L’Eglise et le mariage gay : inertie et instrumentalisation

La question du mariage Gay et de la prière sensée être lue aux fidèles en cette fête de l’Assomption pose visiblement problème. Je ne vois pas pourquoi on fait tout ce tintamarre sur une mesure du candidat Hollande que le Parlement votera inéluctablement. Le mariage gay concerne le mariage civil, et aucunement le mariage religieux. Pourquoi alors se focaliser sur la position de l’Eglise ?

Une bonne partie des Français est favorable au mariage gay (et moi aussi)…

Pourtant, à aucun moment la prière ne parle « d’hétérosexualité » ni « d’homosexualité ». La prière semble tendre vers le quatrième point qui cristallise l’attention.  A propos des enfants il est dit « qu’ils cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère. » Il n’est question du mariage gay que de façon implicite.  Voilà donc ce qui choque. Tout ce ramdam pour si peu. L’Eglise rappelle ce dont en elle croit… Deux points de la prière sont consacrés aux gouvernants et aux législateurs, qui doivent faire preuve de générosité, de solidarité, mais aussi du sens de l’intérêt commun, pour arriver au passage litigieux.

En tant que catholique cette prière me pose problème. Il est quand même dérangeant dans cette prière de voir que l’Eglise veut s’immiscer de politique au nom de ses valeurs morales. Comme si elle n’avait pas de problèmes plus urgents entre la pédophilie de  certains de ses prêtres, le manque de vocations et la gestion d’un patrimoine difficile à entretenir. J’ai la désagréable impression que la prière (et donc le fidèle) est ici instrumentalisé par le rappel des fondamentaux catholiques… Et puis l’Eglise semble avec la question du mariage gay, en contradiction, avec sa vocation d’accueil de tous.

Avec le mariage gay, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’un rejet de la part du Haut-Clergé. L’Eglise catholique défend son bout de terrain et ce qu’elle estime conforme à sa mission. Dans un pays de libertés, et sur des sujets de société, elle peut et doit s’exprimer comme une voix parmi d’autres. la méthode utilisée me dérange davantage. Mais le choix d’une prière est contre-productif. Même si elle a voulu taper un grand coup avant que le Parlement ne se saisisse de la question, certains voient par cette prière une atteinte à la laïcité, comme le PRG. Atteinte largement exagérée.

L’Eglise n’a en théorie aucune légitimité à faire la morale à la société, ni même à ses fidèles. Ses seules compétences visent à garantir le bon exercice du culte, l’orthodoxie de l’interprétation des dogmes et à favoriser par son rôle l’intercession entre le Divin et le Terrestre. Cependant, ne se focaliser que sur le cas franco-français pour cette affaire de morale serait oublier la vocation et la stature internationale d’une Eglise qui revendique près d’1 milliard de fidèles, surtout dans des société traditionnelles où la voix des autorités religieuses comptent. Oui, l’Eglise est une puissance morale, qu’on en pense du mal ou du bien.

Malgré ses défauts la prière a le mérite de rappeler aussi que la politique est l’affaire de l’intérêt commun, et non de la satisfaction de quelques « chapelles ». Elle pose aussi la question des bornes qu’une société s’assigne pour garantir le vivre-ensemble. Remettre du collectif dans une société hyper individualiste qui n’accepte plus de limites. Le fameux hubris antique. Car au-delà du mariage, l’enjeu reste l’adoption et la procréation pour les couples homosexuels auxquelles l’Eglise est encore plus opposée car elle remet en question l’idée de famille, cellule de base de notre société. Peut-on transiger avec les atomes sans déranger les lois de la physique ?

Le fait que l’Eglise rappelle ses valeurs montre aussi qu’elle vit dans une temporalité différente de notre société. L’Eglise est très réticente à innover du fait que la Tradition elle même a évolué à très petits pas depuis les Premiers Chrétiens. La Tradition est le lien qui garantit l’authenticité de la Parole divine par le Dogme, une liturgie et l’interprétation des textes. Elle a donc une place fondamentale dans le catholicisme, et empêche toute révolution doctrinale, structurelle et morale. Ce serait remettre en cause le Verbe !

Les conciles n’ont jamais permis que l’Eglise se modernise en quelques années. Il a fallu une soixantaine d’années pour que les décisions du concile de Trente s’appliquent en Europe. Même si le mariage et la naissance ne sont pas des points de dogme comme le célibat des prêtres,  l’Eglise n’acceptera pas de rupture avec ses valeurs car ce serait rompre avec l’intégralité de la vérité contenue dans le message divin, qu’elle exalte et qu’elle défend.. Cette obsession de la fidélité aux Origines vient de la controverse entre catholiques et protestants au XVIIe siècle. Bossuet et Arnauld le rappelaient avec force, mais ce message a perduré. Il a fallu le concile Vatican II pour que l’Eglise se prenne en main et s’adapte à la société moderne.

L’Eglise catholique a cette capacité à ne pas céder aux moqueurs hédonistes et mercantiles souvent extérieures à la communauté qui l’enjoignent de se moderniser, comme si les évolutions sociétales n’étaient qu’une écume prompte à disparaître. La laïcisation et le manque de culture classique de la société a gommé ce qui permettait jadis de comprendre l’intangibilité ecclésiale. Mais si nous savons tous que l’histoire de l’Eglise est jalonnée de schismes et de divisions, ce discours d’invariabilité a surtout pour but de montrer sa fidélité à l’Origine, c’est-à-dire l’Evangile. Or, l’histoire et les sociétés humaines se font et se défont au rythme d’évènements fondateurs ou destructeurs, parfois sur le temps long comme l’Empire romain. L’Eglise se conçoit comme une institution anti-historique,  puisqu’évoluant sur le temps long.

Face à ce qu’elle perçoit comme destructeur : individualisme, excès du capitalisme, l’Eglise catholique se recentre sur des valeurs qu’elle défend et qu’elle exalte comme la famille et le mariage. Il y a peu de chances que l’Eglise modifie sa position, au risque de division qui la feraient éclater, entre conservateurs et progressistes. Lui demander de position sur des points de société de façon quasi instantanée (une dizaine d’années) est méconnaître le peu d’influence du temps sur une institution par essence conservatrice.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s