Pierre Goubert (1915-2012)

Les politiques ont un Panthéon, les historiens eux ont un Olympe où siègent Marc Bloch, Fernand Braudel, François Furet, Victor Duruy, et bien d’autres. Pierre Goubert les a rejoints, puisqu’il décéda le 16 janvier 2012.

Pierre Goubert eut une carrière d’historien exemplaire. Né à Saumur le 25 janvier 1912 dans un milieu modeste, son père est jardinier, il intègre en 1935 l’Ecole normale supérieur de Saint Cloud. Auparavant, il avait intégré en 1931 l’Ecole normal des instituteurs d’Angers. A l’ENS, il suit les cours de Marc Bloch, ce qui l’oriente décisivement vers l’Histoire. En 1937, il enseigne la discipline à l’Ecole normale de Périgueux. Mobilisé pendant la guerre, il enseigne pendant l’occupation à Pithiviers et à Beauvais. A la Libération, il reprend ses études : baccalauréat, licence, agrégation puis soutient avec succès sa thèse sur Beauvais et le Beauvaisis de 1600 à 1730 en 1960, qui met en valeur l’enseignement de l’Ecole des Annales de Bloch et Febvre appliqué aux études régiokanes,  mais aussi une prédilection pour la démographie historique. Parallèlement, en 1951, il intègre le CNRS puis l’Ecole Pratique des Hautes Etudes en 1956. Il enseigne ensuite à Paris X Nanterre puis à la Sorbonne. Il enseigna aussi à l’étranger, aux Etats-Unis,  à Madagascar dans les années 70, dont il garda un souvenir ému.

Après sa thèse-phare sur Beauvais, Pierre Goubert publia des ouvrages de références sur l’Ancien régime, plus particulièrement sur le Grand Siècle et la royaume de France. Louis XIV et vingt millions de Français en 1966 fut l’ouvrage qui dépoussiéra les études dix-septièmistes sur la France en montrant ce siècle comme le « siècle de fer’ marqué par les maladies, les guerres et les épisodes climatiques calamiteux. Il entreprend une vaste étude démographique à partir des registres paroissiaux, des inventaires après décès, des archives hospitalières. Goubert porta un jugement sans complaisance sur le Roi-Soleil, qui fit souffrir son peuple par ses guerres incessantes.  Il essaya toutefois d’atténuer ce portrait accablant par Le siècle de Louis XIV en 1996.  Il publia aussi un ouvrage de synthèse publié en 2 tomes entre 1969 et 1973, L’Ancien régime sur la France du XVIe au XVIIIe siècle. Il rendit aussi hommage au milieu modeste d’où il vint avec La Vie quotidienne dans les campagnes françaises au XVIIe siècle en 1962.  Enfin, en 1990, il publia une biographie de référence sur le Cardinal Mazarin. Il prit sa retraite au cours des années 90.

Pour l’étudiant que je fus, et que je suis encore un peu, Pierre Goubert fut pour moi un modèle : un historien honnête et modeste, mais qui sut renouveler tout un pan des études historiques, et modifier la vision de notre discipline sur plusieurs points. J’ai passé de nombreuses heures à préparer des concours en lisant ses oeuvres phares. J’ai surtout lu les écrits d’un historien qui dé-monumentalisa tout un siècle, et contribua a faire de l’histoire une science s’intéressant à la longue durée et aux structures mentales et sociales. Goubert me donna le goût du Grand Siècle, une période aussi éclatante intellectuellement que misérable pour l’écrasante majorité de ses contemporains.

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