Sur le projet de loi sur le génocide vendéen porté par des députés de Droite

Une fois n’est pas coutume, nos députés jonglent avec l’Histoire, et cette fois-ci cela concerne notre histoire intime, et les origines mêmes du régime politique républicain sur lequel nous nous appuyons et réanime d’anciennes rancoeurs qu’on aurait pu croire enterrées pour de bon.

une proposition de loi visant à reconnaître officiellement le génocide vendéen de 1793-1794, signée par plusieurs députés a été enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale. Les signataires sont Dominique SOUCHET( député Non-Inscrit de Vendée), Véronique BESSE (députée Non-Inscrite de Vendée), Bernard CARAYON (député UMP du Tarn), Hervé De CHARETTE (député Nouveau Centre du Maine-et-Loire), Nicolas DHUICQ (député UMP de l’Aube), Marc LE FUR (député UMP des Côtes-d’Armor), Lionnel LUCA (député UMP des Alpes Maritimes), Jacques REMILLER (député UMP de L’Isère) et Jean UEBERSCHLAG (député UMP du Haut-Rhin). Parmi ces députés, quatre font partie du collectif parlementaire et nationaliste de la Droite populaire,  Bernard Carayon, Nicolas Dhuiq et Lionnel Luca et Jacques Remiller, très en vogue à l’UMP pour ses prises de position radicales sur la délinquance, l’homosexualité, l’immigration…

Le 21 février 2007, un projet de loi similaire ; plus détaillé mais à  la teneur plus vindicative avait déjà été déposé par la plupart des députés présents sur ce nouveau projet de loi, mais n’a semble-t-il jamais été discuté à l’Assemblée nationale. Cette nouvelle moûture pourrait connaître le même sort, et la législature s’est terminée mardi soir. Il faudra attendre la prochaine, après les élections législatives pour que ce projet de loi soit éventuellement examiné en commission et à la Chambre. Autant dire que le texte ne sera jamais examiné.

Dans le projet de loi de 2012, les députés signataires  avancent des arguments historiques :

La recherche universitaire a longtemps été verrouillée idéologiquement et quasi muette sur les événements de Vendée. Mais, à partir de 1986, elle commence à leur consacrer des travaux importants, auxquels le colloque de 1993 « La Vendée dans l’histoire » donnera une impulsion décisive. Études monographiques, synthèses démographiques, analyse serrée des correspondances du Comité de salut public avec les représentants en mission, dépouillement minutieux des comptes rendus des opérations militaires menés par les généraux républicains, l’ensemble de ces travaux révèle, sans aucune contestation possible désormais, que les évènements de Vendée de 1793-1794 réunissent toutes les composantes d’un génocide.

En vérité, le débat entre historiens est clivé, entre partisans et opposants à la qualification de la guerre de Vendée comme génocide. Entre partisans de la thèse génocidaire, comme Emmanuel Le Roy Ladurie, Pierre Chaunu, et dans une certaine mesure François Furet, et de l’autre les opposants (ce qui n’exclut pas de l’empathie pour les Vendéens), comme Jean-Clément Martin, Timothy Tackett, ou François Lebrun.  Les points d’achoppement, sans rentrer dans les détails, portent sur les sources utilisées,  la planification du génocide, et l’identité des victimes elle-même : on ne peut pas parler d’identité vendéenne spécifique. Les oppositions se jouent aussi autour de la thèse de Reynald Secher, La Vendée-Vengé : le génocide franco-français soutenue en 1985 et publiée en 1986, soutenue par Pierre Chaunu et Jean Meyer, à ce jour toujours contestée pour ses approximations et ses partis pris (Sécher est Nantais et de Droite). Le projet de loi de 2007 ne cachait pas qu’il s’était inspiré de M. Sécher.

Même si les députés ne le citent pas, ils se basent pour l’essentiel sur les travaux de Reynald Sécher, qui divisèrent la communauté historienne et sont à ce jour toujours contestés par des approximations et des partis pris (Sécher est vendéen et de Droite). Le projet de loi de 2007 ne cachait pas qu’il s’était inspiré de M. Sécher

Mais le problème ne vient pas tant de la reconnaissance de génocide que la façon dont certains députés profitent de la médiatisation offerte par la loi votée sur le génocide arménien. Il faut parier que tous ces députés ce sont opposés opportunément à cette loi au nom de la liberté d’expression et, cyniquement, font désormais de la surenchère dans la concurrence victimaire et mémorielle à des fins électoralistes. Il serait aussi naïf de ne pas voir derrière cette nouvelle tentative de loi  que toute une frange identitaire, royaliste et catholique traditionaliste doit se réjouir d’une proposition de loi favorisant leur vision de l’histoire très orientée.

À partir de ces faits, désormais solidement établis, pourquoi la représentation nationale doit-elle aujourd’hui prendre position ?

