Rome : la force d’une foi

Le camarade Romain Blachier m’a dit un jour « mais pourquoi tu ne te convertis pas au protestantisme ? » Je n’ai pas su quoi répondre. Et je ne sais toujours pas répondre à cette question.

Je suis attiré par le calvinisme par la Sola scriptura invoquée depuis le XVIe siècle. Oui, uniquement le texte, mais pas à la lettre. Le protestantisme a toujours cette approche de la Bible intelligible et positive, me séduisant.

Mais il manque une part d’ineffable et de pars divina dans la somme du monde. Pour les Protestants, Dieu s’est retiré du monde nous léguant une oeuvre et un message. Pour les Catholiques, Dieu intervient dans le monde, par des signes et des miracles. Encore faut-il en comprendre les signes, et je ne peux me résoudre au mythe du Dieu caché et retiré protestant, de même que l’évacuation du sacré (matérielle ou plus abstraite, des idées) me pose problème. Je suis catholique parce que je crois à l’importance du Sacré, fonction médiatrice entre Dieu et les Hommes. Même si j’ai du mal avec certains dogmes ou mystères catholiques, comme le culte marial et les reliques. Je me définirais davantage comme gallican ou vieux catholique. Chaque fois que je vais à Rome, j’y retrouve la racine de ma foi catholique, et j’en reviens plus solidement convaincu. C’est à Rome, à vingt ans que j’ai réellement compris ce que la Foi était, et le catholicisme en particulier. Je ne prétends pas être un parfait catholique. Je n’ai pas mon sacrement de confirmation, et j’ai de sérieuses difficultés avec le culte marial…

J’ai passé un grande partie de mon séjour à visiter des églises, d’une beauté sans égale, de véritables palais. Le baroque s’étale dans toute sa splendeur. Quelques unes sont  incontournables : le Gesù et Sant’Ignazio, San’Andrea della Valle, Santa Maria della Vittoria. Dans chaque église, des reliques nous rappelaient que la Ville fut le centre actif d’une Contre Réforme. Jésuites, Camilliens, Piaristes, Minimes, Dominicains etc., chaque ordre ou congrégation digne de ce nom dispose d’une église et d’une maison générale dans la Ville. Nous sommes ici au coeur de l’Eglise catholique comme institution internationale, et on peut en mesurer toute la force, la puissance.

Il faut aussi compter les églises nationales dont la liste est interminable. Les Français en ont au moins trois : Saint-Louis certes, mais aussi Saint-Nicolas des Lorrains à l’ouest de la place Navone, et Saint-Claude et Saint-André-des-Bourguignons et la plus récente église dédiée à Saint-Yves-des-Bretons

Les reliques, partout présentes notamment celles liées à la vie du Christ : la Santa Culla à Sainte-Marie Majeure, ses chaînes à Saint-Pierre-aux-Liens, les fragment de la Sainte Croix ici ou là. Bien entendu, aucune n’est  attestée comme étant vraie. Toutes les preuves vont à l’encontre de l’authenticité de ces objets.

Pourtant, ils sont nombreux à venir prier devant ces vraies-fausses preuves religieuses. Finalement, peu importe la véracité de ces reliques, les trois kilomètres de prépuces du Christ ou la forêt de fragments de la Croix dénoncés par Calvin ; l’essentiel réside sans doute dans la symbolique, un rappel d’une foi et d’un Message.

Dans les églises, les plus anciennes surtout, on trouve de nombreuses tombes de dignitaires de la Curie, de magistrats, de prélats. On marche littéralement sur les morts comme à Santa Maria d’Ara Coeli sur le Capitole.  Mais marcher sur les tombes de notables ou d’anonymes pavant les églises, c’est marcher dans l’Histoire, et saisir  une des formes d’expression humaine des espérances et des craintes alors qu’une vie pouvait disparaître de façon fulgurante sous l’action de la maladie ou de la guerre. La proximité de la mort faisait qu’on s’y préparait toute sa vie, et qu’on réfléchissait pour les plus nantis à un écrin digne d’une dernière demeure où figurerait son rang et ses mérites, et un témoignage de foi…

Rome est d’une grande importance pour l’anthropologie religieuse, et culturelle. J’ai pensé à Georges Dumézil puisqu’on y trouve les trois  fonctions organisant une société humaine, et notamment celle du Sacré et de la Souveraineté. Rome s’est longtemps confondue avec l’Eglise comme institution, et a développé tout un discours politique, théorique et juridique sur la puissance  théocratique et épiphanique du Pape. l’Eglise est dumézilienne puisqu’elle se fonde sur la Loi (divine) et la Tradition (Histoire) d’une succession apostolique ininterrompue.  Elle s’est aussi voulue la seule porte possible vers l’Autre Monde.

Pourtant, on sent encore le poids des anciens dieux païens honorés à Rome de façon particulière, en particulier les dieux domestiques. Je ne compte pas les petits autels dédiés dans les rues de Rome à la Vierge, où brûlent bougies et encens devant des images virginales. A San Carlo dei Catenari, vous trouverez plusieurs petits autels entourés de tissus où brûlent des cierges, en l’honneur de la Vierge, de Jean Paul II et de Padre Pio.  Ces formes de piété chrétiennes me font penser aux  aux divinités du foyer et de la famille, et des carrefours  les Lares, qu’honoraient chaque Romain chez lui ou au détour d’une rue.

A Rome, même au mois de Juillet, on peut se retrouver seul dans un Palais ou dans une immense église baroque sans que personne, mis à part le concierge, ne vienne déranger vos méditations.

Vous y êtes seuls avec vous même.

Sant’Andrea della Valle

Vous priez au milieu des dorures, des stucs et des marbres. Vous priez d’abord pour les autres, et pour vous même, avec humilité. Ce que je fais. Vous pouvez le faire ailleurs. Mais l’importance symbolique de la ville donne à nos voeux une portée bien plus grande, et vous fait prendre conscience du poids de la Tradition, et de l’appartenance à une culture et à une civilisation qui dépasse l’horizon immédiat du quotidien, de l’usuel et monotone espace vécu.

 Rome est au coeur du sacré, Rome est une ville sacrée…

Une réflexion sur “Rome : la force d’une foi

  1. Je ressens le même sentiment par rapport au protestantisme. En particulier, dans la relation que l’on peut avoir avec un pasteur. Ses paroles, même identiques à celles que pourrait prononcer un prêtre catholique, n’ont pas le même « poids sacré » à mes oreilles. Car le fait de savoir que ce « pasteur-père de famille » accompagnera demain la classe de sa fille en randonnée scolaire (et qu’il fera l’amour à sa femme le soir suivant), bref, qu’il est un monsieur « tout le monde » enlève de sa dimension »‘émissaire de Dieu ».
    Cela ne m’impressionne pas.
    Idem avec un diacre d’ailleurs.

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