La démocratie, la Grèce, l’Europe

La nouvelle du premier ministre grec d’organiser un référendum sur l’accord européenn d’effacement européen obtenu au forceps à Bruxelles le 26 octobre. Le référendum, annoncé le 31 octobre aura lieu au mois de janvier.

Les Grecs auront donc à se prononcer sur une mesure qui dictera la politique économique et européenne de leur pays sur vingt ans voire davantage. Ce référendum aurait du avoir lieu au début de la crise. Il aurait évité la montée de la violence dans les manifestations qui ont secoué le pays depuis le début de la crise de la dette en 2010. Les réformes ont été imposées aux Grecs au forceps. Le gouvernement socialiste de Georgios Papandréou a certes hérité d’une situation économique délicate et a du gérer une crise qu’il n’a pas provoqué. Au contraire, il a été élu sur un projet solidaire et social.

Enfin si… Les dettes et les politiques foncières démesurées des partis politiques au pouvoir depuis une vingtaine d’années y sont aussi pour quelque chose, le jeux olympiques de 2004 ont alourdi l’ardoise avec la construction d’infrastructures sportives et d’un nouvel aéroport international dans la plaine de Marathon, d’autoroutes, de métros et RER pour Athènes, alors que la croissance économique du pays demeurait faible. Structurellement, l’économie du pays, peu industrialisée reste un tissu de PMI et PME.

Les Grecs eux aussi sont quelque part coupable de la situation de leur pays : fraude fiscale institutionnalisée, passe-droits avec la législation, notamment dans le foncier… Méritent-ils cependant la cure d’austérité qu’on leur impose ? On somme à des Sybarites de devenir Spartiates. La pilule est difficile à avaler pour un pays  d’Europe du Sud assez pauvre.

Papandréou est naturellement impopulaire pour les réformes économiques qu’il a fait passer sans consulter le peuple. Pourtant, le docile soldat de l’Europe économique s’est mu le 31 octobre en un nouvel Ephialtès. Il trahit l’Union européenne, et l’accord européen sur la gestion de la dette grecque. Il remet le peuple au centre du processus décisionnel, bref, il somme les Grecs de se prononcer et de prendre leurs responsabilités devant leur avenir. La tenue d’un référendum n’est pas sans arrière-pensée pour Papandréou : il joue la crédibilité et la légitimité de son gouvernement, et calme l’esprit des Grecs très échaudés par la docilité de leur gouvernement, et la trahison de leur classe politique qui n’a jamais rendu de comptes.

Pour autant, les Grecs ne sont pas dupes. Il jugent la remise de 50% de la dette du pays négative pour plus de 86%, voyant une atteinte à la souveraineté du pays en matière budgétaire et politique. L’accord négocié à Bruxelles prévoit effectivement des contrôles accrus sur le budget grec et sa gestion.

J’ai été choqué d’entendre dans la bouche de certains de nos hommes politiques que le référendum grec n’était pas une bonne chose : en clair, les Grecs doivent se taire et obtempérer à n’importe quel prix. Nos moralistes politiques et éditocrates ne voient pas que derrière le mécontentement grec se cachent aussi des drames sociaux et familiaux, un accroissement de la précarité et de la pauvreté indigne d’un pays Européen. Au nom des intérêts économiques, on plonge un pays dans la servilité. C’est mal connaitre les Grecs.

En Europe, l’avis du peuple est donc une variable d’ajustement. Mépris suprême d’une caste de nantis pour leurs subalternes sociaux. Que l’on qualifie le référendum de « prématuré », d »inadapté », qu’on soit « consterné » à l’Elysée par un geste « irrationnel et dangereux », rien ne justifie ce mépris envers l’avis du peuple grec.

Si l’avenir de l’Europe et de l’Euro se joue au vote hellèe-ne, acceptons-le. La crise de la dette a au moins le mérite de montrer que l’Union européenne n’est qu’une fiction politique et un jouet économique au profit de lobbies. Le citoyen y est réduit au rôle de consommateur. Je ne crois pas que Monnet et Schumann aient conçu leur projet européen dans cette optique. Je ne crois pas non plus qu’on puisse pousser plus en avant une Europe fédérale sans l’accord des citoyens.

Ceux sont eux qui devraient toujours avoir le dernier mot. Aujourd’hui, on tente de disqualifier l’opinion grecque. Demain celle-ci comme celles d’autres pays pourrait bien céder aux sirènes extrémistes et nationalistes si l’Europe ne change pas de posture en devenant ce qu’elle devait être : une Europe politique et sociale.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s