« Ainsi soit-il » sélection de la collection Antoine de Galbert au Musée des Beaux-Arts de Lyon

En écho à Biennale d’Art Contemporain de Lyon qui s’ouvre aujourd’hui après avoir été inaugurée hier par le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, le maire de Lyon, Gérard Collomb et le candidat socialiste « normal » aux primaires de son parti, François Hollande ; le musée des Beaux-Arts de Lyon expose une sélection de la collection d’Antoine de Galbert nommée « Ainsi soit-il ».

J’ai pu aller à l’avant-première de cette exposition par les bons soins du Musée, qui a eu l’amabilité de m’envoyer une invitation.

Antoine de Galbert est issu de la vieille noblesse Dauphinoise, et  un des héritiers du groupe Carrefour. Après une courte carrière dans la gestion, il se lance dans l’Art avec l’ouverture d’une galerie à Grenoble en 1987 ouverte pendant près de 10 ans. C’est le début de sa carrière de collectionneur.

Le collectionneur ouvre en 2004 la maison rouge à Paris, une fondation d’art contemporain (reconnue d’utilité publique) destinée à la promotion de la création en présentant des expositions temporaires.

L’exposition se situe au second étage du Palais Saint-Pierre dans les salles réservées à l’art contemporain. 75 oeuvres sont présentées, montrant la grande variété de la collection de M. de Galbert : toiles, installations, vidéos, photographies, dont certaines très récentes. Bien qu’il s’agisse d’extraits, il serait intéressant de savoir si cette sélection reflète toute la variété de cette collection, où si le choix des oeuvres s’est fait en fonction de thématiques bien précises.

On reste sur sa faim sur les objets ethnographiques : un sublime crucifix japonais sculpté de têtes de mort du XIXe siècle, et deux artefacts Maliens peine à contenir notre curiosité. J’aurais aimé en voir plus…

Quoiqu’il en soit, les oeuvres exposées sont pour la plupart de grande qualité. photographies David Lynch, Roman Opalka, Nancy Burson, Man Ray, Walker Evans, Luc Delahaye (superbe tirage d’une rue de Bagdad)  ; installation de Christian Boltanski,  les néons de François Morellet et Jean-Michel Alberola, le confessionnal de Sophie Calle, et cette robe de coton blanche prise au piège de rets de laine noire par Chiharu Shiota, ou encore l’impressionnante oeuvre faite de sang et d’huile sur toile d’Hermann Nitsch Schüttbild, Tragbahre, dont voici une vue partielle.

Vue partielle de l'oeuvre d'Hermann Nitsch - Schütbild, Trabahre - 1984-1998.

Clemens von Wedemer - Basler Podest, 2006.

Une très intéressante collection de crucifix, reliquaires retables datés du XVIIe au XXe siècle ouvre l’exposition. Ces objets sacrés semblent être de facture artisanale, en tout cas d’un art dit « populaire » de telle sorte qu’aucun crucifix ne ressemble à un autre.

François Morellet - 10 tubes de néon au hasard n°4, 2008.

Si j’en crois le duplicata disponible à l’entrée de l’exposition, les thème abordés sont la croyance, la folie, la mort, le corps , mais il me semble qu’ un thème présidant à tous les autres est omis : la monstruosité, qui s’inscrit dans le corps et dans l’esprit. Elle peut engendrer mythes et croyances par son anormalité physique et sa marginalité. On la combat, on la fuit mais elle ne laisse jamais indifférente. Une photographie retouchée à l’huile de l’acteur Klaus Kinski par Jonathan Meese : regard intense, vie hors du commun, incarne une « certaine idée » de la folie…

Jonathan Meese, Kinski - Gott, 2004.

La religion, chrétienne et surtout catholique est très présente. Outre les reliquaires et crucifix présentés, la présence de la religion est présente Face à Kinski-Dieu de Jonathan Meese, le confessionnal de Sophie Calle invite le spectateur à prendre la place du curé où une boucle audio lui assène un mesage. La liturgie se manifeste par l’Ostensoir de Philippe Dereux, tandis que L’espérance à un fil de Jean Michel Alberola délivre son message de néon, « espérance ». Oui, le mot est en soi lumineux et purement chrétien, mais le néon blanc de Claude Lévêque lui répond de façon pragmatique ou apocalyptique « Vous allez tous mourir ». Forcément !

Sylvie Ramond a mis en regard de ces oeuvres quelques toiles classiques du Musée, sur ces thèmes de la croyance, de la monstruosité, de la mort, de la folie.  La Bacchanale de Cretey exposée lors de l’exposition qui lui fut consacrée montre la monstruosité d’un corps indistinct en position foetale, La fameuse Monomane de l’envie de Géricault en guise d’allégorie de la folie fait écho à Kinski, Une scène du déluge de Jean Désiré Court, peintre du XIXe siècle montre la mort d’un vieillard se noyant alors qu’une femme épuisée tend son enfant vers le sauveur, occupé à secourir le vieux, en vain.

Les rares oeuvres du musée viennent fort à propos pour mesurer l’évolution des critères guidant le collectionneur dans ses acquisitions et dialoguer avec les pièces exposées. Les collectionneurs du XVIIe siècle que j’étudie, se contentent de collectionner une seule sorte d’objet : peinture, sculpture, monnaies se jugeant sur les vertus morales connues de tous puisque les oeuvres s’inspirent d’épisodes, historiques, bibliques ou de la mythologie greco-romaine. Le collectionneur de la fin du XXe siècle et du début du XXIe comme Antoine de Galbert  se montre plus éclectique et varie les goûts et les couleurs, sachant que l’art contemporain est un art mouvant. Deux tendances à mon sens, traversent l’art contemporain : celui d’un art « messager » où l’artiste souhaite interpeller le spectateur sur tel ou tel sujet, et un art où l’acte créatif l’emporte sur tout autre considération. La première tendance ne s’oppose pas à la seconde, mais il faut constater que la recherche esthétique n’a plus la force qu’elle pouvait occuper au début du XXe siècle ou au XIXe siècle. J’aurais d’autres considérations à faire qui rejoignent certaines analyses de Pierre Bourdieu, mais je les réserve pour un prochain billet sur la visite des principaux sites de la Biennale cuvée 2011.

La visite de cette exposition vous est donc recommandée et pour le prix du billet, vous accéderez aux collections, permanentes, celles-ci, du Musée !

***

« Ainsi soit-il » Collection d’Antoine de Galbert -Extraits

Musée des Beaux-Arts de Lyon

Exposition : 7€ / 4€ / Gratuit
Le billet de l’exposition donne aussi accès à l’ensemble des collections permanentes.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s