Parce que l’injustice de l’histoire officielle s’est nourrie du silence entretenu par tous les pouvoirs et régimes successifs, qui semblent s’être conjurés pour cacher à la France le prix qu’elle a payé à la Terreur, particulièrement en Vendée. La quasi-totalité des bourreaux de la Vendée a été blanchie et l’État n’a engagé aucune réflexion de fond sur sa responsabilité dans le déclenchement du processus d’extermination. Jamais encore, pourtant, un État n’avait entrepris une telle exécution collective en la justifiant au nom du bonheur du peuple. Ce long silence officiel doit être rompu. Ce déni doit cesser, car qu’est-il d’autre que la poursuite dans le présent de l’acte génocidaire ?

Et le texte se conclut par l’article unique de la proposition de Loi :

La République française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794.

Il n’y a dans ce paragraphe aucune mention de recherche historique, simplement un règlement de comptes à l’encontre des forces révolutionnaires. L’arrière-plan est idéologique et mémoriel. La guerre de Vendée fait partie d’une mémoire contre-révolutionnaire, ultra-conservatrice, royaliste de tendance légitimiste, et catholique. Cette épisode de la Révolution française fait partie de ces résiliences mémorielles qui sont entrées en jeu dans l’éternelle opposition Droite / Gauche, les premiers accusant les second de génocide.

On a l’impression qu’une partie de cette Droite réactionnaire désire régler ses comptes avec la Gauche en réintroduisant dans le débat public et politique cette question de la guerre de Vendée, comme si le temps n’avait apaisé ni rancoeurs et ni dissensions. La proposition de loi est aussi orientée que l’histoire officielle que les députés veulent abattre.

J’ai peine à croire que des députés puissent encore imputer à l’Etat les massacres vendéens, alors que paradoxalement, l’Etat, était en lui même affaibli par les violences révolutionnaires et les extrémistes à cette époque…

Publicités

Une réflexion sur “Sur le projet de loi sur le génocide vendéen porté par des députés de Droite

  1. Je me souviens mal de ma jeunesse vendéenne. Je sais qu’elle était violente, difficile, insupportable. Pourtant, je me souviens, bien que vaguement, de bons moments, en plus des ressentiments incessants, des coups portés, des non-dits, des humiliations, de l’ambiance pesante.
    Comment pourrais-je me sentir fier de ma terre natale ? Comment pourrais-je me sentir, un jour, fier de moi ?
    Le changement ne passe que par soi et pour soi.
    Mon passé comble faussement de son ombre l’espace vide en-dedans de moi. Le reste, bâti autour du creux douloureux, et en bien comme en mal, c’est de mon fait ; et de fait, j’existe depuis que j’ai quitté cette terre rude, rarement généreuse, qui vous laisse un goût âcre dans la gorge tel que seul la mort peut vous en délivrer.
    D’où vient qu’il y a tant de violence sur les terres de Vendée, aujourd’hui encore ?
    Je n’ai pas vécu de guerre – je n’en ai vu que des images à la télévision et dans les journaux. Je n’ai pas vécu de discrimination raciale – j’ai cependant vu la haine des autres entre eux, de mes propores yeux comme dans les propos rapportés.
    J’ai simplement vécu la haine ordinaire des petites gens, la loi petite de qui refuse de voir vraiment, de qui refuse à ses enfants de devenir plus grand que soi.
    La Vendée est belle, dans ses roseaux, dans ses dunes, dans ses étiers, ses champs ouverts, ses vaches et veaux, ses granges et ses ruines d’antant, et même dans sa religiosité sauf à verser, comme elle le fait parfois, dans l’intégrisme laid.
    M’est difficilement supportable, aussi, l’évocation d’un passé qui ne devrait concerner que mes ancêtres mais qui me poursuit, comme un fantôme qui passe de père en père autant que de mère en mère.
    La Vendée porte les traces des sillons du sang qu’elle versé comme ennemie de la république ; et j’en ai honte. J’en ai honte parce qu’elle avait raison, cette Vendée, de vouloir défendre les racines qu’on lui voulait arracher et que cela ne doit pas se dire.
    J’en ai honte, et j’ai toujours quelque réticence et gène à dire que je suis de là, de cette terre-là, de ce lieu dont on doit parler en termes touristiques, mais jamais en termes historiques.
    Cesserai-je un jour d’être malade de la maladie de mes parents qui la tenaient eux-mêmes de leurs aïeux. Sais-je bien faire la part des choses entre le passé qui ne me concerne pas, et le mien propre dont j’ai presque perdu la mémoire ? Laisserai-je mes haines de côté pour entrer dans le temps à construire, fusse-t-il fondé, ce temps, sur des charniers qui ne concernent plus, à dire vrai, mes contemporains ?
    Cesserai-je un jour de dénoncer pour préférer construire, même dans l’indifférence et l’incompréhension, un sens meilleur parce que, précisément, mes ancêtres versèrent leur sang et firent verser celui de leurs ennemis ?
    Du contournement de ma violence, de celles de mes ancêtres et de l’histoire contemporaine, je souhaite que naisse un nouvel humanisme, le mien, au moins.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s