Sur le rapport « refondons l’école de la République »

Le rapport « Refondons l’école de la République » a été présenté au Président de la République ce jour 9 octobre 2012. François Hollande a présenté les orientations de ce rapport, qu’il souhaite mettre sur les rails lord d’un discours dans le grand amphi de la Sorbonne à Paris. Il n’y a pas de lieu plus inadéquat pour cela. La mission historique et essentielle de l’Université, est la conservation et la transmission du Savoir… le magistère y tient encore son rang.

Cette manie politique de vouloir tous les cinq ans une réforme sur l’enseignement est agaçante. Celle-ci plus encore si la « refondation » annoncée va jusqu’au bout de ses propositions. Ce serait bien que la lassante gueguerre politicienne Gauche-Droite s’arrête aux portes de l’Ecole de la République. L’Education est devenu pendant cette dernière décennie un enjeu politique, plus que par le passé. Cette investissement des gouvernants dans l’Ecole masque peut-être l’impuissance à résoudre les problèmes structurels de notre société comme le chômage. On se reporte sur des secteurs où on est sur d’apposer sa patte et d’avoir une autorité.

Tout n’est pas négatif dans ce rapport : le fait que les enfants soient plus longtemps à l’école est une bonne chose, ça évite qu’ils traînent dans la rue. Qu’ils fassent leurs devoirs à l’école est aussi une bonne chose, mais qui les aidera dans la salle d’étude à l’Ecole ? Le fait d’insister sur la formation des enseignants est aussi positif. Cinq années de sarkozysme ont cassé les IUFM et ont imposé une masterisation qui n’est pas indispensable au regard du niveau des disciplines enseignées. Le rapport préconise un maintien de cette mastérisation… La priorité du rapport est donnée au primaire est aussi positive, car c’est la que s’acquièrent les savoirs fondamentaux…

En revanche, la renaissance des IUFM sous un autre nom les ESPE (p. 46) n’est pas mauvaise. J’y ai passé deux ans, et encore en coup de vent, et je n’ai pas senti que ces instituts étaient les temples du pédagogisme gauchiste comme certains le laissent entendre. A mon époque, 2006-2007 je percevais toutefois l’inadaptation de ce genre d’institut par rapport à une pratique : les grandes théories et l’épistémologie ne font pas le poids devant les problèmes concrets de l’Enseignement. Il faut que le futur enseignant, ou l’enseignant stagiaire soit sur le terrain pour expérimenter et éprouver ses compétences d’enseignant.  Les orientations de ces ESPE sont pourtant trop généralistes pour se prononcer sur leur efficacité. Les stagiaires souhaitent des réponses concrètes pour leurs cours. Le rapport lui, insiste sur les « principes de l’école républicaine », « l’éthique professionnelle » et renforcer les liens entre « formation et recherche ». C’est pisser à coté de la lunette des toilettes.

Le rapport présenté signale que le « projet républicain » est menacé par l’accroissement des inégalités à l’école. Jusqu’à preuve du contraire, ces inégalités ont toujours existé. Elles relèvent de facteurs socio-économiques bien relevés par les sociologues. En réalité, l’égalité des élèves devant un savoir n’existe pas, car les élèves n’ont pas le même rythme d’apprentissage ni la même appréhension de son utilité.

Par ailleurs si l’on veut réellement lutter contre les inégalités, on ne peut pas uniquement compter sur l’école. Il faudrait investir massivement dans les banlieues, et les zones défavorisées, créer de l’emploi, recréer un tissu local, investir les habitants dans la vie locale, sortir de  la culture libérale du fric facile et éteindre un peu plus souvent la télévision. Vaste programme.

L’Ecole crève d’une idéologie égalitariste qui ne fonctionne que sur le papier/ Les rapporteurs ont bien diagnostiqué ce qui ne va pas à l’Ecole, et proposent leurs solutions, mais toujours dans la dynamique fictive de l’égalité des élèves entre eux. Si il y a difficulté, elles doivent être résolues par une aide « individualisée » de l’élève. On ne parle pas de classes par niveaux pour élaborer une pédagogie différenciée. On reste dans une dynamique individuelle, un peu surannée, à l’heure où les processus d’apprentissage collectifs voire individuels retrouvent leur intérêt par les outils numériques…

D’ailleurs, les nouveaux rapports aux savoirs pour les apprenants sont sous-estimés.Le rapport préconise la mise en place d’une « politique de recherche » (p. 49) prenant en comte « éditeurs chercheurs et pédagogues » pour généraliser et développer des usages. Je ne sais pas si les rapporteurs sont au courant des travaux de l’IFE en la matière, ni des usages, souvent informels, des outils numériques par les enseignants s’apparentant souvent à du bricolage. Si c’est pour mettre en place une nouvelle usine à gaz avec des outils internes, cela ne servira à rien.

