Fracture politique ouverte

Les élections européennes ont donc vu dimanche le Front national l’emporter avec 24,95% des suffrages exprimés. Depuis ce jour, la France est entrée dans une crise politique sans précédent qui n’épargne pas les partis dits « gouvernementaux ». C’est la première fois que le FN est en tête dans une élection. On peut remarquer et se féliciter que la forte abstention couplée au vote brun, que je ne cautionne guère mais que je comprends, mette nos politiciens dans l’embarras. Ce qui est une bonne chose tant ils paraissent éloignés des préoccupations quotidiennes de leurs administrés. Qui sème le vent récolte la tempête.

57 % d’abstentionnistes, c’est beaucoup, mais cela traduit l’éloignement d’une Union européenne vue comme une force contraignante car trop libérale, technocrate voire autoritaire vis-à-vis des Etats. Ce score  révèle l’artificialité d’une identité européenne commune qui n’existe guère que chez les pro-Européens. En fait, beaucoup ont l’air de se foutre pas mal de l’Europe. Moi le premier. Je ne me sens Européen que du point de vue culturel , mais aucunement politique.

Si je n’approuve pas la victoire du Front national et le taux élevé d’abstention, je comprends le « mauvais » vote ou le non-vote de mes compatriotes. Ce que les Français veulent, c’est de la sécurité et de la proximité selon Christophe Guilluy dans Fractures françaises. Proximité des institutions et du pouvoir politique ; sécurité sociale et économique que seuls les Etats nationaux peuvent et doivent garantir ; sécurité « culturelle » avec un soutien même a minima des principes républicains et des spécificités françaises dans un contexte mondialisé de plus en plus acculturant. Au lieu de cela,  la classe politique a bradé ces trente dernières années des pans entiers de la souveraineté nationale et les leviers socio-économiques qui lui permettaient d’agir pour limiter les effets dévastateurs d’une économie mondialisée.

Il est désormais difficile de faire marche arrière pour le gouvernement en place. car il est prisonnier du système économico-libéral européen qu’il a mis en place avec la Droite depuis la fin des années 70.

Aussi, est-il douloureux d’entendre un président de la République annoncer à la télévision hier soir qu’il ne fera rien, mais qu’il a « compris » le message. Ridicule intervention d’à peine 5 minutes, où le président montre qu’il n’a, justement, rien compris. Si François Hollande avait reçu le message, il tenterait de retrouver une forme de souveraineté en ne bradant plus les derniers restes de la souveraineté nationale comme l’Armée ; il soutiendrait l’Enseignement supérieur et la Recherche plutôt que d’en restreindre les crédits, lutterait contre les délocalisations et les licenciements économiques, serait plus volontaire contre les profits du capitalisme financier au nom d’une répartition équitable des richesses.

La position de la France est affaiblie en Europe par la déconnexion totale des politiciens du reste du pays. Alors que le pays subit de plein fouet une crise liée aux tensions contradictoires de la mondialisation s’avère être davantage un vote de révolte qu’un vote d’adhésion. Ce n’est pas un vote de « cons » comme j’ai pu le voir et l’entendre de certains de mes ami.e.s, ni une « France moisie » pour rependre l’expression de Philippe Sollers ; et les abstentionnistes ne sont pas responsables de la période de turbulences qui s’ouvre. Les principaux responsables, ce sont les gouvernants eux même, Ce sont eux, qui par leur désir d’accorder des utopies et des chimères à la réalité démolissent un pays avec une constance déplorable.

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