Sur les propositions de Jean-Luc Mélenchon pour l’enseignement supérieur et la Recherche

Je le dis et le répète, pour moi, Jean-Luc Mélenchon est le seul à avoir fait véritablement campagne. Il est aussi le seul à rassembler autant de gens de gens dans ses meetings. Lorsqu’il est passé à Villeurbanne, l’espace Double Mixte était trop petit pour accueillir l’ensemble du public. A la Bastille, ce furent près de 100 000 personnes qui se pressaient pour l’écouter.

On ne peut pas vivre dans la tiédeur toute une vie. La politique, c’est des choix, et dans une France consensuelle, nous avons besoin d’avis tranchés, parce qu’une démocratie ne peut s’affranchir d’une multiplicité de points de vue.

Je ne suis pas d’accord sur tout (notamment sur la constitution d’une VIe république, inutile), dans son programme intitulé « L’humain d’abord », mais Mélenchon incarne ce que la Gauche n’aurait jamais du renier : le combat.

Le programme du Front de Gauche est généreux, et complet. Face aux sirènes de la lucidité politique et économique, les propositions sont assez cohérentes, et remettent au coeur du discours l’Humain, ce qui n’aurait dû cessé d’être. Reste à savoir si il séduira dans les urnes les Français.

Au fond, peu importe le score de Mélenchon, qui s’annonce élevé, peut-être plus que celui Marine Le Pen. Ce qui compte, c’est que la Gauche renoue avec le social et l’humain, qu’elle se décide une fois pour toute entre la social-démocratie et un projet plus social et économiquement alternatif et audacieux. Contrairement à ce que certains disent, Mélenchon n’est pas un extrêmiste, c’est simplement un républicain de gauche, et son programme est une réponse à la libéralisation forcée de la société. Il faut plus d’Etat et plus de justice envers les plus pauvres. Le programme du Front de Gauche tente d’apporter ses solutions, et elles me paraissent pour la plupart convaincante.

Je m’intéresse aux différentes propositions des candidats sur l’enseignement supérieur et la recherche. J’ai déjà écrit sur celles de François Hollande. Voyons maintenant celles du candidat du Front de Gauche, qui s’oppose véritablement à celui du Parti socialiste sur l’autonomie et la place du secteur privé dans l’entreprise. Quoiqu’il en soit, le programme du Front de Gauche est nettement plus précis et détaillé.

Dans le programme, l’Education arrive dans le 9e chapitre intitulé L’émancipation humaine en tête.

La première partie se porte sur l’Education avec le titre « De la maternelle à l’université, partager les savoirs« .

on ne peut être que d’accord avec la première phrase :

Nous combattrons la mise en concurrence des établissements et reviendrons sur toutes les mesures qui visent sous couvert d’autonomie à instituer un marché de l’éducation.

La phrase vise en particulier l’autonomie des universités dans le cadre de la LRU, mais on sait que pour le moment l’autonomie n’en est pas vraiment une… Le Ministère alloue encore le nombre de postes à pourvoir, et de nombreuses contraintes et aussi l’essentiel du budget des universités, réévalué annuellement. Derrière l’autonomie, c’est plutôt une baisse des budgets de fonctionnement qu’il faut craindre pour de nombreuses universités, en particulier celles qui produisent le moins de valeur ajoutée, c’est-à-dire dans les Sciences humaines et sociales. Une logique comptable se met en place, supprimant ou mutualisant de nombreuses formations, privilégiant des Diplômes universitaires coûteux, mais rentables à des diplômes nationaux onéreux mais peu prisés des étudiants, comme l’enseignement des langues anciennes… Le tropisme vers ces filières porteuses détruit en fin de compte la variété et l’originalité des formations délivrées par les établissements…

En vérité la fusion des établissement universitaires en PRES (Pôles régionaux d’Enseignement Supérieur),la concurrence est davantage à craindre à cette échelle inter-régionale. Les attributions de l’IDEX ont contribué à accentuer les rancoeurs des recalés vis-à-vis des promus. La constitution de pôles d’excellence et de PRES centrés sur les grandes métropoles pourrait menacer à terme les petites universités assurant un service public indispensable à la formation dans ces régions : je pense à celles d’Albi, de Corte, de la Cote d’Opale…  Quant au fonctionnement des PRES il peut aussi poser problème, l’hégémonie d’une université sur d’autres lèse certaines universités par rapport à d’autres et cause des problèmes de gouvernance… et de subventions. Tout est affaire de négociations et de rapports de force. Et il se peut que les universités de sciences dures soient davantage privilégiées que celles de sciences humaines en raison de l’intérêt évident de leurs formations pour l’économie nationale.

Un encadré explicatif est consacré justement à la LRU et à ses problèmes pour les novices.

