Réévaluer l’apport artistique italien à Lyon au XVIe siècle

Lyon l’italienne…

La ville ne cesse de revendiquer l’héritage italien, toscan essentiellement, de son centre historique, le Vieux-Lyon. L’héritage n’est en vérité pas si évident. Le patrimoine « Renaissance » lyonnais est architecturalement et artistiquement français.

Rue Saint-Jean, artère principale du Vieux-Lyon, octobre 2007.

Rue Saint-Jean, artère principale du Vieux-Lyon, octobre 2007.

Les travaux actuellement menés en histoire de l’art sur la peinture et l’architecture tendent à minorer cet héritage.

Lyon fut une place bancaire et commerciale de premier ordre au XVIe siècle. Ses foires, sa position géographique de ville « frontière » avec la Savoie attira les capitaux et les banquiers d’Italie et d’Allemagne. Des agents de grandes familles de négociants s’installèrent donc entre Saône et Rhône et sur la rive droite de la Saône.

Ces commerçants étaient essentiellement installés dans le quartier de Saint-Jean mais se regroupaient par « nations » (villes italiennes) lors de l’office divin . L’église des Jacobins, église des Florentins abritait ainsi des chapelles pour les plus illustres familles marchandes venant des rives de l’Arno. Les Lucquois avaient préféré l’église du couvent de l’Observance sur la rive droite de la Saône du coté du fort de Pierre-Scize.

D’un point de vue architectural, l’italianisme du Vieux-Lyon n’en est pas un. L’influence est essentiellement française, « gothique » flamboyant, avec voûtes à ogive, fenêtres à meneaux, et murs gutturaux. Seuls les avant-pentes des immeubles, trahissent une ressemblance avec le modèle florentin.  On retrouve le même style architectural dans les villes de la région : Villefranche, Saint-Etienne, Le Puy, Anse… Mais ces bâtiments sont loins d’être floretins : ils n’ont ni bossage, ni fenêtres au rez de chaussée, ni même la grandeur des maisons. L’ornementation des immeubles lyonnais est sobre, peu élaborée à l’exception de la galerie Bullioud élaborée par Philibert Delorme, rue juiverie, premier essai français d’architecture antiquisante.

Les Italiens sont arrivés dans des maisons déjà construites qu’il n’ont fait qu’embellir ou adapter à leur goût. Quant aux traboules, elles relient deux corps de bâtiment organisées autour d’une cour centrale sur une même parcelle. Mais ces bâtiments se sont construits à l’emplacement des jardins urbains et lient ainsi l’ancienne bâtisse à un nouveau corps par ces galeries à ogives.

L’influence italienne s’est davantage fait sentir dans la peinture. Selon Patrice Beghain (1), les marchands italiens ont joué le rôle de mécène que ne pouvaient avoir les archevêques lyonnais, absents de la ville ni le Consulat, ruiné par le rythme des entrées royales. D’autre part, Lyon n’a jamais été une ville parlementaire comme Aix, Bordeaux, Grenoble.  Les riches marchands italiens se sont substitués à une noblesse de robe quasiment absente de la ville. Ainsi, les Gadagne ou les Buonvisi, marchands-banquiers ont embelli les églises lyonnaises par la construction de chapelles où s’inséraient des toiles réalisés par des peintres italiens, essentiellement maniéristes. Thomas Guadagni commanda ainsi une incrédulité de Saint Thomas à Salviati en 1544 pour leur chapelle de l’église des Jacobins. Cette oeuvre est désormais visible au Louvre, mais on conserve les archives de sa commande et de son installation.

 Ce goût maniériste s’est perpétué au XVIIe siècle en France, Laurence Lépine avait mis en évidence dans un mémoire de DEA en 1987 (2)  la prédominance des peintres maniéristes, Guerchin, les frères Carrache.  En architecture religieuse, l’influence italienne sera plus forte au XVIIe siècle. Elle correspond aussi aux effets de la Contre-Réforme catholique et à l’installation de congrégations religieuses dans la ville. MArtellange édifie le collège des jésuite, et surtout sa chapelle dans un style italianisant. Royer de la Valfenière dessine le Palais Saint-Pierre pour les bénédictines en s’inspirant de la monumentalité palatiale romaine….  Construite entre 1590 et 1690, l’église des Chartreux à la Croix-Rousse fut et demeure la seule église baroque de Lyon. Le florentin Servandoni l’orne d’un baldaquin au XVIIIe siècle…

Mais l’installation des Italiens à Lyon et la vitalité commerciale en matière d’imprimerie coïncide aussi avec une redécouverte du passé antique de la ville. En 1528, on découvre la Table claudienne dans un jardin des Pentes de la Croix-Rousse. Des curieux comme Du Choul, Champier, Paradin, publient des histoires de la ville. Parallèlement Sebastiano Serlio publie un traité d’architecture à Lyon tandis que Philibert Delorme, natif de Lyon conçoit  à son retour de Rome la galerie Bullioud et fait carrière à la Cour. Il répand ainsi les principes architecturaux vitruviens : respect des ordres, ornementation géométrique des frises et corniches…

——

(1) Communication au Forum jeune chercheurs du 16 octobre 2013 à l’Hôtel de ville de Lyon. On se reportera pour ce paragraphe aux pages consacrées à la Renaissance dans son ouvrage, Une histoire de la peinture à Lyon, Lyon, Stéphane Bachès, 2011.

(2) Laurence Lépine : Recherche sur certains curieux lyonnais d’après la liste de Spon, Lyon, mémoire de DEA d’Histoire, Université Lyon 2, 1986-1987.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s