Image pieuse

Couvrez ce Saint que je ne saurais voir....

Un ami m’a ramené de Turin un image pieuse de Saint Jean Bosco (1815-1888), prêtre Piémontais,  fondateur de la congrégation des Salésiens dévouée corps et âme à la jeunesse, chez qui j’ai passé presque toute ma scolarité. L’image possède une relique du saint, dans le petit rond rouge en bas. Je ne sais pas ce que c’est, mais je ne suis guère sensible au culte des images, ni à celui de la Vierge. Je suis un catholique peu enclin a verser dans la doulie outre le Saint Sacrement et la Croix et à quelques saints « familiaux », Saint Pierre, Saint Augustin et Saint Antoine de Padoue notamment.

Dans l’Eglise catholique, quoiqu’en a écrit avec un peu de facilité Calvin à une époque où la piété populaire allait bon train, on n’idolâtre pas les images, mais on les honore, on appelle cela la doulie. La représentation a plus de poids que le support lui même. Il en va de même chez les Orthodoxes qui ont davantage théorisé et répandu ce culte. Je suppose que si je mets l’image en évidence, elle pourrait avoir ce pouvoir intercesseur qu’on lui attribue si je la regarde tout en invoquant Don Bosco. Donc, si ma prière est exaucée, l’image devient sainte.

Je possède d’autres images de saints, ou de bienheureux : des cardinaux, des bonnes femmes, des jeunes, mais aucune ne m’embête comme celle de Jean Bosco. Je n’ai rien contre le bonhomme, qui était un homme généreux, mais contre la propagande qu’en font les Salésiens et qui s’apparente à une sorte de déification allant au-delà du raisonnable. En en parlant avec ma mère ces derniers jours, on est tout de suite tombé d’accord sur le coté too much accordé à Don Bosco dans l’établissement où mes parents nous ont scolarisé mes frangins et moi.

Dans chaque salle de classe, il y avait un crucifix, assez sobre, protestant. Deux bouts de bois et rien de plus. Et puis, il y avait cette image de Don Bosco, qui regardait la salle, donc les élèves.

Combien de fois, mon regard a-t-il croisé le sien ? Il n’y avait pas une salle sans que ce satané Piémontais me suive du regard, avec ce sourire qui parfois prenait un air sadique, alors que je butais contre un exercice de trigonométrie, où que je mélangeais ovules et ovaires…  Sous cette image, j’ai passé des années difficiles, d’autres plus clémentes aussi, mais rien de comparable avec la « libération » qui suivit mon entrée dans l’enseignement supérieur. Le comble, c’est que  mon regard croise encore le sien, à cause de l’immense image posée sur le mur d’un lycée professionnel de Lyon, montée de Choulans dans le 5e. On atteint des proportions délirantes. De toute façon les automobilistes n’en ont rien à foutre.

Gamin et ado, j’ai tout su de Don Bosco jusqu’à ses rêves : par le catéchisme, par les images, par des films et même par des BD. J’en ai mangé jusqu’à l’indigestion. Au final, je suis ressorti du Lycée avec une crise de foi, et l’envie de ne plus entendre parler de ce saint homme, qui quoique fort honorable avait l’allure d’un Big Brother de la conscience.  Et puis il y avait les sbires de Don Bosco : Dominique Savio, meurt adolescent mais vite canonisé qu’on nous montrait en exemple, et la fillette Chilienne Laura Vicuna, elle aussi canonisée (en 1988).  Mais là, pas d’images dans les classes.

Quant aux pères Salésiens, ils avaient déjà l’air vieux et fatigués, peut-être à le retraite, venaient pour la plupart de la campagne et avaient l’air de se contrefoutre des jeunes. Les plus jeunes allaient au séminaire et était beaucoup plus sympas. Il y avait aussi des Polonais, plutôt violent d’ailleurs, ce que j’attribuais à un excès de vodka ou de vin de messe. Aucun ne donnait de cours puisque l’établissement était et est toujours sous contrat avec l’Etat, mais se chargeaient de la pastorale et des offices car il y en avait quelques uns dans une sacristie attenante à la chapelle, laquelle accueillait parfois les caméras de FR3 pour le Jour du Seigneur. Quant aux problèmes des élèves les plus en difficulté, tout le monde s’en foutait. Pour le directeur, dont le titre était « Père supérieur directeur général », l’essentiel résidait dans la réputation du lycée dans le 5e arrondissement et à Lyon (satanés Chartreux, modèle inatteignable !), ET le taux de réussite au Baccalauréat. Beaucoup furent laissés sur le bas-coté, sans scrupules, ni remords…  Alors le motto de l’affection pour la jeunesse, mon cul.

Quand mon pote Michel m’a tendu l’image, je n’ai su que répondre par un « merci » bredouillé, alors que me revenait en tête les jours passés. Je l’ai prise mais maintenant, je ne sais qu’en faire. Elle traîne dans mon portefeuille. J’ai envisagé de la brûler, mais la réprobation matrimoniale m’en a dissuadé. Elle terminera dans une boîte de biscuits en fer, où je mettrais ces reliques d’un passé dont les souvenirs ne pas pas toujours agréables. Cette image en fait partie.

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