Impuissant

J’ai été porteur de mauvaise nouvelle.

Samedi, j’avais dans la main une lettre sur l’issue d’une session de recrutement où s’est présenté mon frère. Si l’avis avait été positif, je pense que quelqu’un l’aurait appelé pour qu’il commence son boulot dès la semaine prochaine. Je l’ai deviné dès que j’ai trouvé la lettre.

J’ai monté les escaliers en pensant à sa réaction. J’ai été tenté d’ouvrir la lettre, même si je connaissais la réponse. J’ai songé l’appeler alors qu’il était en week-end en Savoie je crois. J’ai renoncé, je ne voulais pas lui pourrir ce beau week end ensoleillé. J’ai déposé le pli sur la table de séjour puis je suis passé à autre chose.

Mais voilà, personne n’a eu les couilles de l’appeler pour lui dire deux ou trois jours après son entretien que personne n’a été pris. Alors ils ont envoyé une lettre. Cordiale, mais une lettre. Si ses « compétences » ne  sont « nullement remises en cause », ils n’ont pas spécifié pourquoi il n’entrait pas dans les critères. La lettre est parvenue aussi sûrement qu’une lettre des Impôts. Au service Ressources humaines de la Poste, les condamnés reçoivent leur châtiment rapidement une fois le procès recrutement opéré.

Les réprouvés reçoivent une lettre, les élus un coup de fil. Les premiers reçoivent une lettre de cachet, les second un compliment verbal.

A son retour du Week end, la réaction de mon frère a été rageuse. Cela fait deux ans qu’il est au chômage, et qu’il cherche. On lui a fait des promesses qui n’ont jamais été tenues. On lui a refusé des postes au prétexte qu’il était trop qualifié. Quand on a un BTS de vente – commercial, savez vous que vous êtes déjà trop qualifié pour devenir contrôleur à la SNCF ?

Bien sur, mon frère a ses défauts, et il n’est pas le seul dans son cas, mais cette situation de chomeur perdure et elle m’inquiète. Il ne trouve pas de travail correspondant à ses qualifications. Et il en a marre. Marre d’envoyer des lettres dont les réponses se font rares, marre de chercher un boulot et de ne rien trouver, marre de la morale de certains conseillers de Pôle Emploi pas foutus de lui trouver un job. Et puis si Pôle Emploi trouvait un boulot, ça se saurait.

Je ne sais pas quels mots utiliser. Je lui fiche la paix. Le silence peut passer pour un message de gêne et de contrition, d’empathie et de tristesse. Je peux mettre toute la bonne volonté du monde, je ne peux pas l’aider, je ne sais pas comment. Les mots ne viennent pas, la blessure est vive. Je ne veux pas le heurter, le blesser. Alors le mutisme s’installe. Je suis impuissant.

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