On parle de « pédagogie nouvelle » et on se méfie de la notation qui doit être « positive ». On surestime le « traumatisme » lié aux notes chez les élèves, et les parents soutiennent encore massivement le recours aux notes. Quant au redoublement, on le dt inefficace et il faut moins y recourir. Selon l’OCDE,  37%  des élèves de 15 ans ont redoublé en France, alors que la moyenne est de 13 % pour les autres pays membres, et puis ça coute cher : 2 milliards d’euro par an. Mais le rapport ne mentionne pas clairement les solutions pour éviter le redoublement… et laisse le choix aux parents qui doivent décider du devenir de leur rejeton. Le redoublement est donc vécu comme un ‘échec scolaire »… L’encyclopédisme (p. 25) est plutôt critiqué. Selon les rapporteurs, les savoirs doivent être croisés par une démarche interdisciplinaire et initier les élèves à l’épistémologie et à la « démarche scientifique ». Or, comment initier ces démarches lorsque les élèves n’ont pas même le niveau requis pour comprendre ou manipuler les concepts liés aux cultures disciplinaires qu’on doit leur enseigner ? Le cloisonnement encyclopédique n’est pas fait contre l’élève, mais au contraire doit lui permettre d’acquérir des bases permettant plus tard une interdisciplinarité, qui n’a pas sa place à l’Ecole, mais dans l’Enseignement supérieur. L’encyclopédisme permet d’appréhender la diversité du monde et des savoirs. Il serait regrettable de le laisser totalement tomber. En revanche, le rapport milite pour un nouveau « socle commun »,

Enfin, sur le nombre d’heures de cours réduit, le rapport se contredit puisqu’il parle aussi de la maîtrise de savoirs disciplinaires et la formation et de l’importance de former des jeunes gens à haut niveau de qualification. Le monde dans lequel nous vivons est de plus en plus technique et caractérisé par une infobésité (une surabondance de l’information). Réduire le nombre d’heures d’enseignement implique de réduire mécaniquement le nombre de connaissances à assimiler alors que ce nombre de savoirs techniques à maîtriser augmente…  Par ailleurs, le numérique n’occupe qu’une page et demi (p. 49) du rapport, et encore, la moitié est consacrée à la formation des enseignants. Si il est question d’une « priorité », la formation des élèves au numérique n’est visiblement pas de la compétence des rapporteurs. Il n’est pas fait mention du B2i, ce brevet de formation aux outils informatiques et numériques. La formation au numérique est pourtant ‘un enjeu majeur pour l’économie du pays… Le numérique est un secteur en plein développement qui recrute à tour de bras. Si nous devons développer de ma matière grise, elle trouvera un débouché dans ce secteur innovant, et hyper-concurrentiel.

Je suis mitigé sur ce rapport. Si de bonnes pistes sont à suivre et à appliquer tant pour l’élève (aménagement horaire, devoirs à l’école) que pour l’enseignant (sur sa formation notamment), on retrouve les travers bien connus de la nouvelle pédagogie sur l’évaluation des apprenants, ou la remise en cause du cloisonnement des savoirs disciplinaires pourtant fondamental pour les apprentissages. Le rapport ne revalorise pas l’autorité légitime de l’enseignant, détenteur du savoir ; la remise en cause de la notation pourrait même aggraver la situation.

Rien n’est dit sur les moyens financiers alloués à cette refondation : les 60 000 postes sont actés, mais il faudra nécessairement des ressources budgétaires qui pourront s’avérer délicates à trouver en ces temps de crise. Et puis, il est difficile de mesurer l’adhésion des enseignants comme des parents d’élèves aux pistes proposés. Aucune mention n’est faite d’un projet de loi, qui à coup sur, est déjà rédigé quelque part dans un tiroir du Ministère et attend son heure. Rien n’est dit de sujets qui fâchent comme la réforme des examens, le baccalauréat.  La refondation, souhaitée par beaucoup ne portera pas de fruits si elle n’est pas liée à la résolution des problèmes socio-économiques affectant notre pays. Mais pour cela, il faudrait du désintéressement, du courage, et de la « pédagogie »…

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