Sur la proposition n°39 de François Hollande portant sur l’enseignement supérieur

J’ai regardé attentivement les 60 propositions de François Hollande pour la candidature à la présidentielle. Parmi ces propositions, la n° 39 m’a intéressé parce qu’elle touche au programme du candidat socialiste pour l’enseignement supérieur.

Je réformerai les premiers cycles universitaires, en décloisonnant les filières à l’université afin d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants, en renforçant les passerelles entre toutes les formations du supérieur, notamment entre universités et grandes écoles. Je réformerai la loi LRU pour garantir une autonomie réelle des établissements et une gouvernance plus collégiale et démocratique. Je créerai une allocation d’études et de formation sous conditions de ressources dans le cadre d’un parcours d’autonomie. J’encadrerai les stages pour empêcher les abus. Je donnerai une impulsion aux échanges entre universités françaises et étrangères. J’abrogerai la circulaire sur les étudiants étrangers. Je simplifierai l’organisation du financement de la recherche, notamment pour que les chercheurs puissent se consacrer à leur véritable tâche. J’accélérerai la mise en œuvre des Investissements d’avenir.

François Hollande veut donc garantir une « autonomie réelle » des établissements et donc renforcer la LRU dans ce qu’elle a de pernicieux. Il est vrai que la LRU, en particulier les RCE (Responsabilités et Compétences Elargies) ne sont qu’une autonomie de façade puisqu’une grande partie des financements vient encore de l’Etat sous le cadre de dotations. Pourtant, l’autonomie qui est laissée actuellement aux universités est une catastrophe budgétaire. Les budgets de nombreuses universités sont déficitaires, les moyens réduits. Une autonomie sans moyens, ce n’est pas une autonomie. Ce manque de moyens conduit à un gel des investissements indispensables au bon fonctionnement d’une université, à un gel des recrutements, et à des coupes drastiques dans les heures d’enseignement mettant en danger la pérennité et la valeur de diplômes nationaux.

L’autonomie des universités, du moins en France, est un leurre. L’indépendance des universités est dans les faits assez étroite. C’est le ministère qui décide par exemple du nombre de postes disponibles au recrutement dans chaque établissement. C’est à lui que les universités doivent s’adresser pour tout projet et demandes de financement.

Le mécènat et le partenariat avec le secteur privé ne sont pas suffisamment développés, sauf exception ( Université Lyon 1, Université Paris Descartes…), le partenariat public-privé pour le developpement des établissements n’est pas dans la culture académique. Il faut rappeller que les dirigeants des établissements sont des enseignants chercheurs, et non des gestionnaires professionnels, bien qu’épaulés par eux. Et les entreprises n’investiront pas ou peu dans les universités spécialisés en sciences humaines et sociales puisque ces universités ne produisent pas d’employés rentables, et ne travaillent pas sur des sujets de recherche monnayables. Il faudrait donc renforcer les partenariats avec le privé pour trouver une possible condition de redressement budgétaire des universités. Ce qui est loin d’être le cas.

Vendredi, Vincent Peillon, responsable éducation dans l’équipe de François Hollande annonçait qu’il allait proposer au candidat un plan de 5000 créations de postes dans l’enseignement supérieur. Ces postes seraient naturellement alloués aux réformes que le candidat socialiste souhaite appliquer : décloisonnement de la Licence. Le diagnostic de M. Peillon est assez lucide sur les conséquences LRU : il craint que les problèmes budgétaires soient à gérer par le possible nouveau président et son gouvernement. En conséquence, Vincent Peillon souhaiterait une nouvelle loi cadre et une concertation avec les acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche.

 Il y a une réelle réflexion à avoir sur la place de l’enseignement supérieur et de la recherche en France. On ne peut pas se contenter de propos vagues de réformes de réformes, et de vagues annonces de changement alors que les effectifs d’étudiants augmentent, et que le nombre d’enseignants et de personnels stagne voire régresse . Il faut rappeller que le CNESER  (conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche) a refusé de voter le budget alloué à l’enseignement supérieur pour l’année 2012 par le gouvernement, puisque celui-ci est en baisse ( en euro constants), alors que l’augmentation de la masse salariale est bloqué, le gel des recrutements et les crédits du plan campus sont laissés en suspens par le ministre, et les élections présidentielles…  La question de la répartition du budget entre établissements est aussi en cause.

Parmi les autres thèmes, on est dans le vague, pis on a l’impression d’un déjà vu. Le décloisonnement des filières et la réforme en profondeur de la licence doit avoir lieu. Certaines universités ont mis en place des « plans licences » pour augmenter les chances de réussite en Licence. Il existe déjà des filières décloisonnées, mais elles sont en nombre réduit.

Pour ce qui concerne la gouvernance, il manque effectivement de contre-pouvoirs pour contrôler la politique des présidents d’université et des services centraux. La LRU a renforcé les pouvoirs de ces organes exécutifs et décisionnels.

Pour les allocations d’études, l’UNEF demande depuis de nombreuses années sa mise en place pour tous les étudiants dont la majorité peine à financer leurs études. Je ne comprends pas ce que signifie un « parcours d’autonomie ».

En ce qui concerne les stages, on ne peut qu’approuver la volonté de M. Hollande d’empêcher les abus des entreprises sur ces sujets. Les stagiaires ne sont pas que préposés à la photocopieuse ni destinés à remplacer un poste ETP.

Enfin, la « simplification de l’organisation de financement de la recherche » est pour le moins vague… Et il faudra que le candidat s’explique sur ce serpent de mer qu’est la recherche, Quid du personnel ? Enseignants chercheurs, chercheurs? Quid des projets : ANR, LABEX, EQUIPEX  ?

Ces annonces de M. Peillon retardent la prise de position du candidat socialiste à la présidentielle sur un sujet de fond : quelle place voulons nous pour l’enseignement supérieur en France , et quelles missions lui assigne-t-on ? On n’a jamais vraiment tranché en France entre une université pourvoyeuse de Savoirs disciplinaires, et une université validant des compétences, comme une antichambre du monde de l’entreprise. D’autres pays ont tranché vers la seconde option. De plus, la question de la Recherche, tant sur le papier que dans la bouche de M. Peillon reste en suspens, et n’est traitée que sous l’angle des moyens et du financement.

Les enseignants-chercheurs, les chercheurs et les personnels de l’enseignement supérieur guetteront donc les propos de M. Hollande sur l’enseignement supérieur et la recherce dans les prochaines semaines. Selon M. Peillon, le candidat socialiste devrait s’exprimer sur ces thèmes dans le courant du mois de mars.

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Une réflexion sur “Sur la proposition n°39 de François Hollande portant sur l’enseignement supérieur

  1. Tu sais bien que les décideurs, en terme d’enseignement, sont à l’OCDE. Il n’y a rien de plus à attendre du PS que de l’UMP sur ce plan là (comme sur beaucoup d’autres) d’ailleurs. Hollande, c’est du vent.

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