Tout commercial : La Presqu’île de Lyon saturée

La presse lyonnaise annonce l’ouverture du centre commercial de Lyon confluences pour le 4 avril.

Ce qui est étrange, c’est qu’en voyant ce centre commercial se construire, j’ai tout de suite pensé au Palais du Peuple à Berlin-Est du temps de l’ex RDA, du moins sa façade sur la darse. Quelque chose me dit que comme à la Part-Dieu ( et à Berlin), le bâtiment va mal vieillir… D’ailleurs, à Berlin, le Palais du Peuple a été détruit, et l’ancien château de Berlin  est en cours de reconstruction. Serait-ce prémonitoire du sort qui attend le centre commercial ?

 Au lieu d’un énième centre commercial, la municipalité aurait pu construire un opéra plus fonctionnel et spacieux, ou un beau théâtre ou encore une bibliothèque municipale plus adéquate à ses nouveaux usages, bref, accorder les équipements de la ville aux besoins culturels du temps.

Parmi les enseignes qui s’installeront à Confluence, certaines sont rares, voire inédites en France. Je connais quelques amis qui vont se réjouir de faire leurs courses chez Muji ou Abercombrie. Les magasins du pôle Confluence seront donc tendance, avec l’incontournable Hippopotamus grill et bien entendu son McDonald’s…

Ca c’est du fashion, du concret, de l’international.

Mais je ne sais pas si Confluence attirera les foules. La desserte du quartier est mal aisée. Le centre commercial est quasiment enclavé. La présence des deux fleuves entrave la circulation. La liaison à la rive gauche du Rhône est difficile sur les ponts Gallieni et Pasteur.  Le quartier pourrait devenir un bel aspirateur à bagnoles. Le Tramway est sous-dimensionné et inadapté à un transport de masse, malgré la jonction à Perrache et à bientôt au métro B à Debourg. Pire, cela pourrait aggraver les conditions de circulation dans toute l’agglomération, et particulièrement l’A7 saturé depuis des années.  Le propriétaire du centre espère tout de même une fréquentation  20 000 personnes par jour, qui fréquentera un cinéma multiplexe, un centre commercial et des usines à bouffe restaurants de masse.

Le tropisme du pôle confluence, si il fonctionne pourrait bien enterrer pour de bon le projet Up in Lyon de l’îlot Grolée qui n’a jamais décollé. Zilli, la marque de luxe, partira. La chargée de projet mise elle aussi sur des marques tendances pour refaire partir le quartier, mais je doute que les « négociations » en cours aboutissent à du concret. Pendant ce temps, la rue Carnot reste un No man’s land très agréable la nuit puisque dépourvue d’enseignes lumineuses et de vitrines , il y règne un calme assez étrange.

Enfin, le projet de l’Hôtel-Dieu devrait lui aussi abriter des marques « tendances ou de luxe ». Les voûtes pluri-séculaires du bâtiment pourraient donc, comme au Palais Royal à Paris loger quelques enseignes insolites à Lyon. Pour quelques millions, le patrimoine public lyonnais a là aussi été bradé. Avec beaucoup de mensonges.

 Le destin de cette ville a toujours été lié au négoce. C’est pour cela peut-être que le mercantilisme bourgeois de ma ville natale m’a toujours mis à l’aise. La mentalité de boutiquier  au pouvoir donne des résultats catastrophiques : Louis Pradel n’avait-il pas parié que les Parisiens s’arrêteraient à Lyon en faisant passer l’autoroute au centre de la ville ? Son pari, il l’a perdu… Ne jamais confier le pouvoir à des boutiquiers. A partir d’un moment, ils sont atteint d’une maladie difficilement curable, le syndrome de la notabilité. On construit grand et gros, sans trop réfléchir, et ça donne des horreurs pas du tout adaptées à la sociologie locale.

L’agglomération est déjà saturée  en centres commerciaux impersonnels, bruyants et si peu conviviaux. Le pouvoir d’achat lui ne suit pas. Nous sommes en période de crise et je crains que les portes-monnaies ne suivent pas l’enthousiasme de leurs élus pour le commerce.

L’avenir de ces trois pôles dépendra de leur desserte, de leur centralité et de leur complémentarité. Or, dans une Presqu’île déjà saturée d’enseignes, je doute que l’offre soit adaptée à une demande en régression par temps de crise.

Plus inquiétant : le pôle confluence pourrait bien signifier la mort d’un des derniers quartiers véritablement populaire du centre de Lyon avec ses bars hors du temps et d’un quartier avec de véritables commerces de proximité, mais de moins en moins interlope donc original. Perrache, les putes et les routiers, c’est fini depuis la destruction du Marché gare. Ce quartier qui a toujours été peuplé de gens modestes, entre voies ferrées, autoroutes, port commercial, marché de gros, est lui aussi en voie de disparition. On n’en est pas à une près : depuis le XIXe siècle, cette ville cultive le goût de la destruction pour l’appât du gain.

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