Lyon, la ville de l’entre-deux

Le bas-clergé bloggeur lyonnais en remet une couche sur cette éternelle question qui agite l’âne de Buridan journalistique :  Lyon est-elle une ville du Nord ou du Sud ? Romain y répond assez justement dans cet article du Progrès. Pour Solko, Lyon est une ville du Nord par la « passion froide » des Lyonnais et son ciel de suie « beraldien »  au demeurant de plus en plus minoritaire. Lyon devient une ville comme une autre : la monotonie mondialiste l’a gagnée.

Fourvière la Brumeuse

Réduire Lyon à être une ville du Nord ou du Sud serait la réduire à être ce qu’elle fut pendant des siècles : une ville frontière, entre la France et l’Empire. Pour les gens du Sud, Lyon est au Nord. Pour les gens du Nord, Lyon, c’est déjà le Sud.

L’intérêt de la situation lyonnaise réside dans l’entre-deux. La Ville a  développée une identité originale tirant partie de sa position. Le mode modes de gouvernance de la ville, consensuel et centriste, rappelle effectivement certains modes de fonctionnement politique allemands ou britanniques. Du Sud, Lyon a sans doute hérité d’un tempérament, d’une réserve dans le comportement qui peut vite se transformer en amitié sincère et durable, Ce que Béraud a sans doute transcrit avec brio, pour reprendre Solko. Le climat lui même semble jouer l’entre-deux : les cieux ternes et brumeux de l’Hiver rappellent les mornes plaines du Nord ; les étés caniculaires peuvent laisser penser que le Sud a colonisé la ville. Le réchauffement climatique donne raison à cette impression.

Lyon n’est ni une ville du Nord, ni une ville du Sud. Pour s’en convaincre, regardons une carte. Le site lyonnais a toujours été un carrefour pratique entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, entre l’Ouest et l’Est. Elle fut même un passage incontournable pour les Britanniques, les Français et les Hollandais qui souhaitaient se rendre en Italie pendant l’Ancien régime.

Mais c’est du Sud que Lyon doit son essor Les vestiges gallo-romains jalonnant encore une partie de la ville rappelle surtout qu’elle doit à l’ambition d’un politicien doublé d’un génie militaire, César. Sans lui, les environs de la colline de Lug seraient restés un banal lieu d’échanges commerciaux. Rome fit la fortune de Lyon. Puis vinrent les Burgondes et les Francs, les Carolingiens… l’Eglise catholique conféra à Lyon un rôle dépassant son importance au Moyen-Age. Deux conciles oecuméniques s’y tinrent en 1245 et 1274.  Ce fut ensuite le commerce Les foires et franchises attirèrent dès le XIVe siècle les négociants, intéressés par cette position d’intermédiaire entre le Nord et le Sud. Les banquiers Florentins firent de Lyon au XVIe siècle une ville de grande importance. C’est  l’Age d’Ir de la ville. Cet essor commercial aux origines multiples se doubla d’un essor culturel lié à l’imprimerie : Etienne Dolet imprimait, Rabelais exerçait la médecine, Louise Labé ou Pernette du Guillet composaient des vers… La proximité géographique de l’Italie, et le calme relatif des Lyonnais fidèles au Pouvoir conduisirent François Ier, comme Napoléon plus tard, à vouloir s’y établir, ce qui ne se fit pas … Les guerres de religion brisèrent l’essor de la ville, et Lyon ne retrouva pas l’éclat d’antan. Après 1562 Lyon ne fut jamais plus qu’une ville de Province…

L’architecture (ancienne) lyonnaise est, elle, typique de la région : les bâtiments canuts, aux hautes fenêtres et aux tuiles mécaniques se retrouvent aussi bien à Thiers qu’à Saint-Etienne. Les traboules et l’architecture du Vieux-Lyon lyonnaises se trouvent à Villefranche, à Chambéry, au Puy et dans quelques autres petites villes de la région. Lyon appartient à l’aire linguistique et culturelle arpitane, aux caractéristiques propres à la région.

Car l’intérêt d’être Lyonnais ne réside pas dans l’appartenance au Nord ou au Sud mais à une culture propre : arpitane, certes, mais qui parle cette langue aujourd’hui ? Les intonations et les expressions sont passés dans le langage quotidien. Il existe bien un accent lyonnais qui confirme de façon certaine notre identité à la ville, sinon à une région.

Mais si nous sommes Lyonnais, c’est que nous cultivons sans doute avec délectation cette non-appartenance à Septentrion ou au Midi , et que nous avons développé un savoir-vivre spécifique. Pour connaitre les Lyonnais, comme pour connaître la Ville, il faut savoir pousser les portes et ne pas s’arrêter aux apparences.

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Une réflexion sur “Lyon, la ville de l’entre-deux

  1. Une façon de clore ce débat serait de se dire qu’avec la mondialisation des échanges, la finitude de l’espace, la démographie galopante, la médiatisation des images et le réchauffement planétaire, il n’y a plus anyway ni Nord ni Sud… Nous nous posons donc une drôle de question,puisqu’il n’y a plus non plus de Lyon…

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