Un Séjour à Ferney

La réponse est bien entendu Ferney-Voltaire ! cette petit ville opulente se situe sur la frontière fanco-suisse. Elle dut son essor et sa réputation à Voltaire qui passe dans son château de Ferney les vingt dernières années de sa vie de 1758 à 1778, années les plus importantes puisqu’il y écrivit ses oeuvres les plus réputées comme Candide, et le Dictionnaire philosophique. On a toujours peine à se représenter la réputation du Patriarche de Ferney tant elle fut grande pendant le XVIIIe siècle, puis au XIXe siècle. Aujourd’hui, la gloire du facétieux Arouet semble être passée, ou récupérée par quelques personnes sans scrupules. Voltaire fut le premier intellectuel, figure bien française du penseur justicier qui en réalité ne dessert que ses intérêts et leur égos vaniteux. Malgré tout, le modèle est de loin bien supérieur aux copies du XXIe siècle par son esprit, et son intelligence.

J’ai répondu à un appel d’un professeur de mon labo pour intervenir sur un sujet ayant pour thème la correspondance littéraire. Ce thème est le premier d’un évènement que la mairie de Ferney souhaite renouveler chaque année, à savoir une université d’Eté.

La municipalité de Ferney a le sens de l’hospitalité. Je n’ai jamais couché dans un hôtel au standing aussi élevé. Ma chambre ressemblait à un petit appartement, avec cuisine. Les participants de l’université d’Eté couchaient dans le même hôtel ce qui permit de nous retrouver le soir pour discuter autour de un, deux, trois, ou de plusieurs verres de vin. Au reste, les déjeuners n’étaient pas dégueulasses non plus. Ferney est une ville de standing hébergeant de nombreux fonctionnaires des organismes internationaux du quartier de Secheron à Genève, mais aussi de banquiers, et des classes moyennes. Bref, le Ferney way of life n’est pas celui de Venissieux.

Ma communication fut appréciée. Elle l’était avant que je vienne. En arrivant mardi matin, je me suis aperçu en lisant une sorte de revue de presse que j’étais cité dans au moins quatre articles du Dauphiné Libéré et de la Tribune républicaine, les canards locaux. Citations qui, à mon sens sont imméritées, mais je passais après deux professeurs voltairistes, et mon intervention traitait en partie de Genève, la grande voisine hégémonique.

Je n’ai pas lu un seul ouvrage en entier de Voltaire, seulement de longs extraits. Le bonhomme ne m’a jamais vraiment intéressé et je préfère Rousseau. Entre les rêveries et les taquineries, je choisis les premières.

Le château de Voltaire (les Anglais diraient Cottage). Nous l’avons visité, guidé par un spécialiste, elle fut intéressante, bien que le château subit les lubies des propriétaires successifs postérieurs au Patriarche de Ferney. Le parc bien que sans lustre m’a plu : la charmille où Voltaire déambulait donne sur quelques pelouses et un pré où paissent des moutons. Depuis la terrasse, devant le château, la vue sur le Mont-Blanc est imprenable. Cette même vue, Voltaire l’avait depuis sa bibliothèque et sa salle à manger constamment remplies de solliciteurs et d’illustres visiteurs. De l’intérieur, on ne visite que le rez-de chaussée où l’écrivain vivait. Cet intérieur, m’a paru un peu vétuste. Un ou deux coups de peinture sur les plafonds en trompe l’oeil seraient bienvenus. Le cabinet de peinture de Voltaire est presque inchangé. Les toiles exposées sont d’une beauté variable, parmi lesquelles le portrait de Voltaire par Quentin de la Tour est un hors d’oeuvre. Lui répond le portrait de Madame du Châtelet par Marianne Loir. Un immense portrait de Marie-Thérèse d’Autriche, peint par Pierre Lion et un portrait plus petit de Fritz, Frédéric II de Prusse, dont on sait la relation houleuse que le roi entretenait avec le Philosophe. Enfin, soulignons une des pires croûtes jamais vues, exécutée par un peintre local : Le triomphe de Voltaire par Duplessis. L’exécution, la technique, le coloris sont infâmes. En revanche, le symbolisme du tableau est tout à la gloire de Voltaire et se tient, malgré un manichéisme agaçant. Fréron figure bien sur parmi les mauvais. Les Calas, sont protégés par l’allégorie de la tolérance. En réalité, ces tableaux manifestent peu de goûts esthétiques, mais symbolisaient l’influence et la place de Voltaire dans l’Europe des Lumières, ils ont pu frapper ses visiteurs. Madame de Genlis parle de la toile de Duplessis comme d’une « enseigne à bière ».

