Une école ferme, un resto du coeur ouvre

Je m’encroûte. Pour corriger cet enrobage hivernal que je juge disgrâcieux, je descends régulièrement de mon nid perché dans les arbres de Champvert à la station Gorge de Loup à pied chaque matin ou presque. J’expérimente chaque jour la joie de vivre des pendulaires venant de l’Ouest lyonnais travailler dans le centre. Mes poumons expérimentent aussi la pollution automobile qui s »en dégage.

Je passe par l’avenue Sidoine Apollinaire pratiquement chaque matin, près d’une ancienne cité HLM qui s’appelle La Vallonière, du nom d’un ancien vallon que Louis Pradel a malmené en construisant la sortie nord du tunnel de Fourvière, et que Leclerc a définitivement saccagé en s’y implantant dans les années 80. La cité HLM dont je parle a été construite à peu près en même temps que l’autoroute en contrabas : vers les années 60-70 par la SACVL. En 40 ans d’existence, les habitants peuvent attester de deux rénovations, à peine,  ce qui fait que les façades sont dégradées : les tiges de fer du béton se laissent voir ici et là.

Il y a deux ou trois ans, la SACVL a été victime des prêts toxiques qu’elle a contractés. Elle a décidé de vendre une partie de son parc immobilier pour se remettre à flot,  dont La Vallonnière : les habitants pouvaient choisir soit une augmentation massive de leur loyer par le changement de bailleur, soit l’achat de leur appartement. Si quelques uns ont acheté, beaucoup sont partis. Ceux qui restent paient le prix fort pour un habitat dégradé.

La plus grande barre d’immeuble fait 12 ou 13 étages sur 200 mètres de long. On ne peut pas la louper quand on passe par l’avenue Berther à Vaise. Elle surplombe la station de métro Gorge de Loup. Pourtant, cet immeuble est presque abandonné. Il doit bien y avoir 200 logement de libre. Le bâtiment a été racheté par un bailleur de fonds qui compte les vendre ou les louer… Je ne sais pas trop. En tout cas, les barrières filtrant l’accès au bâtiment sont déjà là, de même que la porte permettant l’accès au terminus de Gorge de Loup, mais ils ne sont pas encore en service. 200 logements de libre, en période hivernale, cela

En bas de l’immeuble, une école a fermé. Il s’agissait d’une école maternelle qui desservait la cité mais aussi le quartier pavillonaire coincé entre la rue Pierre Audry et l’avenue Sidone Apollinaire.

Les restos du coeur ont pris le relai. Il n’y a personne en été, mais beaucoup de monde l’hiver. Ce matin, j’ai croisé plus de monde que d’habitude devant le portail de l’école. Des femmes issues de l’immigration constituent le gros du cortège, mais j’ai aussi croisé des jeunes « blancs » et bien d’autres couleurs, un sac de provisions à la main, ou tirant une charrette. La misère ne connait ni couleurs ni nationalités. La misère est transnationale.

Bien que cette école soit délaissée, je ne peux m’empêcher de penser le sort de cette école est symbolique de la faillite de notre pays, et de notre économie.  Je ne crois pas à la décadence,  en tant qu’historien. Je dois pourtant me résigner à penser que l’Etat n’arrive plus à assumer la solidarité qu’elle prône et défend. Les restos du coeur sont désormais institutionnalisés et jouent le rôle de béquille, comme beaucoup d’ONG aux faiblesses d’un Etat plus inquiet pour le sort financier de ses entreprises que par le sort de ses citoyens. Le gouvernement ne pense où la distribution des richesses ne se pense plus qu’en terme d’organisation de travail.

L’avenue Sidoine Apollinaire est cocasse : alors que le supermarché Leclerc au-dessus ne désemplit pas de consommateurs venant faire provisions et achats pour Noël, d’autres viennent juste chercher de quoi subvenir à leurs besoins pour les 3 ou 4 jours à venir. Deux mondes, qui tendent cependant à se rapprocher du fait de la crise économique et de la scission, de plus en plus flagrante, entre des Français aisés et des Français pauvres : la précarité touche désormais les classes moyennes…  Dès lors, comment ne pas être inquiet pour la cohésion nationale malmenée par les impératifs économiques et financiers, et par des hommes sans scrupules bradant la souveraineté nationale et mettant en péril la démocratie ? Deux France évoluent désormais parallèlement : Une France de gens aisés, ou riches, et une France constitué de gens en situation de précarité et de fragilité, inquiète, exclue, marginalisée.

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