Primaires socialistes : François Hollande à Lyon

Mercredi soir, je me suis mis en mode feignasse et je voulais sortir du train-train thésard…. Je me suis dit « Et si j’allais au meeting de François Hollande ?« . Je me rendais  à mon premier meeting politique.

Je ne suis pas militant socialiste, au mieux un lointain sympathisant qui a longtemps hésité à s’encarter avant que la lucidité ne me rattrape avec la montée en puissance de Ségolène Royal en 2006. Depuis, mon cheminement politique m’a conduit nettement plus à gauche, en réaction à Nicolas Sarkozy, mais aussi au PS incapable de trouver un leader et un projet crédible. Aujourd »hui encore, l’électeur que je suis est dans le flou. Afin d’en sortir, je souhaite voir quelques candidats présidentiables avant le scrutin de 2012.

Si je me suis rendu malgré ma flemingite au Transbordeur mercredi soir, c’était avant tout pour connaitre les orientations générales d’un des candidats à la primaire socialiste.

En attendant le bus à Foch, j’ai eu l’agréable surprise de voir Stéphane qui s’y rendait aussi, et sur le chemin nous avons commenté l’actualité universitaire lyonnaise, pas brillante, loin de là.

Devant le Transbordeur, pas de queue, pas de tracts à l’extérieur, rien. A l’intérieur, une salle pleine comme un oeuf composée de militants socialistes de Lyon et sa région, et d’un impressionnant parterre d’élus de l’agglomération lyonnaise, et de toute la région Rhône Alpes. Je dis bien TOUTE la région : la maire de Chambery, les présidents du conseil général de l’Ardèche, et de l’Isère, les maires de Bourg-en-Bresse, de Saint-Etienne. En tout ils étaient 150. Quant au public de la salle, difficile d’avancer un chiffre. La moyenne d’age de la seule devait être de 45 ans. Il n’y avait pas tellement de  » jeunes » (j’entends en-dessous de 25 ans).

Je me suis trouvé bien seul, moi au milieu de la foule socialiste. En attendant le tribun, les militants discutaient entre eux, des connaissances proches ou lointaines devisaient de tout et de rien. On se passe des pancartes à la gloire de François Hollande où il est dit qu’on ira voter pour le lui à la primaire le 9 octobre…

Un type me questionne « t’es de quelle fédé ? ».

J’ai été un poil choqué par le tutoiement immédiat, je suis habitué par le travail à un vouvoiement protocolaire. Quand je rencontre quelqu’un même plus jeune pour la première fois, je vouvoie…  Face à ma réponse, négative, il me félicite d’être venu voir « François », le sauveur, le messie politique. Un dialogue s’en suit. Je lui dis que n’étant pas militant, je souhaite connaitre ses propositions, d’où ce déplacement. Il aborde la question de l’information sur le meeting, qu’il est très mal informé dans le patelin d’où il vient, etc… Amusé, je réponds qu’ici à Lyon l’information on en a à foison.

Pendant ce temps, un diaporama de François Hollande et un DJ font patienter la salle. Le diapo est assez comique mais montre que François Hollande n’est pas inactif dans la campagne…

Après environ 20 minutes, le champion de la salle arrive, entouré de ses soutiens et de quelques caméras, projecteurs allumés. Gérard Collomb est là bien entendu, mais aussi le maire de Villeurbanne, la maire de Chambéry, et des soutiens « culturels » pas encartés : Claudia Stavisky, directrice du théâtre des Célestins, Vincent Carry, instigateur des Nuits Sonores et plus surprenant (quoique) Lionel Collet, ancien président de l’université Lyon I. Sa présence m’a laissé coi. Dans le monde universitaire Lyonnais, Lionel Collet est perçu comme le grand méchant loup. On l’a accusé de vouloir en tant que président de Lyon 1 prendre le pouvoir sur l’Université de Lyon (le PRES de Lyon pour être précis) au profit de son établissement, le plus important il est vrai. Il n’occupe plus ce poste depuis quelques mois, mais sa réputation demeure…

Après 40 minutes de discours de ces soutiens, y compris Gérard Collomb, qui ne démérite pas dans l’art oratoire, François Hollande prend la parole.

Le discours du candidat « normal« 

Pendant plus d’1 heure, la candidat « normal » a présenté les lignes directrices de son programme, sans rentrer dans les détails.

Le discours commence par le fantôme d’un certain François Mitterrand, rencontré plus tôt à l’inauguration de la Biennale d’Art contemporain de Lyon en présence du ministère de la culture, et de Gérard Collomb

Autant dire que l’économie pèse de tout son poids mais Hollande annonce la couleur. Ce sera dur même après 2012. Sur ce point il faut lui reconnaître qu’il ne ment pas en jouant dans la démagogie. Il souhaite dire « la vérité. Soit, mais je l’attends au tournant. Nicolas Sarkozy disait vouloir la sincérité. On sait ce que ça a donné, promettre une République irréprochable et se voir mouillé dans deux ou trois sombres affaires de gros sous.

