Une nuit à Lyon

L’age aidant, j’apprécie de plus en plus mes virées nocturnes à Lyon. La ville s’est bien vidée d’une partie de ses habitants, préférant les plaisirs de la côtes aux délices urbains d’une cité vivant au ralenti. Je n’ai pas souvenir d’avoir croisé de gens lourds ou emmerdants, comme on en rencontre souvent. Lyon l’estivale m’a fait oublié l’écume des jours, les torrents boueux de l’actualité, et la rédaction de ma thèse…

J’ai  musardé avec l’excellent Romain Blachier dans quelques bars. D’abord au Broc bar, avec une des meilleures terrasses de Lyon faut-il encore l’écrire, abritée par un mûrier d’un âge respectable. Alexandra, délicieuse jeune fille « strauss-khano-blachieriste » nous accompagna quelques temps ce qui ne fait qu’embellir davantage les lieux…

L’avantage de vivre dans une grande ville vient que l’on peut découvrir régulièrement des endroits insolites qui inspirent la sympathie au premier coup d’oeil. Romain m’a emmené au Look Bar sur les quais de Saône. Je n’ai jamais fait attention à ce bar, coincé entre un restaurant karaoké bruyant et un pub danois apathique. La devanture est sobre, mais l’intérieur lui m’a fait pensé d’emblée à un bar à hôtesses du début du XXe siècle avec un formidable lustre art déco et de longues banquettes où une clientèle bigarrée et conviviale refait le monde entre ami sans braillements ni gesticulations superfétatoires. Voilà un  endroit que j’ai immédiatement apprécié pour son decorum et les oiseaux de nuit qui s’y retrouvent. On ne s’y prend pas le chou, le patron passe de vieux vinyls de Led Zepp’ ou de Piaf .

Nous avons échoué sur le pont de la Marquise, rempli de jolies femmes, aux crinières blondes, brunes, noires, rousses. Tel Ulysse et ses compagnons, nous fûmes prêts de succomber au chant des sirènes aux cheveux d’or et de cuivre supportant leurs visages botticelliens dans les chiaroscuri des bords du Rhône ;  leurs poitrines gonflées par le désir de vivre comme le chantait Patrick Coutin (On a les références qu’on peut). Regards fugaces, sourires, moments éphémères sur le parcours de celles cherchant au bout de la nuit le bonheur tant espéré dans leurs plus beaux rêves dans les bras de quelques gaillards ravis de se transformer en nouveaux Humphrey Bogart. Affinités électives écrirait Goethe, alchimie et équilibre des corps enlacés, où l’alcool joue le rôle du révélateur des sentiments les plus enfouis.

Comme souvent sur les quais,  nous avons croisé des musicos sous le pont de l’université, s’évertuant à jouer non sans talent, quelques airs Rock bien connus. Nous restâmes là quelques moments pris à leur récital dionysiaque, où une furie aux cheveux noirs se déhanchait sur le rythme des grattes.

Après avoir quitté Romain, je revenais vers mon très vert quartier lorsque je suis tombé nez à nez rue du Plat dans le 2e sur un touriste Norvégien très éméché et paumé, incapable de retrouver son hôtel. Nous avons échangé quelques mots en Anglais de nos parcours respectifs, lui de Bergen, moi de Lyon, rencontre fugace et agréable entre Européens. J’ai eu le loisir de ne pas comprendre un traitre mot du menu de son téléphone portable, pour retrouver l’adresse de son gîte, le  Grand hotel de la Paix au-dessus du café des Négociants.

La pointe du jour vint, je n’étais pas couché.

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