WWW 2012 : les paradoxes de l’ouverture du web

Le jeudi 19 avril a été marqué au www2012 par une pleinière très intéressante sur le droit universel au Web. La commissaire européenne chargée des questions numérique, Neeelie Kroes, a présenté une keynote en présence de Tim Berners-Lee et de Gilles Babinet, l’ancien président du Conseil National Numérique militant discrètement pour hadopi.

La keynote de Neelie Kroes a sorti des menottes qu’une association lui a envoyé pour lui demander de favoriser l’ouverture du web. La commissaire europénne, comme Tim Berners-Lee estiment que le Web doit rester un espace ouvert et universel favorisant l’innovation.

Mais plus économique que politique, Neelie Kroes a plaidé pour la nécessité de trouver de nouveaux modèles économiques de juste rémunération des producteurs de contenus. En vérité, certains y pensent depuis longtemps. Par exemple, celui de licence globale,  ou même d’une redevance payée sur les abonnements des fournisseurs d’accès, permettraient une rémunération équitable des milieux cultureux.

Cependant, Neelie Kroes a bien préciser que l’ouveture du web ne doit pas être l’anarchie. Il y a donc nécessité d’avoir une régulation, mais cette régulation ne doit pas se faire au détriment des droits des citoyens, et notamment à l’accès.  Tim Berners-Lee n’a pas hésité à qualifier Hadopi de « loi ridicule » puisqu’elle peut priver  durablement tout un foyer d’internet quand un seul de ses membres illégalement des contenus.  Les législations Hadopi, SOPA, PIPA peuvent ainsi restreindre l’accès au web pour le simple téléchargement de contenus illégaux.

La pleinière a alors dévié pour aborder la question des libertés individuelles, susceptibles d’êtres attaquées par les législations nationales.  Si les intervenants prennent tous position pour un droit effectif au Web, un membre du public, Harry Halpin, dynamite la  session en pointant les paradoxes de la Commission européenne entre son encouragement au mouvement d’ouverture des données dans tous les Etats, et de de  l’autre, son absence de réaction à la surveillance du Web par les Etats arabes lors du Printemps 2011, et toujours actuellement en Syrie… La salle applaudit, et Neelie Kroes  se voir ainsi mettre dans une position inconfortable. Gilles Babinet a du faire oeuvre de pédagogie pour se sortir de certaines piques lancées à l’encontre d’Hadopi…

J’ai été gêné que cette table ronde n’aborde que superficiellement les inégalités de l’accès au Web. Si le web est un droit, il faut garantir un accès de tous au Web ! Or, 31% des Européens ne sont jamais allé sur le Web, et en Italie, ce taux grimpe à 41% Imaginons donc ce chiffre en Europe de l’Est ou en Afrique !

Lorsqu’on voit la provenance du public du www 2012, on aurait en effet davantage à s’intéresser à cette question de richesse qu’à celui du droit universel au Web.

Il n’existe pas de droit au Web dans les législations.  Et de plus, l’accès au Web est lié à celui de la richesse ( en particulier du pouvoir d’achat) et de la technique. Les inégalités de richesse de part le monde privent une large partie de la population mondiale de l’accès au Web, exclue en raison de sa pauvreté. Avant de parler d’accès au web, il faudrait parler d’une répartition plus équitable du produit économique mondial entre pays du nord et pays du sud, et à l’intérieur des pays même.s pour réduire les inégalités et permettre, justement un accès au Web… Ou alors s’affranchir de toute idée pécunière et de richesse pour garantir cet accès comme bien commun de l’humanité.

A l’intérieur même de nos pays, la question se pose pour des raisons économiques. Le monde économique presse les Etats à adopter des législations garantissant leurs intérêts. Eux-mêmes marchandisent le Web en garantissant moyennant paiement des contenus différenciés selon l’abonnement ou le paiement souscrit. On arrive alors à une compartimentation du web selon la richesse : ceux qui peuvent se payer un accès vers des contenus ont un accès effectif à l’ensemble des données du Web. A l’inverse, les internautes au faible pouvoir d’achat se voient privés de contenus particuliers, contrebalancé  partitellement certes par la multiplicité des acteurs et donc des ressources. Cependant, malmenés, culpabilisés, et châtiés par des législations ineptes, et des discours politiques et économiques souvent moralisateurs, ces internautes, fragiles, se voient ainsi menacés dans leur accès à Internet.

La logique commerciale fera donc du Web un espace privatif et marchand, ce qu’il est déjà très majoritairement. Il nous faut donc militer davantage pour l’ouverture du Web au public : open data, open education, open source, pour donner ou redonner au Web sa place de gigantesque agora dénué de tout esprit mercantile où chacun est libre d’innover, d’apprendre et d’échanger.

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