La dolce vita ?

A la Casina Valadier, restaurant surplombant Rome au Pincio

A Rome, le visiteur qui ne cède pas au panurgisme devra éviter plusieurs lieux : la Place Navone, le Piazza di Spagna et les rues adjacentes, la Basilique Saint-Pierre, et en particulier la Fontaine de Trevi. Ou alors, ingénieux, il s’y rendra à l’heure où les cantonniers nettoient la chaussée, au petit matin.

Eviter les abords du Nymphée est s’éviter quelques tracasseries liées à la foule, aux vendeurs ambulants et au brouhaha incessant, sans compter les comportements déplacés de certains touristes. Les pièces de monnaie sont aussi folkloriques que la Bocca della Verità mais certains viennent exprès de l’Etranger pour s’adonner à cette superstition les délestant de quelques centimes. Fellini a marqué l’imaginaire avec cette scène ou Anita Ekberg / Silvia se retrouve dans la fontaine avec de l’eau à mi-cuisses…

Les abords de la fontaine de Trévi, par une fin d’après-midi…

Passé ces lieux, vous aurez la ville pour vous… Rome est une ville magnifique pour qui sait la prendre. Couples s’embrassant dans un rione, jeunesse bien sage une bière Peroni à la main de la Piazzetta de la Via dei Serpenti, mariages dominicaux,  portes ouvertes, dans une petite église médiévale au détour d’une rue… J’ai vécu tout cela.

A San Giorgio in Velabro, proche de l’Arc de Janus…

En lisant les Racconti Romani d’Alberto Moravia, je pénètre dans cette Rome gouailleuse et populaire de l’Après-guerre disparue depuis bien longtemps, mais que j’entrevois sporadiquement à chaque voyage. Il faut sortir des centre-villes pour la trouver. Et si vous la trouvez, il faudra gagner la confiance de l’autochtone.

L’autochtone lui est plutôt semblable à un Lyonnais : le Romain est renfermé. Mais une fois que vous avez réussi à percer l’armure, il sera affable et plein d’attentions pour vous, avec cet accent saccadé bien particulier, qui m’a causé un peu de peine. Je suis plutôt habitué à l’italien délié de Lombardie… Mais l’autochtone aux revenus modestes n’habite plus le centre-ville, mais les quartiers périphériques et la banlieue… où les immeubles de quatre à cinq étages, tous semblables s’étalent le long de rues arborées pour atténuer les ardeurs du Soleil. Cette Rome où les fenêtres sont grillagées pour éviter les intrusions inopportunes, où le linge sèche aux fenêtres et où les climatiseurs font de vos nuits un tintamarre assourdissant.

Si le temps clément de l’Italie permet d’atténuer les difficultés de la crise, je ne crois pas que toute la Péninsule vive une dolce vita. La rigueur budgétaire étrangle les ménages et le tissu économique fait de petites entreprises. L’apparente décontraction italienne cache des drames humains : les suicides de petits entrepreneurs se multiplient. La débrouille et les solidarités de voisinage peuvent aider à rendre le quotidien moins angoissant…

Il y a toujours un décalage entre notre perception, et la réalité des choses. Rome est victime de la gentryfication propre aux grandes capitales européennes. Les cols blancs fortunés, les hauts fonctionnaires, les bobos ont remplacé les cols bleus dans les arrière-cours des immeubles de la Vieille-ville. Le silence et le brouhaha touristique a remplacé les sifflets et les quolibets du petit peuple…

Il demeure toutefois une impression de leggerezza, de légèreté et d’indolence (ce qui n’empêche pas le sérieux) que je ne retrouve pas ailleurs, et que j’apprécie. Je m’oublie un peu, autrement dit, ce climat vous permet de rendre plus supportable vos soucis, et de relativiser vos malheurs : on oublie de vivre lorsqu’on ressasse ses inquiétudes. Rome m’a donné, le temps d’une parenthèse bienfaisante, l’occasion de remettre en ordre mes pensées.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s