Ci-dessus, vue sur le Mont Blanc depuis l’appartement de Voltaire.

En lisant le petit livret consacré à Ferney et Voltaire rédigé par notre docte guide, je réalise à quel point Voltaire s’impliqua dans la vie de son village, puisqu’il en était le seigneur. La sixième fortune de France fit la fortune de Ferney, où de nombreux horlogers s’installèrent. Pour favoriser le séjour de ses amis, il construisit plusieurs bâtisses. Il accordait des remises de dettes à ses paysans, des prêts aux boutiquiers, si bien que Ferney concurrença un temps Genève dans la montre. Des horlogers de Paris venaient se former.

Buste en terre cuite de Voltaire par Poncet, v. 1775-1776

Bien que déiste et détestant la superstition, Voltaire était plutôt bienveillant à l’égard des curés de campagne, dont il estimait qu’ils éduquaient les masses. Devant le château, il ne put détruire l’église paroissiale qui gênait l’allée centrale par laquelle ses visiteurs devaient arriver.

A la mort de Voltaire, son héritière de nièce, Madame Denis vendit le château au marquis de Villette, et la bibliothèque à Catherine II de Russie. Les livres sont conservés à la Bibliothèque nationale de Russie. Les meubles aussi ont été vendus, et la plupart de ceux exposés proviennt du service du mobilier national.

Ferney a bien changé depuis le temps de Voltaire. Le village est désormais une banlieue huppée de Genève. La commune abrite un lycée international et le laboratoire du CERN. Cependant, les abords de la ville sont très verts, le pays de Gex est un exemple du mitage urbain de territoires ruraux.  Il n’y a pas que le pays de Gex a être si champêtre. Les abords de Genève même le sont aussi. Par exemple, les bureaux du monolithique et impressionnant bâtiment du BIT (Bureau International du Travail) donne sur des champs et des pâtures où des chevaux paissent tranquillement ! Les organismes internationaux sont isolés les uns des autres par  d’immenses espaces verts, déserts le soit et le week-end.

Rue de l'Hôtel de Ville, Genève

Quant à Genève elle même, rien n’a changé depuis la dernière fois que j’y ai séjourné lors de l’hiver 2008. Genève est une ville beaucoup plus agréable en Eté, bien entendu. la promenade sur le jardin Anglais sur les bords du lac est reposante. Le jet d’eau et les sommets alpins m’ont dépaysé, ainsi que les riches femmes musulmanes faisant leur shopping dans le quartier de Longemalle.

A Genève, l’employé(e) de banque semble tout droit sorti(e) d’un catalogue de haute couture. Le satin côtoie la sellerie, la soie, le cuir. En soirée, des coteries de banquiers se retrouvent sur les bars lounge du quai Bezançon Hugues. Les costards et le tailleurs se détendent, discutent, avec des vins hors de prix. Un monde à part. Pas le mien.

Le collège de Calvin, fondé il y a 485 ans.

J’ai découvert, que les bâtiments du Collège de Genève, fondé par Calvin (en 1536) existent encore. en voyant ce vénérable édifice,  Jjai été ému à la pensée que mon bonhomme de thèse ait pu fréquenter ces murs avec assiduité. Il y apprenat le latin, le grec, l’histoire ancienne, des rudiments de théologie protestante.

Je me suis promené plusieurs heures dans cette ville besogneuse. J’ai fait de longues haltes à l’ombre des tilleuls de la promenade des Bastions, de la promenade des Anglais, rvassant à d’hypothétiques voyages. Au loin, sur le lac, on voyait les voiliers et les vapeurs à aube voguer sur les eaux bleues. Au loin, on pouvait deviner Nyon. La situation genevoise est superbe. Entre le Jura, Salève, et le lac du Léman pareil à une mer intérieure.

Ce séjour en entre les montagnes et le lac m’incite à me plonger dans l’oeuvre voltairienne. Candide me paraît fort à propos.

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