Le Palais-Royal

Lorsque le Duc d’Orléans décide, au début des années 1780 de transformer les jardins du Palais-Royal en un vaste centre de commerces et de loisirs, il eut une idée de génie. En quête perpétuelle d’argent pour éponger ses dettes, et celles de sa famille, celui qui allait devenir Philippe-Egalité créa le premier « centre commercial » de l’époque. Il lotit le pourtour des jardins de galeries et de logements dans le style néoclassique. Il entreprit même de créer une galerie enterrée, et éclairée uniquement par une verrière. Le Palais-Royal devint dès ses début le centre d’un Paris mondain et commerçant, le coeur de la ville. Les orateurs de toute sorte exerçaient leur rhétorique sur les oisifs disposés à les écouter. Camille Desmoulins appella les Parisiens à la révolte lors d’un discours le 12 juillet 1789 après la disgrâce de Necker.

Le Palais-Royal fut le coeur de la vie parisienne sous la Révolution et l’Empire, et la Monarchie restaurée. La Monarchie de Juillet causa son déclin par la fermeture des salles de jeux. Mais ce furent le percement des boulevards et de nouveaux quartiers où s’installèrent théâtres, cafés et grands magasins qui causèrent le déclin du Palais royal. Le lustre d’antan ne fut jamais retrouvé.

Aujourd’hui, le Palais-Royal est devenu un endroit de passage, mais on ne s’y arrête plus nécessairement. Les talons résonnent sous les plafonds grisés des galeries, le bruit de la fontaine du bassin couvre les discussions des passants défilant dans les allées aux tilleuls. Dans cet endroit où le chant des oiseaux est encore audible, on y croise des touristes, des antiquaires, des étudiants, des conservateurs, lecteurs et employés, de la Bibliothèque nationale ; des modeuses Parisiennes aussi  maigres et austères qu’une bigote luthérienne danoise ;  des banquiers, salariés, commerçants et oisifs ; des promeneurs pensifs et des chiens promenant leurs maîtres, vieilles dames attentionnées ou jeunes hipsters fortunés ; des  membres du Conseil d’Etat, conseillers du Ministère de la Culture, ; et parfois, le président du Conseil constitutionnel en personne, comme j’ai eu le loisir de le constater.

Il n’existe pas à ma connaissance de lieu au Monde où se réunissent, autour de jardins, boutiques de luxe, ministères, institutions d’Etats, cafés et restaurants. Et puis il y a cette sublime boutique de manuscrits de la galerie de Valois, avec des portraits de princes, et de grands commis de l’Etat jamais vus ailleurs, lesquels côtoient des documents administratifs (sans doute volés) du temps de Henri IV, de Napoléon, des lettres et des échantillons d’écriture de ceux qui ont fait l’Histoire de France.

Les allées aux tilleuls, sages et taillés, répondent aux galeries où s’alignent les boutiques de vêtements haut de gamme, de décorations, de manuscrits. Le Minéral fait écho au végétal, comme le gris et la modernité des colonnes de Buren dans la cour d’Honneur complètent la palette des couleurs généreuses du Palais. La rigoureuse Comédie française fait contrepoint au théâtre boulevardier du Palais-Royal à l’extrémité de la galerie de Montpensier. Le balayeur du matin qui nettoie le pourtour bassin y croise le galeriste précieux vêtu de velours et de foulard de soie. Le mélange des genres en somme, le tout dans un cadre des plus sereins. Il n’y a plus rien à voir avec le Palais-Royal d’antan, lieu d’animation, de licence et de discussions ; mais l’endroit est excellent pour flâner, lire et s’adonner à des pensées plus profondes. Le temps s’écoule différemment du reste de Paris, livrée au rythme trépidant de la circulation et de la marche du monde.

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