Enième prise d’otage de l’histoire par les députés

A part quelques illuminés, personne en France ne conteste le génocide contre les Arméniens perpetrés par les Jeunes Turcs en 1915.

Le génocide arménien  n’est de toute façon pas en France,, une « matière chaude » historique politisée qui cristallise les antagonismes… Pourquoi ? Tout simplement parce que le génocide arménien ne fait pas partie de l’Histoire nationale et plus largement de l’Histoire de l’Europe occidentale.

A ma connaissance, la France est la seule grande démocratie à légiférer sur l’Histoire depuis une vingtaine d’années.

Pourtant, par pure démagogie électorale, par plaisir peut-être, une cinquantaine de députés vient d’engendrer une crise diplomatique en pénalisant la négation du génocide arménien. Dans l’Hémicycle, on notait parmi les députés présents, un fort contingent provençal.  Il faut dire que les descendants de réfugiés arméniens, fort de 500 000 membres, sont assez nombreux dans les Bouches-du-Rhône. Les députés de Droite comme de Gauche des Bouches du Rhône, et du Var se sont donc pressés sur les bancs du Palais Bourbon pour voter comme un seul homme une loi que Pierre Nora estime « liberticide ».  Pierre Nora est l’un des signataires et des animateurs du collectif  ‘Liberté pour l’Histoire » apparu en décembre 2005 pour lutter contre les lois mémorielles. Les principes de l’association sont aussi une définition de notre discipline  qu’il est bon de rappeler aux politiciens, qui se targuent souvent de jouer aux historiens :

L’histoire n’est pas une religion. L’historien n’accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant.

L’histoire n’est pas la morale. L’historien n’a pas pour rôle d’exalter ou de condamner, il explique.

L’histoire n’est pas l’esclave de l’actualité. L’historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n’introduit pas dans les événements d’autrefois la sensibilité d’aujourd’hui.

L’histoire n’est pas la mémoire. L’historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L’histoire tient compte de la mémoire, elle ne s’y réduit pas.

L’histoire n’est pas un objet juridique. Dans un État libre, il n’appartient ni au Parlement ni à l’autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l’État, même animée des meilleures intentions, n’est pas la politique de l’histoire. C’est en violation de ces principes que des articles de lois successives – notamment lois du 13 juillet 1990 (Loi Gayssot), du 29 janvier 2001 (Loi Arménie), du 21 mai 2001 (Loi Taubira), du 23 février 2005 (loi Rapatriés) – ont restreint la liberté de l’historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu’il doit chercher et ce qu’il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l’abrogation de ces dispositions législatives indignes d’un régime démocratique.

Je partage entièrement ces principes.

La prise en main de l’Histoire par les politiciens contribue à déterminer une histoire officielle et entrave toute possibilité de recherche, et de discussion scientifique.

Le lobby mémoriel arménien a bien joué son jeu. Désormais, les massacres de 1915 seront « sanctuarisés » en France et ne devront souffrir d’aucune critique.  Mais pour que l’Histoire avance, il faut nécessairement faire un travail critique et objectif sur le Passé. Avec cette loi, tout travail de recherche sur les massacres de 1915 devient compliqué. Ardu. Cela rebute donc les chercheurs à travailler sur ce sujet, et glace pendant des années toute apport novateur destiné à mieux comprendre les faits.

L’Histoire vient une fois de plus d’être prise en otage. Hormis les dictatures et les régimes autocratiques, il n’existe qu’une seule grande démocratie, la République française où les politiciens peuvent imposer une vérité historique, la leur, bourré de bons sentiments, mais forcément partisane et orientée.  Depuis le début des années 90, les gouvernements de Gauche comme de Droite ont instauré avec des lois mémorielles une véritable police de la pensée. l’Histoire doit être pensée de telle façon et pas d’une autre.

 Cette nouvelle loi, qui promet 45 000 euro d’amende et un an de prison au maximum à qui contesterait le « génocide » a peu de chance de passer avant la prochaine mandature, mais elle risque toutefois d’être adoptée par la prochaine Assemblée. Parions que dans leurs préjugés bisounoursiens sur l’Histoire, le Sénat, désormais acquis à la Gauche, votera cette loi.

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