L’autre grande cause, c’est la jeunesse. « Faire confiance à la jeunesse ».  La jeunesse, elle a bon dos. Tous les candidats vont l’instrumentaliser à leur profit, lui y compris, c’est un fantasme politique. J’ai trouvé le discours convenu et routinier là-dessus. L’idée de justice m’a davantage séduit, en réajustant les politiques sociales et économiques au service de la société, et non des patrons. Cependant, François Hollande ne passe pas pour un gauchiste patenté. Il ne faut pas s’attendre à des mesures révolutionnaires.

Enfin, j’ai été surpris du peu de poids accordé à l’Education nationale, premier poste de dépense de l’Etat, et premier employeur : Hollande propose davantage de postes pour plus d’encadrement, une véritable formation professionnelle pour les futurs enseignants mais l’enseignement supérieur il n’est pas dit un mot. Il fut très applaudi pour cette proposition, ce qui m’a confirmé dans mon idée : les enseignants roulent pour le PS.

Quelques banderilles sont lancées à Nicolas Sarkozy sur son bilan. Bien évidemment, les mesures de François Hollande sont forcément meilleures que celles du président. La célèbre photo de Paris Match avec les deux hommes n’est plus qu’un lointain souvenir. Hollande n’a cependant pas attaqué gratuitement Sarkozy, et n’a jamais cité ses concurrents socialistes à la primaire, mettant toujours au conditonnel certaines propositions « si je suis le candidat du PS  je m’engage à… »

Comme je l’ai écrit, les lignes furent générales, beaucoup de sujets sont éludés : sécurité, laïcité, Défense, Logement, au profit d’une justice économique et sociale, de banques mises au pas…

Quelques impressions en vrac

J’ai été frappé du peu de militants de classe ouvrière dans la salle. Même si ils ne constituent plus qu’une petite part des actifs en France, ils ne semblent guère intéressés par la politique, à tort ou à raison.

Le discours est aussi celui d’un candidat à une primaire, et François Hollande s’inquiète du manque d’intérêt des Français pour cette élection sensée être plus « démocratique ». Je suis contre ce vote élargi à tous les citoyens car j’estime qu’il s’agit d’une cuisine interne au PS qui n’a pas lieu de nous intéresser. Il s’agit plus de départager des égos que de voter pour un programme. L’émission télévisée de jeudi a permis de préciser le programme de chaque candidat au poste de candidat à la présidentielle, soit, mais le véritable vote important sera lors des présidentielles de 2012.

 François Hollande, et le PS en général ne représentent plus les travailleurs de basse condition. Le PS n’est pas un parti de classe, c’est un parti de valeurs centrées autour d’un libéralisme tempéré internationaliste ( Un de mes anciens professeurs utiliserait le terme « cosmopolite »), et lesdites valeurs sont partagées par les classes moyennes (enseignants, cadres, professions intellectuelles et artistiques, ingénieurs, etc.)  moyennes supérieures : les bobos. Insupportables bobos.

Enfin, J’ai apprécié que la salle fasse dans la sobriété pour soutenir François Hollande. Pas d’énergumènes avec corne de brune, ni de membres du MJS hystériques… Du coup, l’aspect messianique très présent dans les meetings politique fut estompé. Il serait intéressant d’étudier comment les meetings de partis politiques s’apparentent à une pratique religieuse ecclésiale.

L’impression générale est bonne. J’estime que François Hollande peut aller très loin dans la campagne présidentielle en étant une alternative crédible à Nicolas Sarkozy. Il sait rassurer, mais il est aussi lucide sur les conséquences de la crise sur son programme et sur l’état de la France, en tout cas si il feint de l’être, je le trouve convaincant.

[1] C’est du moins ce qui ressort du rapport du groupe de réflexion (Think tank) Terra nova, proche du Parti socialiste intitulé : « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?« 

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2 réflexions sur “Primaires socialistes : François Hollande à Lyon

  1. Très bon discours de Bayrou à Gien, au même moment.: si vous ne l’avez jamais écouté en meeting, ne le ratez pas : « pas de réponse possible aux crises dans l’affrontement entre un bloc fermé de gauche et un bloc fermé de droite ».
    Le problème, pour moi, n’est pas Hollande ou Aubry ou un autre, mais le Péhesse lui-même, les primaires n’étant qu’une bonne stratégie de comm’ (on ne me fera, de plus, jamais payer pour aller voter !) mais aussi une bonne stratégie d’étranglement.
    Quand l’UMP fera aussi des primaires, nous serons ( enfin, dirons certains) aux States…. Merci les socialos….

    Le PS populaire est mort, en effet, et ce parti n’est plus qu’une sorte de SFIO remaniée et gérée par de vieux notables.

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