Luis de Briceño – El Fenix de Paris – Nouvel album du Poème harmonique

Le dernier album du Poème harmonique dirigé par Vincent Dumestre vient de paraître chez Alpha. Je ne saurais exprimer par ces lignes toute la gratitude que j’ai pour cet ensemble musical et vocal qui revisite le répertoire baroque européen en exhumant des fonds d’archives des partitions oubliées de compositeurs d’antan.

Le Poème harmonique avait écarte la musique hispanique pour mieux se concentrer sur la musique italienne (Monteverdi, Malvezzi, Belli…),  et pour des projets d’opéras somptueux : Le bourgeois gentilhomme de Molière et Lully puis Cadmus et Hermione de Lully, pièces  jouées à la lumières des chandelles.

Le Poème harmonique a présenté à la fin du mois de septembre au festival des théâtres de  marionnette de Charleville Mézières, un opera pour marionnettes, sur une musique du compositeur vénitien  Pagliardi : Caligula.

Pour cet opus, Vincent Dumestre revisite l’oeuvre de Luis de Briceño surnommé El Fenix de Paris. Inutile d’en faire une traduction. Broce est un musicien espagnol arrivé à Paris en 1615. Il s’est fait connaitre pour avoir publié en 1626 : Metodo mui facilissimo para aprender a tañer la guitarra a lo español : un manuel pour apprendre à jouer de la guitare. A l’époque, la guitare est à la mode et supplante d’autres instruments à cordes, comme le luth et le théorbe.

Briceno arrive en France en même temps que les innovations espagnoles de la Contre-Réforme. Tandis que Briceño met à la mode la musique ibérique, Carmélites et Jésuites s’implantent en France durablement, l’élan mystique d’un Jean de la Croix ou d’une Thérèse d’Avila s’épandent dans le royaume des Lys pacifié depuis l’édit de Nantes.

La musique baroque espagnole est moins connue que celle d’Italie : celle-là est plus « grasse », plus grave aussi. La musique baroque espagnole, elle se manifeste par des airs plus propres à la danse : pavanes et sarabandes, mais aussi par ses airs populaires comme les villancicos, avec un dépouillement instrumental qui n’empêche pas la créativité.

Au XVIIIe siècle, Luigi Boccherini saura s’inspirer des airs de danse et des airs populaires pour composer des pièces pour cordes.

Le poème harmonique reconstitue les chants et airs de l’oeuvre de Briceno avec une belle sensibilité. Les cordes sont en totale liberté avec Briceño : guitare, contrebasse, basse de viole, violon….  Les morceaux proposés alternent des airs enjoués Villano : El cavallo del marqués – Al Villano se dan à des moments plus mélancoliques Tono humano : Lloren mis ojos. Les interprètes aux instruments sont tous excellents et on retrouve la plupart d’entre eux sur les albums précédent du Poème harmonique.

La musique de Briceño est un bel écrin pour Claire lefilliâtre, et Isabelle Druet au chant. Et quelle symbiose au chant !  Telles deux soeurs dans un jardin de Tolède, la première, soprano, parait sage et ingénue tandis que la seconde, mezzo soprano a une tessiture plus grave, plus musquée, que j’associe volontiers à la malice et la bienveillance d’une soeur ainée.

Le Poème harmonique réussit à créer un dialogue passionnant entre les instruments à cordes et les voix humaines. Il existe un équilibre entre deux formes de musicalité celle du corps et celle des matériaux : bois, corne, cordes.

L’album est accessible en écoute sur le site deezer.

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