La presse française et la taxe Google : comment se tirer une balle dans le pied

Les médias français, en particulier la Presse est en perpétuelle quête de financement pour continuer à vivre, ou plutôt à survivre. Le secteur est sous transfusion du Ministère de la Culture qui lui fournit des subventions permettant aux boutiques de tourner. La publicité, les abonnements papier ou virtuels, constituent l’essentiel du budget de journaux dont l’équilibre budgétaire est de plus en plus dur à atteindre.

Le nombre de ventes pour la presse quotidienne et hebdomadaire est en chute constante. De janvier à août 2012, les ventes ont reculé de 7,6% par rapport à l’an dernier. A présidence normale, volume de scandales normaux. Ce n’est pas les unes tapageuses de Marianne, l’Express, le Point sur le Président qui ont changé quelque chose. Pour combler cette perte de recettes, certains ont eu la lumineuse idée de proposer une taxe sur Google. C’est se tirer une balle dans le pied.

Google est aujourd’hui le principal référenceur des pages web de ces titres de presse, tout autant que le principal fournisseur de trafic via son moteur de recherche et Google news. Ce que veulent les membres des associations, comme  l’Association de la Presse d’information politique et générale (IPG) regroupant les principaux quotidiens et hebdos nationaux,  c’est une « rémunération » sur les revenus publicitaires que Google engrange lorsque l’internaute clique sur une référence pointant vers leur site. Les journalistes voudraient aussi créer un droit voisin du droit d’auteur, en gros, protéger leurs articles : tout contenu référencé des médias, devrait être rémunéré et une sanction interviendrait quand ce n’est pas le cas.  Le Ministère de la Culture n’y est pas opposé.

Cette proposition de taxe a été mal acceptée par Google qui menace, en guise de « représailles » si la taxe est adoptée, de désindexer les pages des protestataires. En Belgique comme cela a été le cas, la desindexation a permis de trouver un accord après deux jours.

Il faut dire que le projet de loi présenté en l’état par cette association est un projet stupide : en effet, taxer les liens hypertextes révèle une profonde méconnaissance des mécanismes du Web, car c’est bien le référencement (et au ranking ) qui permet aux médias d’être moissonné et visible sur les moteurs de recherche. La taxation des liens hypertextes remet en cause toute la technologie Web fondé sur les liens.  Et il faut être bien naïf pour croire comme j’ai pu le lire que leurs articles enrichissent Google et internet. C’est vrai oui, mais le Web peut aussi vivre sans la Presse, ses contenus, et les journalistes. Cette prétention ( de la part de cette association et de ses soutiens) de se croire indispensable au Web comme à l’information est effarante.

Cette Loi Google, adoptée en Allemagne montre la grande naïveté des journalistes : lorsque Google s’est imposé sur le Net, les médias français ont vu un média « neutre » qui aurait pu favoriser leur croissance et leur activité. Ils n’ont pas que Google arrivait avec un business plan efficace et bien rôdé… favorisant Google, et non les médias. La taxation des liens hypertextes est aussi stupide que dangereuse car elle remet en cause la simple indexation de contenus et la visibilité de médias sur le Web. Qu’on aime ou déteste Google, toute le monde s’accorde à dire que l’entreprise est un acteur majeur du web et reste le meilleur moteur de recherche actuellement, aucun concurrent n’arrive à sa cheville. Google est en position de force garanti par un quasi monopole. Si Google n’indexe plus les médias en France, leurs recettes s’effondreront, et les médias n’auront plus que leurs yeux pour pleurer.

Cette proposition de Loi Google révèle aussi une grande indigence dans la capacité de la presse à innover, persuadée d’être dans son bon droit. Internet a totalement bouleversé l’économie et la diffusion de l’information. Les internautes se tournent naturellement vers une information gratuite disponible sur les moteurs de recherche, blogs et réseaux sociaux…et journaux gratuits. La presse française a du mal à accepter qu’elle n’est plus qu’une des sources possibles parmi d’autres de l’information. On peut aussi bien consulter un pure player, comme Rue 89, et celui de Libération . Quant au journalisme, il n’a jamais fait son aggiornamento. Tout n’est pas à décharge contre le journalisme, qui permet d’identifier et de hiérarchiser les problèmes sociétaux quand il est bien fait. Un journal est utile au citoyen pour « apprendre et comprendre » comme l’écrit Serge Halimi . On peut aussi s’interroger sur le mythe de la gratuité, l’information a un coût, et il est logique de la payer quand elle ne s’apparente pas à une dépêche AFP mais à un véritable travail d’investigation.

Une réflexion sur “La presse française et la taxe Google : comment se tirer une balle dans le pied

  1. Entièrement d’accord. Les journalistes en question en sont encore au temps du Minitel. Face à l’Empire américain, on peut même, je crois, parler non seulement de la naïveté des journalistes, mais aussi de celle des politiques et de manière générale de celle de l’opinion publique.
    Cela dit, quand tu vois le caractère doctrinaire de certains titres très parisiens, tu te dis que ce n’est pas plus mal qu’ils disparaissent pour de bon. L’argent du contribuable doit-il servir à alimenter les caisses de la presse de partis ou d’opinion ?
    Le média qui compte après tout,, c’est celui qui véhicule la liberté d’expression.

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