Lithopédion

Derrière ce mot en apparence barbare et quasi hobbesque, se cache une réalité beaucoup plus douloureuse pour les femmes qui en furent atteintes. Le mot lithopédion vient du grec Lithos, pierre, et pais, enfant ce qui donne l’enfant-pierre.

J’ai eu le loisir dans ma correspondance de XVIIe siècle, de découvrir des cas médicaux particuliers, ce qu’on appellait jadis des « monstres ». Sauf que dans le cas du lithopédion, ce monstre n’a jamais vu le jour ni même ouvert les yeux.

Un lithopédion est lié à une grossesse extra-utérine, qui n’a pas été menée à terme, où le foetus, restant dans l’abdomen de la mère se calcifie avec le temps.  Les cas sont rares mais concernent toujours des femmes de milieux socialement défavorisés.

En 2002, une Marocaine de 70 ans de plaignant de douleurs au ventre s’est faite diagnostiquée un lithopédion, elle avait été enceinte pendant 46 ans.

En 1582, le cas de l’enfant pétrifié de Sens, premier cas documenté de lithopédion alimenta les conversations de nombreux savants et médecins à travers l’Europe. Une notice dans wikipedia est consacrée à l’affaire.

***

Dans mes papiers, j’ai trouvé une mention d’un cas de lithopédion survenu en 1678 à Toulouse. Le 17 juin, Marguerite Mathieu veuve de Jean Puget, marchand drapier, enceinte depuis 1653 expira. Le lendemain, une autopsie était décidée sur l’ordre du Parlement du Languedoc qui voyait dans cette grossesse interminable un signe du Diable. Un collège de médecins ouvrit donc le ventre de la pauvre Marguerite, et y trouva un lithopédion.

Cette grossesse de 25 ans avait débuté en 1653 quand au neuvième mois, de retour d’une adoration du Saint Sacrement Marguerite perdit une partie des eaux. Pourtant, Marguerite avait donné la vie à 10 enfants dont 3 arrivèrent à l’âge adulte. La onzième grossesse survenue dans sa 37e année allait être la dernière. Son mari la conduisit immédiatement chez une de ses connaissances qui la mena à une vieille femme qui proposa de la faire accoucher, ce que Marguerite refusa. La vieille femme avait aussi une réputation de sorcière…  On dit alors que Marguerite Mathieu fut victime d’un sortilège.

Marguerite souffrait régulièrement de douleurs au ventre. Les deux premiers mois furent atroces : elle perdit du sang et une substance blanche. Puis la douleur s’estompa, les pertes se firent moins fréquentes  Elle alla voir les chirurgiens les plus réputés de Toulouse qui se montrèrent impuissants. Au fil des années, la douleur intermittente se fit plus intense et Marguerite devint quasiment grabataire.

Le lendemain de sa mort, la dissection du cadavre de Marguerite Mathieu commença et dura trois jours. Le collège des médecins et des chirurgiens chargés de l’ouverture du corps se fit bientôt au milieu du brouhaha de la foule accourue de toute la ville. Le Parlement de Toulouse décida alors d’arrêter la dissection devant le tumulte provoqué par l’autopsie.

Toutefois, le foetus a été disséqué. les médecins remarquèrent que le lithopédion ne dégageait aucune puanteur. Ils le pesèrent et le mesurèrent, décrivirent l’aspect extérieur d’une couleur jaunâtre. Le foetus possédait poils et cils et ongles. Ils déterminèrent son sexe, mâle. Ils plongèrent ensuite leurs instruments dans le corps de l’avorton. Le cerveau ne consistait qu’en une substance proche d’une épaisse  lie de vin ; quant aux organes ils étaient « flétris », et noirâtres.

Un des médecins assistant à la dissection publique, François Bayle, fit une relation précise sur cet évènement Histoire anatomique d’une enquête de 25. ans. L’opuscule se diffusa  rapidement  dans toute l’Europe et eut droit à une notice dans le Journal des Sçavans et les Nouvelles de la République des Lettres et le Mercure Galant. Les savants s’interrogèrent alors sur cette grossesse hors normes. Il faut rappeler qu’à l’époque, la médecine est davantage un discours qu’une science, basée sur les écrits des Anciens, Hippocrate, Galien, et cette sacro-sainte théorie des humeurs. On a cherché des explications, souvent farfelues à ce prodige. Pour Nicolas de Blégny, l’enfant est né dans une des trompes de l’appareil génital de Marguerite Mathieu…

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