Fumée blanche

La nouvelle de la renonciation du Pape ne m’a pas tellement ébranlé. En tant que croyant, l’essentiel n’est pas le messager mais le message lui même. Je n’ai pas eu avec Benoît XVI le lien ténu qui reliait Jean Paul II à tout catholique. L’apostolat du Polonais a marqué ses ouailles par son dynamisme et son auctoritas.

Je me souviens du jour où j’ai vu apparaître au balcon de Saint Pierre de Rome la figure de Joseph Ratzinger, désormais Benoît XVI. C’était il y a presque 8 ans, déjà, j’achevais mes 24 ans.

Je me souviens aussi du jour de la mort de Jean Paul II quelques jours auparavant, c’était le 2 avril 2005. J’étais anéanti. J’écoutais sur la place Saint-Jean le soir près de la fontaine le gros bourdon de la cathédrale sonner en signe de deuil. Je pleurais. Seul. Un homme est venu vers moi, une trentaine d’années je crois, m’a serré dans ses bras et m’a dit « ne t’en fais pas ». Ses paroles m’ont rassuré.

Je n’avais connu que ce pape comme catholique, et je l’avais vu en  août 2000 à Rome, frêle vieillard au milieu d’une infinité de jeunes à Tor Vergata  à l’Est de la Ville. Nous étions 2 millions en plein Eté. Sous une chaleur écrasante sur cette immense prairie où s’est construite une université ensuite. La foule était tellement importante qu’elle suivait la déclivité du terrain. Des drapeaux de toutes les nationalités flottaient au vent. Il y avait des « collines » de jeunes de toutes les couleurs et du monde entier qui chantaient et dansaient ensemble, cathos coincés français et gangsta rappers des Ghettos de l’East Coast américaine, Camerounais et Chiliens… Je m’en souviendrai toute ma vie. Ce fut je crois la plus grosse concentration de foule que l’Europe a connue dans toute son histoire. Et j’y étais !

Mais je digresse. Jean Paul II avait un charisme et une autorité naturelle qui lui venait d’une volonté et d’une opiniâtreté admirable. Mais son « conservatisme » trouvait ses racines dans des théologiens comme Ratzinger et quelques uns qui avaient participé aux travaux de Vatican II dans les années 60. Je craignais donc une forme d’intransigeance de Benoît XVI plus affirmée que son prédécesseur.

Benoît XVI n’est pas un communicant mais un intellectuel plus à l’aise avec les concepts théologiques qu’avec la cure d’âmes. Un produit de la Curie. On le dit sans charisme. Il sut néanmoins tendre la main aux intégristes à l’intérieur de l’Eglise en au-delà, aux Luthériens, les aux Juifs, aux Musulmans. On le dit conservateur : il a accepté l’usage prophylactique de la capote. Le Bavarois a fait « mieux » que son prédécesseur et avec une certaine douceur. Il a avant tout accepté le dialogue, et a fait progressé l’Eglise, à petits pas, vers une posture moins crispée sur ses valeurs. Et il y a eu cette renonciation, osée, car inédite dans l’Eglise, de renoncer à son ministère pétrinien en acceptant de reconnaître ses limites dans un monde en mutation. Il finira ses jours dans la prière et la tranquillité. Un pape qui assume  ses failles… Un homme.

L’Eglise n’a certes pas vocation a céder à l’ère du temps, mais le prochain pape devra maîtriser les nouvelles technologies et ses enjeux pour porter la Parole. Léon XIII fut le premier pape à utiliser la radio ; Benoît XVI fut le premier pape à utiliser les réseaux sociaux. Que fera le prochain ? La fumée blanche s’élèvera dans les cieux romains le mois prochains. Nous serons fixés.

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