Une (r)évolution pédagogique

J’ai assisté à un colloque sur la pédagogie numérique dans l’enseignement supérieur la semaine dernière à l’Institut français de l’Education.

La question de la pédagogie, et plus particulièrement de la transmission des savoirs ne m’a jamais paru aussi importante qu’en ce début d’année. Non que la question des TICE ou des politiques universitaires ne comptent pas, mais il convient parfois de réfléchir au-delà de la ligne claire du quotidien pédagogique. Et lorsqu’on songe au cas Français, on a des raisons de croire qu’une véritable révolution des mentalités doit être envisagée pour garantir à l’enseignement supérieur dans notre pays l’excellence et le rayonnement.

L’irruption du numérique dans tous le champ de l’Enseignement est en train de modifier la perception et la transmission du savoir. Pour résumer, le rapport aux connaissances, transmis verticalement est en train de basculer vers un modèle horizontal de co-apprentissage des savoirs.

Le magistère de l’enseignant est remis en cause par les apprenants, élèves comme étudiants, qui ont accès par le Web à une surabondance de savoirs dans tous les champs disciplinaires. Il n’est pas rare à l’université de voir en cours des étudiants derrière leur ordinateur corriger ou préciser les propos d’un enseignant sur un sujet précis. Dans tous les cas c’est l’autorité de l’enseignant dans sa discipline qui est remis en cause, d’où cette obsession de plus en plus manifeste là où je travaille d’avoir un contrôle absolu de leur cours et d’être au fait des dernières découvertes…

Face à des étudiants qui ont accès à de plus en plus de données, quelle sera la place de l’enseignant dans 10 ou 20 ans ? Dans les faits, il y aura toujours un cours en présentiel, les étudiants sont attachés à cette forme discursive d’acquisition de connaissances et de compétences. En revanche, c’est l’hégémonie du Cours Magistral qui est remis en cause, qui laisseront probablement plus de place à des travaux pratiques ou encadrés.

Il faudrait que nos enseignants accepte cette évolution des étudiants. D’abord, Wikipedia ou tout autre site ne remplacera jamais un cours et la relation humaine, si minime soi-elle qui s’instaure. Ensuite l’enseignant a tout à gagner à expérimenter même par petites touches et innover en pédagogie pour améliorer la qualité de son cours et l’apprentissage des étudiants.

Dans les disciplines scientifiques, je pense à l’université de Louvain en Belgique, certains enseignants innovent et laissent la place à de nouvelles formes d’apprentissage. Par exemple, des étudiants construisent leur propre rapport au savoir par un co-apprentissage encadré par l’enseignant  qui donne des conseils méthodologiques et oriente les étudiants si ils s’engagent dans de mauvaises voies.

Dans l’enseignement supérieur, la compétition internationale entre établissements et entre pays font que de nombreuses universités de son lancées dans l’innovation pédagogique et les TICE avec une stratégie et une vision de l’avenir de l’enseignement. Sans surprise, les pays anglo-saxons sont en pointe dans ce domaine qui disposent de moyens et d’une réputation internationale solide, mais l’évolution technologique des cours ne s’est pas faite sans une « révolution pédagogique » et des enseignants.

Si l’enseignement supérieur français veut rester attractif sur le plan international, il devra lui aussi entamer cette révolution numérique sur le plan technique et pédagogique. Ce sera sans doute dur de faire avancer les enseignants sur cette voie tant les conservatismes sont forts sur la question de la liberté pédagogique. De plus, la méfiance grande face au web pour des raisons compréhensibles : perte de contrôle du contenu du cours, plagiat ; pour le numérique manque de reconnaissance du temps investi, etc. L’une des grandes difficultés est de faire accepter aux enseignants cette perte de contrôle des contenus qu’ils transmettent, qui ne signifie pas perte d’autorité même si ils n’ont plus le monopole de la transmission des savoirs disciplinaires.

Qu’ils se rassurent : des enquêtes récentes montrent que les étudiants ne veulent pas des enseignants trop innovants ni utiliser trop d’outils numériques. Ce que veulent l’étudiant ce sont des utilisations raisonnées d’outils numériques, et une plus grande interaction en cours avec l’enseignant ( forums, réseaux sociaux dédiés). Leur souhait serait que le  cours gagne en qualité et laquelle, in fine, garantirait leur réussite aux examens et concours.

Une réflexion sur “Une (r)évolution pédagogique

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