectures philosophiques, d’Epictète à Jankélévitch ne peuvent rien face au cri intérieur qui ne demande qu’à sortir.

Sur le bureau de ma psychiâtre, il y a une sculpture en terra cotta figurant un homme nu accroupi ployant sous le poids d’une valise qu’il porte derrière sa tête, sur sa nuque. Ce fut exactement mon étant  lorsque je me suis littéralement prostré, en larmes, sur mon siège. Trop de souffrance et de rancœur accumulée, trop de choses à vouloir dire qui je ne dirais jamais à ceux qui m’ont agressé « symboliquement », pas physiquement fort heureusement. Et toujours ce sentiment de décalage par rapport au monde où je vis, ce perpétuel grand écart entre deux chaises sociales, professionnelles, décalage associé à une hypersensibilité qui désormais s’exprime parfois avec effusion.

En fin de compte, le fait que je sois sous-payé par rapport à mon grade de docteur et à mes compétences compte peu. Je n’ai jamais touché plus de 1500 euro par mois dans ma vie et je m’en porte bien. Ce qui me mine je crois, c’est ce manque de reconnaissance qui vient de collègues de travail, alors que l’activité de ce service repose sur mes épaules, surtout en cette rentrée 2014. Depuis plus de un mois, en dépit du sous-effectif, en dépit de la surabondance des sollicitations. Je suis incontournable et je fais du mieux que je peux pour faire tourner la boutique alors que j’aspire à un peu plus de tranquillité et de recul réflexif. J’assure la pile du courant mais avec le sentiment d’expédier trop vite les affaires. Je n’ai pas le choix.

Et pourtant, on me fait des reproches. Alors que tout était acté, on vient m’engueuler pour un déplacement professionnel en Suisse que j’ai volontairement écourté par scrupule professionnel, parce qu’il y avait des pépins techniques dont je n’étais pas responsable. Une collègue vient en plus de cela arracher les affiches de promotion d’une formation de perfectionnement en français utile aux étudiants dont on sait tous que le niveau baisse année après année. Sans consulter qui que ce soit, sans jugeote, et vient même reprocher d’apposer ces affiches… Or promouvoir l’enseignement et la pédagogie fait partie de nos missions. J’ai vécu des deux épisodes comme une injustice et une agression.

En arrivant il y a cinq ans de cela dans ce service numérique d’une université lyonnaise, j’avais pensé trouver un cadre agréable avec des gens réfléchis. Depuis six mois, je m’aperçois que je bosse avec des gens qui n’ont aucun recul réflexif sur ce qu’ils font.  J’aime toujours mon travail mais je me sens de plus en plus déphasé, par manque de communication, de politique managériale insignifiante (on est dans le secteur Public) de la part de mon responsable que j’estime toujours par ailleurs, et en raison d’une collègue qui pense qu’un enseignant-chercheur ne sait pas être autonome devant un ordinateur. C’est préjuger de leurs facultés mentales…

A ces problèmes professionnels s’ajoutent les problèmes familiaux qui ont gâché mon week-end, mais cela est en passe d’être résolu de ma propre initiative. Ma famille reste toutefois le point nodal de mon mal être.

Voilà pourquoi ce soir, comme toute la journée j’ai eu la tête lourde comme une valise de trente kilos ; à traîner cette pesanteur partout assortie d’une migraine de basse intensité qui dure depuis presque une semaine.

Dans le fond rien n’est insurmontable dans ma situation, mais cette impression de piétinement, et je le répète ce manque de considération me pèse énormément.

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