Dans ma circonscription, une guerre fratricide à Gauche

Je n’aurais jamais cru que ma chère circonscription fasse un jour l’objet de l’attention de tant de médias.

Si j’étais resté dans mon bout de 7e arrondissement, j’aurais eu un candidat socialiste clairement désigné qui aurait défendu haut et fort les couleurs du Parti : Jean-Louis Touraine, épaulé par sa suppléante, la sympathique Sarah Peillon.

Maintenant que je suis dans mon bout de 5e arrondissement, où je contemple de beaux couchers de soleil depuis mon balcon en sirotant des mojitos faits maison, j’aurai le choix àGgauche le 2 juin 2012, entre deux candidats  : Thierry Braillard ou Philippe Meirieu.

Cette querelle tient en haleine toute la ville depuis le mois de février, mais depuis la victoire de François Hollande, elle prend des proportions étonnantes car aucun des candidats et rivaux ne souhaite déposer les armes…

Tout est parti d’une investiture de Philippe Meirieu lors de l’accord pré-électoral entre le Parti Socialiste et Europe Ecologie Les Verts se partageant les circonscriptions. Dans cette cuisine d’investitures, Philippe Meirieu a été désigné pour représenter les couleurs du PS et d’EE-LV dans la première circonscription du Rhône pour les élections législatives.

Or, Gérard Collomb, maire de Lyon, n’a pas été satisfait de l’accord fait visiblement sans qu’on l’ait consulté et a vu rouge. Ou rose. Bref, il s’est fâché et a bombardé en face de Philippe Meirieu, Thierry Braillard, l’un de ses poulains, et vice-président des Radicaux de Gauche  dans notre département.

Il se trouve que les deux candidats sont tous les deux au Conseil régional : Philippe Meirieu est vice-président chargé de la Formation (au long de la vie), tandis que Thierry Braillard, est un conseiller délégué aux nouvelles technologies. Il est aussi adjoint aux sports pour la Ville de Lyon.

Depuis l’annonce de la candidature dissidente de Thierry Braillard sur la circonscription, tout cela tourne à la farce.

J’ai reçu dans ma boîte aux lettres, avant l’élection présidentielle une lettre de soutien de Gérard Collomb au candidat François Hollande ; mais il y avait aussi, un éloge du candidat Braillard, son poulain, son protégé.

Ces dernières semaines cela l’affrontement Braillard-Meirieu a viré au psychodrame : Thierry Braillard s’est vu interdit d’utiliser le logo du PS et (de toute façon il est au PRG), et toute la charte graphique tirée de la campagne présidentielle du candidat François Hollande ( Voir l’article de Libélyon) . Le 25 mai, Un huissier a même été envoyé par M. Meirieu pour signifier l’interdiction d’utiliser ces éléments graphiques et textuels. En clair, Thierry Braillard est spolié des signes d’une légitimité et donc d’une forme crédibilité (j’entends comme candidat de l’éventuelle prochaine majorité présidentielle). Pire, sa suppléante PS, Gilda Hobert, adjointe à la culture du 5e arrondissement a été exclue de son Parti. Thierry Braillard et sa suppléant  sont soutenus que des élus socialistes du coin : Jean-Yves Sécheresse, Nadine Gélas,  Thomas Rudigoz, quatre maires d’arrondissement (5e,,7e, 8e, 9e), André Vallini…

 Philippe Meirieu peut compter sur le soutien des directions PS et de son parti d’Europe-Ecologie Les Verts, et sur des personnalités médiatiques, intellectuelles ou universitaires : Albert Jacquard, Philippe Dujardin, ou Caroline De Haas. On sort du cadre des soutiens locaux portés par M. Braillard. M. Meirieu bénéficie d’une certaine popularité liée à sa médiatisation comme pédagogue, quoique ses théories soient assez clivantes chez les enseignants et certains intellectuels.

Les élections législatives sont des élections nationales destinées à élire des représentants de la nation, proposant, discutant et votant des lois élaborés par eux et par le gouvernement.  Le rôle d’un député bien qu’issu d’un milieu local, est justement de s’en départir.

 Il doit aussi jouer le rôle d’interface entre les préoccupations des habitants de sa circonscription, et l’instance où il est élu. Bref, il doit sentir le vent des voeux des Français, proposer et discuter des lois allant dans ce sens.

