La nouvelle information

Chez les journalistes le web a modifié la façon de traité l’information. Le factuel tend à prendre le pas sur l’analyse. L’exemple de Twitter, prise désormais comme une source à part entière par les médias m’interloque une source totalement cynique, partisane et concise. (1) Comment faire passer une info fiable en 140 caractères ? Le fameux tweet de Valérie Trierweiler en soutien à Olivier Falorni, ou les vains ferraillages de deux politiciens par gazouillis sont pris pour des informations à part entière.

Il est vain d’insister sur le fait que le travail rédactionnel et de fond du journalisme a été singulièrement modifié par l’essor du Web dans cette profession. On peut s’affliger, comme Serge Halimi d’une perte de qualité du contenu, mais la nature même du travail de journaliste a changé. Il est désormais un « passeur de plats » un relais, et non plus un « leader d’opinion ».  Les  sites d’analyse et d’investigation, comme le bordélique site d’OWNI marchent peu, hélas mais apportent une véritable plus-value au lecteur par des articles fouillés et sérieux.

On peut constater ce changement rédactionnel sur les médias en ligne, les pure player. Les textes sont plus courts, ramassés, synthétisés et laissent finalement peu de place au recul nécessaire à un travail de fond. Mieux, les journalistes sont souvent remplacés par des blogueurs ou des journalistes lambdas sur des sujets précis. Ce qui pose la question de la place du journalisme comme intermédiaire de l’information devenant des arguments de communication pour ses acteurs.

Le format Web le veut, mais les rédactions cèdent aussi et trop souvent à cette tentation de traiter les nouvelles comme une dépêche AFP. On peut prendre comme exemple les articles de Rue 89, qui laisse de larges portions d’articles aux citations de « témoins » jamais avares de paroles, une description opportune des propos et une ou deux phrases sur le fond avec quelques chiffres pour se repérer. Point. L’autre tendance c’est aussi de faire de cas particuliers un sujet précis d’informations. Là aussi, l’exemple de Rue 89 est flagrant avec des articles du type « Moi, Josiane 37 ans, handicapée, victime d’une escroquerie… » Finalement, le contenu s’appauvrit et n’apporte rien. Je regrette les premières années de Rue 89 qui tentait et expérimentait des choses et n’hésitait pas à croiser les points de vues. Le slogan du site est toujours « l’information à trois voix : journalistes experts et vous », mais une des voix à quelque peu disparu, celle des « experts ».

L’affaire Cahuzac, qui agite le landerneau politico-journalistique est aussi révélateur d’une autre façon de faire de l’information : la feuilletonisation. Ce n’est pas une pratique nouvelle, en tout cas chez Mediapart. C’est pratique douteuse consiste à faire durer les choses, comme une bonne série américaine, à des fins évidemment lucratives. Comme pour l’affaire Woerth, Mediapart promet des révélations fracassantes et des preuves si vous vous abonnez  bien entendu ! .

Mediapart a fourni une bande vidéo totalement inaudible sur l’affaire Cahuzac et on attend le reste. Cela n’empêche pas son fondateur Edwy Plenel de venir faire la morale sur les plateaux de télévision…  Si Mediapart n’est pas une entreprise philanthropique, il reste que le courage journalistique est remis en question par ce procédé. Lorsqu’on a un scoop, on le déballe.

On nous bassine avec le nouveau traitement de l’information et la plus grande liberté de ton des journalistes sur le Web. C’est une splendide hypocrisie. Lesc pure players sont tous aux mains d’éditocrates reconvertis (Colombani, Plenel) ou d’industriels (Perdriel pour Rue 89). Des cadres anciens du journalisme bon teint ou des industriels… On reste donc proche des sphères politico-économiques du pays… Ce qui laisse songeur sur une « nouvelle manière » de faire de l’information. Je crois tout simplement que le journalisme sur le web perpétue les défauts rédactionnels et structurels des médias français audiovisuels ou papiers. Le Web n’est pas pour le journalisme français une rupture  avec les anciens codes, mais une actualisation de schémas périmés.

(1) Ce n’est pas une condamnation de Twitter comme outil, pratique, de curation et de diffusion d’information, mais dans certains cas, cette information est manipulée et détournée par quelques utilisateurs non dénués d’arrière-pensées. Il est d’ailleurs curieux de voir comment Twitter a transformé l’information en argument de communication pour les militants de tout poil.

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