Enième réinterprétation de l’Histoire : cette fois par les pros ou antis mariage pour tous

L’Histoire a l’avantage d’être une matière morte, sans odeur, facilement manipulable par qui veut se donner une légitimité, ré-interprétable à l’infini et de concert avec ses fantasmes ; car après tout, à chaque homme sa conception de l’Histoire, même la plus nauséabonde comme dans le cas des négationnistes….

Ces dernières années, les politiciens ont manifesté un regain d’intérêt pour l’Histoire, j’entends, la Grande Histoire, celle d’un Napoléon ou d’un Mazarin, pas celui du pouilleux du Quercy. Dominique de Villepin s’y est frotté comme auteur avec les Cent Jours, Nicolas Sarkozy a voulu remettre au goût du jour le « roman national » chers aux réacs Patrick Buisson et Eric Zemmour, avec tout ce qu’il comporte de désuet. Bien sur, le camp des historiens en quête de médiatisation se sont rapidement emparés du sujet. Nicolas Offenstadt a ainsi écrit L’Histoire bling bling contre l’Histoire de France vue par Sarkozy. Mais le politique est désormais dépassé. L’Histoire de France s’est ainsi vue travestie, déformée par Lorant Deutsch, qui se défend d’avoir voulu faire un livre d’Histoire avec le Metronome. Alors que cherchait-il à faire ? Cet acteur s’improvisant historien s’est rapidement vu collé aux basques les Goliards, et désormais les « historiens de garde ».

On n’entend les historiens que pour dénoncer la radicalisation des antis mariages pour tous rappelant des manifestations d’Extrême-Droite de 1934. Honnêtement, les illuminées comme Frigide Barjot et Christine Boutin sont risibles, et je dirais même inoffensives. Aucun historien, ni intellectuel n’a d’ailleurs souligné que la médiatisation de ces icônes s’est faite assez opportunément, ces femmes cherchant les lumières des cameras et la notoriété, et les médias des « têtes de gondoles » pour leur flux d’actualité. Il existait pourtant d’autres personnes, plus raisonnables à écouter parmi ces manifestants…  C’est pratique de forger ses propres pantins pour assurer le spectacle. Quant aux Gudards, identitaires et aux cathos intégristes, j’ai l’impression qu’ils étaient minoritaires dans les cortèges parisiens de janvier et mars et qu’on exagère leur influence, car il n’y avait pas que du col romain et de la jupe plissée en regardant les images.

Dernier fait en date d’une prise en otage de l’Histoire, le Mariage pour tous. La sexualité devient le prisme par lequel on juge les personnages qui ont fait l’Histoire de France. Je me suis rendu compte de cet accaparement par une photo de la statue de Louis XIV sise place Bellecour à Lyon. Des petits malins « antis » ont affublé le Roi d’une banderole « Louis XIV fils d’heteros ».  Certains pro mariages se sont vite emparé de cet phrase pour répondre aux antis et  pour spéculer sur la sexualité des personnalités d’Ancien Régime.

Tweet d'un journaliste

Oui Philippe de France était bien homosexuel, et adorait se travestir en femme. Son frère l’a d’ailleurs aidé dans l’épanchement de sa nature qui l’éloignait du pouvoir. Le Soleil ne pouvait être contredit même par son frère. Mais Philippe fut aussi marié, deux fois, à Henriette d’Angleterre puis Elizabeth Charlotte du Palatin. Il accomplissait avec sérieux les devoirs du mariage et donna à la princesse palatine le futur Régent, et cela ne l’empêcha pas de donner son coeur au redouté chevalier de Lorraine, honni par Liselotte, et mal vu du Roi.

Ainsi, les rois de France ont été passé en revue : Louis XIII, pédé ou pas ? Bisexuel ? La sexualité du Roi divise les historiens (Chevallier pense que oui). Henri III : homosexuel ? Non (Selon Jacqueline Boucher). Dans les deux cas on se rapprocherait des formes d’hétairie grecques, compagnonnages de jeunes aristocrates vivant ensemble…  Mais je ne crois pas que les Mignons de Louis XIII ont pu influencerdurablement une politique plus portée aux intérêts du Royaume et de la dynastie qu’à ses désirs sexuels, assouvis ou non… D’autant plus que Richelieu et Anne d’Autriche veillaient au grain.

Et sur Facebook...

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Ainsi, l’Histoire se trouve révisée à la lumière de la sexualité de ses acteurs, elle valide et invalide les arguments des pros et des antis comme si tout pouvait être et devait être expliquée par l’hétérosexualité ou l’homosexualité, le mariage ou le célibat. Comme si l’Histoire, immobile n’avait pas connu d’autre signification du mariage, d’autre fonction ni d’autre symbole qu’une union contractualisée au service de la descendance comme on l’entend chez les antis. Même Luther est mis à contribution comme le précurseur du mariage pour tous… C’est oublier un peu vite la dimension sociale du mariage, le complexe jeux des alliances familiales pour la préservation et l’augmentation des patrimoines, du plus petit lopin de terre aux royaumes d’Europe. C’est enfin oublier que l’Histoire n’est ni blanche ni noire, ni grise même, elle est plus qu’une somme d’interprétations, de supputations, d’identité, elle étudie les sociétés humaines et leurs rapports de force en s’efforçant d’en chercher la substantifique moelle. L’Histoire est une science, et son but est de comprendre les sociétés passées.  Céder à la mode, et à des concepts préfabriqués et mal ajustés au service d’une cause n’est pas sa mission.

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