Le Front de Gauche vise purement et simplement à l’abrogration de la LRU, et du Pacte pour la Recherche, et propose l’instauration d’assises nationales de Recherche pour rebâtir des nouvelles relations et des nouveaux modes de fonctionnement. Cela devrait passer par une loi. Les Conseils d’administration seraient rendus plus démocratiques, et les personnels seraient consultés, sous des formes à définir en amont des décisions.

Dans quelques universités, ce système de gestion existe déjà. Il est clair que pour les conseils d’administration, les modalités d’élection peuvent paraître alambiquées, en tout cas pas très claires. Il y aurait probablement à instaurer plus de transparence. Quant à la gestion du personnel dans les décisions, elles peuvent se faire par la création de comités consultatifs sur les décisions votées ultérieurement en CA. Les comités se prononceraient sur l’utilité des décisions pour l’établissement, mais pourraient aussi devenir des forces de proposition. Ces comités permettraient ainsi de faire participer davantage personnels, enseignants voire étudiants à la vie des établissements.

Nous garantirons le droit effectif de tous les enseignants-chercheurs à exercer une activité de recherche. Un nouveau statut du doctorant sera élaboré en étroite collaboration avec les organisations et associations qui les regroupent

Il y a effectivement une nécessité à réaffecter les enseignants-chercheurs à leurs missions essentielles. Leur temps est de plus en plus consacré à des modalités administratives fastidieuses concernant pour la plupart la vie des laboratoires et la chasse aux subventions. Il faudrait pour cela embaucher du personnel qui s’occuperait à plein temps de ces formalités…

Quant au statut des doctorants, il y a urgence à renégocier leur statut, bancal, puisqu’à la fois étudiants et chercheurs, mais aussi à leur permettre de mener à bien leurs travaux, sans les restreindre dans le temps. La réforme LMD est difficile à mettre en place. Une thèse en trois ans est presque impossible dans les sciences humaines et sociales, puisque les processus de recherche et de rédaction nécessitent du temps, et de l’argent.

Les travaux des chercheuses et chercheurs seront évalués par leurs pairs sur la base de leur travail de recherche et non sur des publications d’articles dans des revues préselectionnées (…) Les « labellisations », outils de discrimination, comme les « initiatives d’excellence » (IDEX) ou les « laboratoires d’excellence » (LABEX), seront abandonnées.

Les critères d’évaluation des enseignants et des chercheurs, sont un point sensible, elle a été reportée au mois de décembre sine die par Laurent Wauquiez. Les enseignants-chercheurs sont évalués lors de leur entrée en fonction ou lors de promotion. Le projet du gouvernement prévoyait une évaluation tous les quatre ans par le CNU (Conseil National des Universités). Mais le projet fut majoritairement rejeté par les enseignants chercheurs.  Les laboratoires, eux, sont déjà évalués par l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur)…

Le programme du Front de Gauche propose aussi d’autres mesures bienvenues : titularisation des précaires (comment dans l’Enseignement supérieur, suppression de l’aberrante « prime au mérite », augmentation des subventions aux laboratoires, et dans l’Enseignement supérieur, suppression des fondations, même si le programme ne ferme pas totalement la porte au financement privé.

Quant au financement de la recherche, le programme du Front de Gauche propose un financement à au moins 70 % des laboratoires par les finances publiqueq, mais aussi des subventions plus ponctuelles sur des projets par un nouvel organisme qui supplanterait l’ANR, l’Agence Nationale pour la Recherche, aujourd’hui grande maîtresse des financements de projets.

Le programme du Front de Gauche rétablit en quelque sorte les dérives pointées du doigts depuis longtemps par les enseignants et les chercheurs : réduction de budgets et de postes, mainmise des entreprises sur des pans entiers de la formation universitaire, gouvernance comptable des établissements renforçant les pouvoirs des services administratifs au détriment de la pédagogie et de la recherche… Il rétablit les prérogatives de l’Etat dans l’Enseignement supérieur et la Recherche, pour préserver ces secteurs sensible d’une marchandisation préjudiciable à l’ensemble de la société, résorbe la précarité grandissante des personnels.

Il conviendrait cependant (selon moi) de garantir un équilibre de pouvoirs et de contre-pouvoirs et de renforcer le contrôle de la gestion des établissements par l’Etat…

En fin de compte, le programme du Front de Gauche défend une position régalienne, et démocratique de l’enseignement : l’Université est un bien commun ouvert à tous et  appartenant à l’ensemble des Français, il ne doit pas être soumis aux lois de l’économie et à aucune logique marchande. L’éducation ne se monnaie pas. L’université et la Recherche doivent redevenir le creuset où se délivrent savoirs et compétences, et où s’élabore le futur.

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