Georges Guillet de Saint-Georges (1624-1705)

Cet homme mal connu mériterait de sortir de l’ombre.

Né à Thiers en 1624,  ses origines et son enfance nous sont inconnues. Vers 1661 on le retrouve toutefois à Paris comme souffleur et décorateur de la troupe de théâtre de l’Hôtel de Bourgogne. Mais c’est avec une plume dans la main que Guillet se fait connaître. Cette carrière d’écrivain est éclectique : traducteur de Machiavel avec l’Histoire de Catruccio Castracani, souverain de Lucques en 1671, sur le port d’armes avec l’Art de l’homme d’épée ou le dictionnaire du Gentilhomme en 1678, sur les ruines anciennes d’Athènes et de Lacédémone. en 1675 et 1676. Il reste lié à Claude Barbin, qui fut l’imprimeur attitré de Molière. Ces relation sur l’Athènes ancienne et nouvelle et Lacédémone Ancienne et nouvelle sont rédigées à partir de mémoires envoyés par des correspondants, pour la plupart des religieux missionnaires au Levant. Guillet ne fait que les remettre en forme avec son style en s’attribuant le pseudonyme de La Guilletière qu’il prétend être son frère.

Mais c’est surtout sa querelle avec le médecin-antiquaire lyonnais Jacob Spon qui le fait passer à la postérité.  Les récits d’Athènes et de Lacédémone sont truffées d’erreurs sur la localisation de vestiges antiques et leur description. Spon les dénonce publiquement dans la Relation de son Voyage d’Italie, de Dalmatie, de Grèce et du Levant (1678) qu’il effectua en 1675 et 1676 en Grèce et en Asie mineure. La critique de Spon déplaît à Guillet qui s’engage dans la polémique par la publication d’un ouvrage en 1679 Lettres écrites sur une dissertation d’un voyage de Grèce,  publié par M. Spon. L’écrivain y dénonce,  non sans ironie l’entreprise de Spon contre son ouvrage,  les vaines minuties de l’escadron volant des antiquaires ; il pointe les erreurs de Spon avant de conclure que le médecin lyonnais est un falsificateur lui même. Mais Jacob Spon ne se laisse pas démonter. Il répond calmement mais surement à chaque attaque de Guillet dans la Réponse à la critique de M. Guillet en 1679. Spon se montre précis dans l’attaque et sur de sa légitimité puisqu’il s’est rendu à Athènes même et en Grèce. Il ne fait pas grand cas des écrits de Guillet. Mais comme le montre David Chataignier,  Spon a voulu donner un aspect politique à la querelle. Il dédicace son ouvrage au Dauphin comme Guillet,  mais Spon peut compter sur l’appui de Bossuet, précepteur du Dauphin et du duc de Montausier par la force de ses réseaux de correspondants. <1>

Deux conceptions de l’érudition s’affrontent : l’érudition galante et mondaine,  de cabinet, où l’écrivain cherche à émouvoir à défaut d’être authentique ; et l’érudition de terrain, réalisée sur le terrain par un savant où les vestiges antiques font l’objet d’études minutieuses. Dans la République des Lettres, c’est la deuxième conception, celle de Spon, qui l’emporte. Mais Guillet et l’érudition mondaine n’en est pas pour autant discréditée chez un public déjà friand d’épique et de romans d’aventure.

Georges Guillet ne répond pas à la contre-critique de Spon. Il publie en 1681 une Histoire de Mahomet II empereur des Turcs sans faire allusion à son contradicteur. Son activité éditoriale semble s’arrêter après cet ouvrage. Le 31 janvier 1682, Georges Guillet est élu historiographe de l’Académie de Peinture et de Sculpture, ce qui consacre son érudition et son talent de plume. Il est le premier à occuper cette charge qui le met en contact avec les artistes les plus talentueux du Royaume.

Son oeuvre est considérable et est restée partiellement conservée. Elle fut publiée par Jacqueline Lichtenstein en 2008 <2>. Guillet y fait office d’historiographe officiel des membres de l’Académie à la suite de Félibien,  de nécrologue,  d’annotateur et de commentateur d’oeuvres et leur réception… A défaut  d’être brillant, Guillet semble avoir compris l’ampleur de la tache de l’Académie : participer à l’embellissement du royaume de France et concourir à la gloire du Roi.

Il décède à Paris le 6 avril 1705.

___________________

<1>  Sur la querelle Guillet- Spon, voir la « Base des querelles » du Projet ANR Agon (Paris IV Sorbonne). Notice par David Chataignier :  http://theatre-classique.net/index.php/listes-des-querelles/513-querelle-guillet-spon

<2> Jacqueline Lichtenstein et Christian Michel (dir.),  Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture, t. II, Les conférences au temps de Guillet de Saint-Georges, 1682-1699, édition critique intégrale , Paris, ENSBA, 2008, 2 vol.

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