La poésie comme remède au Mal

Qui dira ces langueurs et ces pitiés immondes,
Et ce qu’il lui viendra de haine, ô sales fous
Dont le travail divin déforme encor les mondes,
Quand la lèpre à la fin mangera ce corps doux ?

Rimbaud, Les Premières communions, VII, juillet 1871.

Je traverse cette crise existentielle depuis bientôt 10 mois. J’ai gâché une année ou presque dans ce gouffre affreux où le morbide côtoie l’absurde. Je crus en être sorti cet Eté, mais ce n’est que pour mieux y retomber avec l’automne. A trente-trois ans, plus tout à fait jeune, pas tout à fait dans l’âge mur. Un entre deux. J’ai fait la paix et liquidé un lourd passif avec une partie de moi même ( et ce grâce à une thérapie ), mais l’autre partie crie, souffre, et absorbe toute mon énergie, mes pensées inutilement. Du moins, c’est ce que j’en ai tiré à la suite d’une lecture d’Alain et de ses Propos sur le bonheur. J’en suis exténué. J’essaie de faire front. A défaut d’un être aimé, et d’écrire sur un amour ineffable comme le fit Neruda, je dois compter sur ce que j’aime au quotidien : l’art, la poésie, l’Histoire pour sortir de cet état.

Et hier soir, je crois avoir bien fait d’ouvrir un recueil des poèmes d’Arthur Rimbaud. J’ai lu toute son oeuvre en vers. J’en suis sorti admiratif pour deux poèmes : Les Premières communions, et Le Bateau ivre. Deux remèdes, deux antidotes lumineux et chaleureux.

Je voudrais revenir a ce que j’étais il y a un an, plus paisible, plus sur de moi, conscient de ce que je suis, de ma chance… Je voudrais saisir les opportunités que j’aurais plus tard, et surtout je veux voyager. Je voudrais m’arracher un temps à cette pesanteur lyonnaise comme Rimbaud le fit avec Charleville, à ses grisailles d’automne, à ses faux-semblants, à la gaudriole ambiante. Je n’attends plus grand chose de Lyon. Peut-être n’ai je pas encore rencontré les bonnes personnes. Il y en a c’est certain.

Je voudrais revoir des paysages, proches ou lointain en contempler d’autres. Je pourrais moi aussi voir ces Florides du Bateau ivre si j’en avais l’audace. Me perdre quelque part après Manaus dans l’un des méandres du Rio Negro. Soif de poésie, soif de paix intérieure, de sourire…

Rimbaud m’a donné envie de voyager. De quitter la ville, avec un sac et de ne pas revenir avant de longues années…  Oh ce n’est peut-être qu’une envie, une lubie, une pulsion qui sera vite réfrénée par la raison. L’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Mais au moins, ces rêves d’ailleurs, concrétisés ou non me permettraient de sortir de l’abîme, d’oublier en somme cette part sombre. De revenir à  l’équilibre.

 

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