Thierry Braillard, est privé de légitimité puisqu’il n’est pas « investi » par les instances nationales d’un parti, mais ce qui me déroute, et  me dérange, c’est en quelque sorte ce coté « clientéliste » liant le maire de Lyon à son adjoint, comme si Gérard Collomb devait contrôler tout l’appareil décisionnel local de son parti et distribuer à sa guise prébendes et privilèges, sur le territoire lyonnais. Ces cuisines électorales sont amusantes à voir mijoter mais lassantes et catastrophique pour l’image de l’édilité locale…

En matière de visibilité médiatique, la légitimité de M. Meirieu et de sa suppléante est significative : dans la bataille de la communication le couple Meirieu-Perrin occupe le terrain, les médias locaux et nationaux avec un certain succès… En étant désigné comme le « dissident »‘, Thierry Braillard a une audience et des soutiens limités au-delà de Lyon, et peine à rameuter les médias sur sa candidature. La persévérance de M. Braillard pourrait lui valoir quelques ennuis dans les urnes, et il ne sert pas son cas par les « petites phrases » qui risquent de le décrédibiliser davantage : si le dissident qualifiant le candidat Meirieu comme un « Perben Vert »  allusion au score pathétique du « parachuté » Dominique Perben lors des dernières élections municipales ; les critiques de M. Collomb vont plus loin, en  traitant de »Khmer vert » le candidat officiel. Par ailleurs il faut souligner ce petit bijou de modestie qui m’a ébahi en déclarant »Je suis l’histoire du socialisme à Lyon ». On ne fait jamais l’histoire tout seul, jusqu’à preuve du contraire. Profitant des invectives et des accusations, Philippe Meirieu peut tranquillement se définir comme une victime de ces jalousies locales. Le candidat légitime le fait dans une tribune publiée sur le site du Monde aujourd’hui, et très certainement dans la version papier du quotidien.

Malheureusement, cette guerre « intestine », risque d’écorner singulièrement l’image et l’unité du Parti socialiste et des Verts à Lyon, et surtout celle de Gérard Collomb. On en oublie même qu’il y a d’autres candidats dans cette circonscription, et des programmes que chacun défend…

Cette triste chamaillerie permettrait même d’assurer la réélection du député sortant UMP Michel Havard, dans une circonscription historiquement plutôt de Centre-Droit. Il ne faut pas se tromper d’adversaire à Gauche : la Droite pourrait faire un score assez élevé lors de ces élections législatives au niveau national. Dans la première circonscription, traditionnellement de Centre-Droit, la querelle de Gauche sert les intérêts de l’UMP, très affaibli à Lyon et privée de leader naturel. La Gauche ira au front divisée. C’est regrettable.

Le dénouement de la tragi-comédie se fera dans les urnes les 10 et 17 juin pour élire les députés de cette 14e législature de la Ve République.  🙂

(Mise à jour le le 31 mai, 10h)

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Une réflexion sur “Dans ma circonscription, une guerre fratricide à Gauche

  1. Bonjour,

    Merci de cette analyse lucide et du commentaire très sincère sur ce que la situation te fais ressentir.

    Je fais pour ma part partie des premiers militants socialistes qui ont fait le choix de soutenir Philippe Meirieu au nom de la parole donnée, celle de mon parti, à travers l’accord programmatique et électoral PS-EELV.

    Je te passe les intimidations et les invectives rencontrées, ainsi que la peine engendrée par ce gâchis. Voir des élus de son parti croire que la féodalité est toujours de mise, prétendre faire l’histoire, ça fait mal.

    L’enjeu est aujourd’hui national et tu le dis bien. Simplement, bien que je sois d’accord avec toi sur la nécessité du député à s’extraire des contingences locales, je voulais préciser que Philippe Meirieu compte de nombreux soutiens lyonnais significatifs, tels Jacqueline Costa-Lascoux (Membre du bureau national de France Terre d’Asile, Experte auprès de la commission française pour l’UNESCO, Directrice de recherche honoraire CNRS associée au CEVIPOF) Bernard Bolze (Fondateur de l’Observatoire International des Prisons), Philippe Dujardin (Politologue, conseiller scientifique de la Direction Prospective et Stratégie d’Agglomération du Grand Lyon), Etienne Rigal (Magistrat), Thibaud Roche (Animateur fédéral des Jeunes socialistes du Rhône), Jacques Bonniel (Président du Musée urbain Tony Garnier, Maitre de conférence à Lyon II), et j’en passe.

    Certes, ce ne sont pas des élus, mais des gens qui comptent dans la vie quotidienne de nos concitoyens. Et, à mon humble sens, leur parole vaut plus que celles de certains « professionnels de la politique » obligés du maire de Lyon.

    Cotoyant Philippe Meirieu depuis plusieurs mois, je peux t’affirmer que c’est un type bien et qu’il fera un excellent député. Il a les qualités et la légitimité pour. Il exercera son mandat à plein temps, partisan qu’il est du mandat unique.

    A toi de juger, les 10 et 17 juin.

    Cordialement,

    Un habitant du 5ème aussi amateur de mojitos

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