La définition de château dans la région lyonnaise

Je me suis fait traité de snob pour avoir écrit que dans la région lyonnaise, tout édifice flanqué d’une tour ronde est un château.

Cela mérite une petite explication de ma part. Pour définir ce qu’est un château, il convient de se fier d’abord aux dictionnaires.

Richelet dans son Dictionnaire françois de 1680 écrit que le « Château »  est une Maison seigneuriale et quelquefois une sorte de Forteresse.

Antoine Furetière dans son Dictionnaire universel de 1690, nous dit que le « chasteau » est une place fortifiée par art ou par nature (…)pour tenir les peuples dans le devoir ; espèce de petite citadelle. Une deuxième définition parle du « logis du Seigneur, d’un Hostel où il demeure & où on luy vient rendre hommage« . Enfin, le château est aussi une « maison de plaisance quand elle est bastie magnifiquement. »

Le dictionnaire de l’Académie française nous dit que le mot « château » vient du mots « chastel » lui même issu du latin « castellum » désignant une place forte, une forteresse.

La première entrée fait du château une « demeure féodale défendue de fossés et de gros murs flanqués de tours et de bastions. »

La seconde entrée assigne au château une fonction résidentielle a la demeure seigneuriale ou royale.  et donne le sens in extenso du mot « Maison de campagne vaste et de noble allure entourée d’un parc. »

Le Petit Robert : parle d’abord d’une demeure féodale fortifiée et défendue par un ensemble de fossés, de constructions. La seconde occurrence évoque l’habitation seigneuriale ou royale avec ses dépendances. En troisième définition, le château est « l’habitation du maître d’une grande propriété,vaste et belle maison de plaisance à la campagne. »

Selon ces quatre dictionnaires de référence pour la langue française, la première définition accordée au mot de château est celle d’un bâtiment fortifié : un château-fort. Lyon possédait le château de Pierre-Scize, bâti au-dessus du quai du même nom au Moyen-Age, et longtemps demeure de l’archevêque de Lyon. Sous l’Ancien Régime, le château servait de geôle. Quand j’étais gamin, pour moi c’était ça un château : une enceinte, des tours, un fossé, et un donjon.

La seconde définition partagée est celle de demeure seigneuriale : là où réside le seigneur, il y a château. Donc un manoir peut aussi être un château si le marquis où le noble y demeurant est un seigneur.  Manque de bol, la région lyonnaise en compte peu d’importants. Lyon n’a jamais abrité de parlements comme Dijon ou Toulouse. De ce fait, la ville n’attirait pas les grandes familles de l’aristocratie (à part les Villeroy qui y ont fait souche).  En conséquence, aucun des « châteaux » de taille « convenabl e » (1)aux  XVIe, XVIIe ou XVIIIe siècles ne furent construits dans les environs immédiats de la Capitale des Gaules. Voilà donc ma définition d’un château : « édifice abritant une famille aristocratique souhaitant concrétiser sa magnificence dans la pierre ». Car un château hormis sa fonction première, militaire ou d’habitation est aussi le symbole de la puissance et du prestige de celui qui le construit et de sa lignée, de sa « Maison ». Le Lyonnais et le Beaujolais sont des provinces de petite noblesse. Norbert Elias ne s’y trompait pas : la construction révèle la condition sociale de son propriétaire.

Un bourgeois vivra dans un appartement ou une maison bourgeoise. Il ira à sa campagne l’Eté pour éviter les miasmes de la ville, ou les épidémies ravageant régulièrement le menu peuple. Il n’ira nullement dans un château construit sur ces deniers. Malheureusement pour nous Lyon fut une ville de bourgeois, assez peu d’aristocrates si ce n’est dans les chapitres de Saint Jean, Saint Paul ou Saint Just.

En aucun cas, un bourgeois n’aurait pu construire, au risque d’une desapprobation unanime de la société dans laquelle il vit, un château ou hôtel particulier : à moins de posséder un titre de seigneurie ou d’annoblissement par la cloche, comme cela arrivait à Lyon. Les Brac ont obtenu leur noblesse par la prévôté des marchands, et on acheté leurs terres dans le Beaujolais, qu’ils détiennent toujours.

La troisième définition de nos lexicographes est celle de la résidence d’agrément, située à la campagne. Nos édiles et riches marchands Lyonnais avaient par le passé des maisons de campagne dans les environs de la ville. J’habite moi même dans un bâtiment construit sur un ancien parc d’une maison de campagne dans le quartier de Champvert.

A Lyon, cette acceptation est en vigueur chez la plupart des gens, donc quelque peu minoré, comme le mot « allée » désigne un hall d’immeuble dans notre jargon local. On appelle « château » tout ce qui se distinguera par son architecture et ses dimensions du vulgaire immeuble de rapport. Et on en a un paquet du XIXe siècle, lorsque l’actuelle banlieue lyonnaise était encore faite des champs et des pâtures. Bourgeois et notables y ont bâti des maisons de campagne néogothiques, néoclassiques où que sais-je encore. Il y ont planté cèdres et sequoïas, tilleuls et platanes. Parfois, il ne reste de ces jardins opulents que des pelouses, et ces arbres immenses désormais, sous lesquels viennent s’ébattre les gamins des quartiers de Champvert ou de Montchat. Les bâtiments ont souvent été rasés pour laisser place à des ensembles d’immeubles de bétons. Ecully est un bon exemple : dans les années 70 on a détruit les châteaux,  gardé les cèdres,  construit des résidences cossues de 6 ou 7 étages.  Au XIXe siècle les marchands Lyonnais se sont plu à détruire ou à brader le patrimoine de la ville. Combien d’hôtels particuliers détruits à Ainay pour laisser place à des immeubles de rapport plus rentables ? Et l’église des Jacobins, et le cloître des Carmélites ?

Evoquons quelques châteaux de l’Ancien Régime dans la région : le château Lacroix-Laval date du XVIIIe siècle, avec son jardin qui jadis devait être à la française. Une aile du château détruite par la Révolution a été reconstruite à la fin des années 80 à l’identique. Le château est vu de l’extérieur assez austère dans son décorum. Je n’ai jamais visité l’intérieur. Les poupées ne m’ont jamais intéressé, comme pas mal de monde puisque visiblement le musée consacré à ces figurines a fermé il y a trois  ou quatre ans. Citons le Château de Fléchères à Fareins dans la Dombes datant du XVIIe siècle, d’une autre dimension, et beaucoup plus intéressant. Bâti par Jean de Sève à partir de 1606, qui fut prévôt des marchands de la ville de Lyon, le château a abrité un temps un temple protestant. Il appartient actuellement à un couple d’antiquaires (Gays) de la rue Comte. J’ai prévu de le visiter car on m’en a dit beaucoup de bien, et il a été meublé selon le goût de l’époque. Le château de la Tourette à proximité de l’Arbresle à Eveux a été transformé en une copropriété, mais il fut acheté ( avec la seigneurie de la Tourrette) et agrandi  par la famille Claret en 1681 , marchands Lyonnais annoblis en 1690 par la charge de second échevin de la ville de Lyon. On les connait davantage à Lyon sous le nom de Fleurieu. (Une rue porte leur nom à coté de place Gailleton.). Leur hôtel particulier se trouvait rue Boissac. Il est désormais intégré au groupe scolaire du Sacré-Coeur.

(1) « convenable » n’est nullement dans mon esprit un mot dépréciatif ou méprisant à l’égard du patrimoine de ma région. Je constate simplement que les châteaux construits dans la région sont à la mesure de la petite noblesse du Lyonnais et du Beaujolais sous l’Ancien Régime : rustique, simple, sans excès.

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