Nuits de feu

Arcimboldo - le feu - source : Wikimedia.org

L’an de grâce 1654,

Lundi, 23 novembre, jour de saint Clément,
pape et martyr et autres au martyrologe,

Veille de saint Chrysogone, martyr, et autres.

Depuis environ 10 heures et demie du soir
jusque environ minuit et demi,

Feu.

La nuit du 23 au 24 novembre 1654, Blaise Pascal connut sa « nuit de feu », son Illumination mystique.

Quinze jours plutôt, Blaise Pascal frôlait la mort au pont de Neuilly : les chevaux de son carrosse franchirent le parapet et entraînèrent avec eux l’attelage, mais le bât se rompit et la voiture resta au borde du vide. Pascal s’évanouit et tomba insconscient. Il se reveilla le 23 novembre.
J’ai relu quelques passages des Pensées de Pascal il y a peu. Cette lecture me console des tristes mélodies de l’actualité et des comptines navrantes des politiciens. Dans ces pensées, tout nous porte à nous élever au-dessus des sophismes, et à raisonner non pas dans l’instant, ni l’improvisation, mais à voir plus loin et plus profondément, à lever les voiles qui obscurcissent notre jugement, à prendre du recul tout en prenant notre temps, cette denrée qui se fait rare. A tout faire dans la précipitation à établir projets et plans pour l’avenir et à regretter ce que nous n’avons pas fait dans le passé, nous oublions de vivre dans le présent, nous dit Pascal.
 J’ai besoin, en cette semaine de vacances, où je travaille et réfléchis ma thèse, à un recul et à une sorte de retraite intellectuelle sans avoir l’oeil constamment rivé sur les réseaux sociaux et sur l’actualité.
Loin de tout mysticisme, et sans exagérer ce que je ressens, je connais parfois aussi ces « nuits de feu », des nuits d’intense réflexion où tout converge vers nos pensées. Rien ni personne ne peut vous troubler. Vous êtes hors du monde. Hier, ce furent les propos de Gilles Deleuze sur la démocratie et la philosophie, et l’existence même de Dieu qui m’ont fait réfléchir toute la nuit. J’ai écouté de larges extraits de L’abécédaire de Deleuze, une série d’entretiens effectués en 1989 avec la journaliste Claire  Parnet.
Mi éveillé, mi endormi dans un état intermédiaire, je n’ai cessé de ressasser ces mots, et de voir comme en plein jour, Je me consume au contact de la pensée éclairante sans doute, qui m’a donné la sensation d’articuler avec cohérence comme allant de soi un fouillis inextricable d’idées, de connaissances…
Les vacances me vont bien. Je suis totalement concentré sur ma thèse et je découvre des théories très séduisantes sur l’émergence et la diffusion des savoirs ( l’anti-fondationnalisme). J’ai enfin pu me plonger dans la lecture passionnante des oeuvres de Gilles Deleuze et Félix Guattari et je n’en suis pas déçu. Après Bourdieu il y a plus de deux ans, voilà que je suis à nouveau séduit par une oeuvre intellectuelle différente, rafraîchissante et accaparante, loin des vaines ambitions et de la médiocrité ambiante.
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