Des propos pas très académiques

Au-delà des questions et des enjeux sociétaux soulevés par le  « mariage pour tous », il existe tout de même un débat entre « intellectuels » et universitaires sur le sujet. Je pense au monde académique. En tout cas, il s’agit d’un révélateur des antagonismes entre personnalités, entre chapelles intra et interdisciplinaires, et  je m’aperçois que certains universitaires engagés dans l’affaire sont de véritables Tartuffes.

Parmi les universitaires les plus engagés, on trouve des sociologues, des linguistes, des historiens, dont certains sont très impliqués dans les Gender studies. Il y en a qui suivent une même ligne, radicale, sans nuances comme D. Eribon : tous ceux qui sont contre le mariage homosexuel sont homophobes. D’autres suivent des lignes plus subtiles, comme cette linguiste qui décortique les discours mais qui condamne les « obscurantistes » : ceux qui défendent une conception traditionnelle de la famille. D’autres changent carrément d’avis sur l’homoconjugalité  telle Irène Théry… On n’est plus vraiment dans la pédagogie, mais dans l’explication nombriliste d’une position personnelle qui n’intéresse finalement qu’un nombre restreint de personnes.

Contrairement à l’époque bénie des Sartre, des Foucault, des Bourdieu, aucun ne semble pourtant avoir l’aura intellectuelle et la parole prescriptrice de ces monstres sacrés des sciences humaines, tout au plus les singent-ils dans les colonnes « débats » ou « Rebonds » de la presse et les pages de pure players et s’enflamment sur des blogs . Des épiphénomènes qui influent à la marge sur l’opinion publique qui a visiblement d’autres choses plus intéressantes à faire en ce mois de décembre.

On se donne encore l’illusion de penser en France, que les universitaires et les intellectuels ont une voix porteuse dans la population. Mais soyons réaliste, le monde contemporain est celui de la communication : tout tend à la réactivité, aux effets de manche et aux paroles caricaturales, grossières, violentes. Tout porte au clash et pas au débat. Désormais, un débat ne se voit que par l’affrontement, il tend à la radicalité, où la violence s’applique par plusieurs canaux : explicite (par les mots), implicite (la voix, la gestuelle), et symbolique (l’autorité). Pour le plus grand plaisir des médias.

Ce qui me frappe chez les universitaires qui prennent publiquement parti sur le mariage pour tous et l’homoparentalité, dans les médias ou sur les réseaux sociaux, qu’ils soient pro ou antis, c’est leur façon très cassante, et affichée avec morgue de ridiculiser l’adversaire. Et ces propos sont relayés par les réseaux sociaux par des bénis oui-oui doctorants ou étudiants, qui adhèrent, sincèrement ou par calcul à ces écrits Je dois néanmoins admettre, après tout ce que j’ai lu, que les plus radicaux sont dans le camp des pro-mariages, généralement des universitaires parisiens.

Je ne leur reproche pas d’avoir un avis, je leur reproche de manquer de retenue et en fin de compte de ne pas supporter la contradiction, et de se servir de cette cause pour poursuivre des vendettas disciplinaires ou personnelles sociologues contre psychanalystes, linguistes contre psychanalystes. La véhémence de certains propos est choquante. L’autorité intellectuelle dont ils sont les garants est mise au service de leur opinion personnelle en dehors (ou presque)de  tout cadre institutionnel. Le ton est souvent sentencieux voire exagérément dramatique pour tout ce qui a un avis différent. L’adversaire est selon le camp dans lequel on se situe (rayez la mention inutile) a / soit archaïque  b/ soit dépravé.

Dans ce jeu de massacre que je suis en spectateur, ces universitaires ont perdu en maniant l’invective, la duplicité et la radicalité des discours un des fondements de leur autorité : la dignité.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s