Bronca contre les MOOC

Le quotidien Libération a publié le 26 décembre une tribune contre les MOOC (Massive Online Open Courses). Depuis le lancement de la plateforme France Université Numérique le 2 octobre, le Ministère de l’Enseignement supérieur insiste fortement pour que les établissements universitaires lancent leurs MOOC. Quelques institutions s’y sont mises, comme l’Ecole normale supérieure, Sciences Po Paris ou le Conservatoire National des Arts et Métiers.

Dans les universités, les MOOC suscitent légitimement intérêt, inquiétudes et incertitudes. Intérêt pour un nouveau mode d’enseignement, une révolution pédagogique. Les MOOC, c’est du e-learning, et le e-learning est désormais bien implanté en France. Ce qui est nouveau, c’est les a priori pédagogiques que cela induit : le connectivisme, que certains nomment constructivisme social. Je ne vais pas refaire le débat entre « pédagogues » et « républicains » qui agita et agite toujours le milieu académique. Disons que le connectivisme propose un modèle constructiviste où l’enseignant n’est plus seulement un passeur de savoirs, mais un « animateur » de communautés : le savoir s’élabore collectivement. Inquiétude car pour beaucoup d’enseignants mal informés, les MOOC signifient la fin des cours en présentiel, ce qui est injustifié étant donné la configuration actuelle de l’université française, loin des Colleges américains. La Ministre Fioraso reste attachée aux cours en présentiel. On s’acheminerait davantage vers des modèles hybrides présentiels/cours à distance. Incertitudes car les MOOC, en dépit de leur coût faible demande un investissement de l’établissement en moyens matériels, et humains, sans compter la question de l’appartenance des cours à distance ( à l’enseignant ? à l’établissement ?).

La tribune anti-MOOC détonne dans le milieu techno-pédagogique car il s’agit du premier collectif anti-MOOC clairement identifié. Il se compose de « syndicats étudiants » de l’ENS, l’UNEF, mais aussi Solidaires, et de la CGT, jamais en retard d’un combat, si rétrograde soit-il. Elle contient plusieurs points inexacts ou approximatifs réfutés par Cyril Bedel, et Matthieu Cisel.

Les signataires des MOOC sont d’autant plus surprenants qu’une majorité d’étudiants ne savent pas encore ce qu’est un MOOC. Telle la prose de Monsieur Jourdain si les MOOC ne sont pas encore rentrés dans les moeurs, les universités en produisent déjà pour leurs formations à distance sans le savoir, soit par le biais de dispositifs mixtes : vidéos/plateforme pédagogiques/ avec ou sans présentiels ou même par le biais des mondes virtuels . On peut parler de SOOC (Small Online Open courses).

Enfin, aucune mention n’est faite des enjeux des MOOC : l’ouverture et l’accessibilité du plus grand nombre à des cours de qualité : l’open education, la question de la diplomation, le changement de paradigme de l’apprentissage. On reste sur des considérations plan-plan sur les moyens, la « privatisation » des cours, et une bête opposition parce que ce modèle d’enseignement vient d’Amérique. Malgré cela, la tribune est révélatrice des inquiétudes que les MOOC peuvent et pourront causer pour une partie des personnels de l’Enseignement supérieur et de l’Education nationale.

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