Non inclinamus

Je fais partie d’une génération instable et assez hétérogène dans sa condition actuelle, celle née au début des années 80. Hétérogène par les parcours qui nous ont amené à ce que nous sommes aujourd’hui. De mes années de collège et lycée, beaucoup sont ingénieurs ou responsables de vente. D’autres sont électriciens, ou enseignants. Certains sont photographes, chanteuses célèbres, modeuses ou webdesigners. Une bonne partie d’entre nous, malgré leurs origines petit-bourgeois ou de classes moyennes vivent dans une forme de précarité qui tranche avec le confort matériel dans lequel ils grandirent.

Pour ma part, je n’ai pas grandi dans l’opulence, et j’ai refusé de suivre un destin tout tracé qui me menait vers une activité manuelle au seul prétexte de ma nullité en mathématiques. J’ai perseveré dans les matières littéraires, et maintenant, j’achève une thèse de doctorat qui sera publiée dans une maison d’édition sérieuse et prestigieuse si Dieu le permet…  Curieux destin que le mien.

Mais mes affinités intellectuelles m’ont amené à l’université à rencontrer des personnes avec qui j’ai entretenu des rapports quasi fusionnels. Mes amitiés durables se forgèrent sur les bancs en bois des amphithéâtres, autour d’un narguilé ou d’une bonne bouteille chez les uns et les autres. Fauchés et diplomés, nous parlions d’Histoire, de Littérature, de Musique.

Aujourd’hui, nous nous voyons encore régulièrement. Notre dernier repas m’a fait prendre conscience à quel point nous nous ressemblions. Nous venons tous de milieux assez analogues, nous avons tous suivi une filière littéraire, et suivi les cours de l’université Lyon 3. Nous sommes tous célibataires et sans enfants ou vivons des relations de peu de conséquences, vaquons seuls, au milieu de nos livres et d’un petit confort que nous assurent des emplois aux revenus peu importants. Nous avons tous une maîtrise ou un DEA, rêvons des marbres de Rome ou des parcs de Berlin. Nous sommes surtout libres, refusons le diktat de l’apparence ou de la facilité intellectuelle. Pragmatiques et observateurs, nous nous méfions des vaines promesses et de l’hypocrisie de la politique et prônons la supériorité  incontestable du Parnasse sur la Polis. Nous refusons de suivre les modes, nous ne condamnons ni ne louons sans avoir examiné et  réfléchi aux situations. Nous sortons des cadres. Nous ne sommes pas réductibles à des schémas préconçus.

Si le découragement nous guette, l’exemple de l’autre nous donne du courage et nous remet en selle pour affronter la réalité de notre situation. Je ne sais pas comment je vivrais sans eux. Je perdrais des soutiens précieux, des amis auxquels je tiens et à qui je dois de rendre hommage. Je les aime.

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